Aspartame : l’Europe le juge toujours sûr, les associations s’indignent

Publié par Freya Yophy
le 11/09/2026
aspartam
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L'Autorité européenne de sécurité des aliments réaffirme l'innocuité de l'aspartame et maintient sa dose journalière admissible, déclenchant l'indignation des associations citoyennes et médicales.

L’aspartame peut-il continuer à être consommé sans inquiétude ? Le nouvel avis rendu le 10 septembre 2026 par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) apporte une réponse rassurante, mais ne met pas fin à la controverse.

L’évaluation portait principalement sur le sel d’aspartame-acésulfame, identifié sur les emballages par le code E962. Cet édulcorant associe l’aspartame E951 et l’acésulfame K E950 afin d’obtenir un pouvoir sucrant élevé avec une faible quantité de produit.

L’EFSA confirme les doses admises pour les deux édulcorants

Une fois ingéré, le sel E962 se dissocie en aspartame et en acésulfame. L’EFSA ne lui attribue donc pas une dose journalière spécifique : elle évalue séparément l’exposition à chacun de ses deux composants.

L’agence maintient une dose journalière admissible de 40 mg par kilo de poids corporel pour l’aspartame. La limite de l’acésulfame K reste fixée à 15 mg/kg, après avoir été relevée en 2025 par rapport à son ancien seuil de 9 mg/kg.

La dose journalière admissible représente la quantité pouvant théoriquement être consommée chaque jour pendant toute une vie sans risque appréciable pour la santé. Il ne s’agit ni d’une recommandation de consommation ni d’un seuil à partir duquel une intoxication immédiate surviendrait.

Les estimations européennes concluent que l’exposition actuelle demeure inférieure à ces limites dans toutes les catégories d’âge étudiées.

Combien de sodas faudrait-il boire pour dépasser la limite ?

Le calcul dépend du poids du consommateur, de la recette de la boisson et de ses autres sources d’exposition. Il est donc impossible de donner un nombre de canettes valable pour tous les produits.

En 2023, l’Organisation mondiale de la santé avait pris l’exemple d’un adulte de 70 kilos et d’une canette contenant entre 200 et 300 mg d’aspartame. Il faudrait alors boire quotidiennement plus de 9 à 14 canettes, en l’absence de tout autre apport, pour dépasser la dose journalière admissible.

Cet exemple ne signifie pas qu’une telle consommation de sodas allégés serait recommandable. L’OMS déconseille d’ailleurs de compter durablement sur les édulcorants pour contrôler son poids, faute de bénéfice établi à long terme.

Pourquoi l’aspartame reste-t-il classé « peut-être cancérogène » ?

En juillet 2023, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé l’aspartame dans le groupe 2B, celui des substances « peut-être cancérogènes pour l’être humain ». Cette décision reposait sur des éléments jugés limités concernant notamment le carcinome hépatocellulaire, une forme de cancer du foie.

Cette classification ne signifie pas qu’une consommation courante provoque un cancer. Le CIRC recherche si une substance possède la capacité intrinsèque de provoquer la maladie dans certaines circonstances. Il n’évalue pas directement la probabilité que cela se produise aux doses habituellement consommées.

L’EFSA et le comité mixte d’experts de l’OMS et de la FAO étudient, de leur côté, le risque en tenant compte des quantités réellement ingérées. En 2023, ce comité avait déjà maintenu la dose maximale de 40 mg/kg.

Des études observationnelles qui continuent d’interroger

Les associations opposées à l’aspartame s’appuient notamment sur les résultats de la cohorte française NutriNet-Santé. Ces travaux ont observé des associations statistiques entre une consommation élevée d’édulcorants, certains cancers et les maladies cardiovasculaires.

Ces études ne permettent cependant pas d’établir, à elles seules, un lien de causalité. Les consommateurs d’édulcorants peuvent présenter d’autres caractéristiques susceptibles d’influencer leur santé : surpoids initial, diabète, habitudes alimentaires ou recours plus important aux produits ultratransformés.

Dans son nouvel avis, l’EFSA considère que l’ensemble des données disponibles ne démontre pas de relation causale entre l’exposition alimentaire actuelle à l’aspartame et le cancer, les maladies cardiovasculaires ou les troubles neurologiques et métaboliques.

Foodwatch, Yuka et la Ligue contre le cancer contestent l’avis

Les trois organisations ont qualifié les conclusions européennes de « scandaleuses ». Elles estiment que la méthode d’évaluation réglementaire ne prend pas suffisamment en compte les études indépendantes récentes et demandent l’interdiction préventive de l’aspartame.

Leur pétition européenne, lancée en février 2025, rassemble désormais plus de 400 000 signatures. Les associations soulignent que l’édulcorant est utilisé dans plusieurs milliers de produits : sodas sans sucre, chewing-gums, confiseries, desserts allégés ou compléments alimentaires.

Le chiffre de plus de 6 000 références souvent avancé concerne toutefois l’aspartame E951 dans son ensemble, et non le seul sel combiné E962.

Des limites plus strictes demandées pour certaines impuretés

Même si elle ne relève pas de risque sanitaire aux niveaux d’exposition actuels, l’EFSA formule plusieurs recommandations techniques. Elle demande que les spécifications européennes du E962 soient harmonisées avec les exigences les plus récentes applicables à ses composants.

L’agence recommande également de réexaminer les limites autorisées pour l’arsenic et le plomb dans les spécifications de l’aspartame E951. Cette demande ne signifie pas que les produits actuellement commercialisés dépassent les seuils sanitaires, mais vise à renforcer leur contrôle.

Faut-il arrêter de consommer de l’aspartame ?

Pour la population générale, les autorités sanitaires ne recommandent pas de supprimer totalement l’aspartame. Une consommation occasionnelle, inférieure à la dose journalière admissible, reste considérée comme sûre sur la base des connaissances actuelles.

Les personnes atteintes de phénylcétonurie doivent en revanche l’éviter strictement, car l’aspartame constitue une source de phénylalanine qu’elles ne peuvent pas métaboliser correctement. Les produits concernés portent obligatoirement un avertissement sur leur emballage.

La meilleure stratégie consiste finalement à réduire progressivement le goût sucré, plutôt qu’à remplacer systématiquement le sucre par un édulcorant. La Commission européenne devra désormais décider si les spécifications techniques doivent être modifiées ou si d’autres mesures réglementaires sont justifiées.

Sources

 
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