Alzheimer : un simple électroencéphalogramme pourrait détecter la maladie des années avant les symptômes
Les modifications cérébrales associées à la maladie d’Alzheimer peuvent commencer plusieurs années avant l’apparition des premiers troubles cognitifs. Une équipe française explore aujourd’hui une méthode non invasive pour les repérer : l’analyse d’ondes lentes enregistrées par électroencéphalographie alors que la personne est parfaitement éveillée.
Des ondes proches de celles du sommeil profond
L’étude, publiée en mai 2026 dans la revue Alzheimer’s & Dementia, a été menée par des chercheurs de l’Inserm et de l’Institut du cerveau, parmi lesquels Pierre Champetier, Thomas Andrillon et Delphine Oudiette.
Les scientifiques se sont intéressés à des oscillations électriques lentes habituellement observées pendant les phases de sommeil profond. Des événements similaires peuvent cependant apparaître ponctuellement pendant l’éveil.
Ces ondes pourraient correspondre à un phénomène de « sommeil local » : certains réseaux neuronaux adopteraient brièvement une activité proche de celle du sommeil, alors que le reste du cerveau demeure éveillé. Cette interprétation reste toutefois une hypothèse et ne signifie pas que des régions entières du cerveau s’endorment réellement.
Une étude menée auprès de 274 seniors
Les chercheurs ont analysé les données de 274 participants de la cohorte française INSIGHT-preAD. Âgés en moyenne de 76,6 ans, ces volontaires signalaient une plainte concernant leur mémoire, mais leurs performances aux tests cognitifs restaient normales.
Chaque participant a bénéficié :
- d’un électroencéphalogramme de haute densité au repos ;
- d’une imagerie TEP destinée à mesurer les dépôts amyloïdes ;
- d’une évaluation de la neurodégénérescence ;
- de tests de mémoire, d’attention et de fonctions exécutives.
Les marqueurs obtenus par imagerie ont ensuite été réévalués deux ans plus tard.
Une signature électrique associée aux lésions cérébrales
Les résultats ne montrent pas simplement une augmentation générale des ondes lentes. Leur profil variait selon la présence de dépôts amyloïdes et de signes de neurodégénérescence.
Les participants présentant simultanément ces deux marqueurs avaient notamment des ondes lentes d’une amplitude plus élevée que les personnes ne présentant aucune anomalie. Une amplitude importante était également associée à de moins bonnes performances de mémoire, même si les participants ne souffraient pas encore de déficit cognitif diagnostiqué.
Ces signaux électriques étaient ainsi associés à la présence de plaques amyloïdes, mais l’étude ne démontre pas que les ondes lentes provoquent ces lésions. Elles pourraient traduire une souffrance neuronale précoce ou, au contraire, un mécanisme de compensation du cerveau.
Un possible indicateur de l’évolution de l’amyloïde
L’analyse longitudinale apporte un résultat particulièrement intéressant. Parmi les participants initialement considérés comme négatifs pour l’amyloïde, 157 le sont restés tandis que 16 ont franchi le seuil de positivité au cours des deux années suivantes.
Les personnes appartenant à ce dernier groupe présentaient dès le départ certaines ondes lentes d’amplitude plus élevée. L’EEG pourrait donc aider à identifier des profils susceptibles d’accumuler davantage d’amyloïde.
Ce résultat doit néanmoins être interprété avec prudence : il repose sur seulement 16 personnes ayant changé de statut amyloïde. Des études portant sur des populations plus importantes et suivies plus longtemps seront nécessaires pour mesurer précisément la sensibilité et la fiabilité individuelle de ce marqueur.
L’EEG ne remplace pas encore le TEP-scan
Le principal intérêt de l’électroencéphalographie réside dans son caractère indolore, répétable et relativement peu coûteux. Elle pourrait un jour servir de premier filtre avant des examens plus complexes, comme la tomographie par émission de positons ou l’analyse du liquide céphalo-rachidien.
Cependant, l’étude a utilisé un EEG de haute densité et un traitement informatique spécialisé. Il reste donc à démontrer que cette signature peut être repérée de manière fiable avec les appareils employés en consultation courante.
À ce stade, aucun diagnostic de maladie d’Alzheimer ne peut être posé à partir de ces ondes seules. La fatigue, le manque de sommeil, certains médicaments ou d’autres maladies neurologiques peuvent également modifier l’activité électrique cérébrale.
Une piste pour mieux sélectionner les patients
À terme, cette méthode pourrait contribuer à repérer plus tôt les personnes à risque et à sélectionner les participants aux essais cliniques. Elle pourrait aussi aider les spécialistes à mieux évaluer la balance entre les bénéfices et les risques des traitements ciblant l’amyloïde.
Les médicaments anti-amyloïdes actuellement autorisés concernent toutefois des patients présentant une maladie d’Alzheimer symptomatique à un stade précoce, avec une pathologie amyloïde confirmée. Ils ne sont pas destinés au dépistage ni au traitement systématique des personnes sans déficit cognitif.
Les chercheurs poursuivent donc leurs travaux auprès de personnes atteintes d’une maladie débutante, de seniors sans plainte de mémoire et d’adultes plus jeunes. L’objectif est de déterminer si ces ondes constituent réellement un biomarqueur utilisable en pratique médicale.
Sources scientifiques : Inserm, étude publiée dans Alzheimer’s & Dementia, indication européenne du lécanémab.