L’alcool, un peu, beaucoup ou pas du tout ?

Publié par Hélène Joubert, journaliste scientifique le Vendredi 03 Juillet 2015 : 12h42
Mis à jour le Mardi 07 Juillet 2015 : 12h19

Faut-il s’abstenir de boire ne serait-ce que la moindre goutte d’alcool ? Une nouvelle étude le laisse entendre, allant à contre-courant des données scientifiques en faveur d’un bénéfice cardiovasculaire observé chez les personnes buvant un à deux verres quotidiens.

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Oublié le verre de vin quotidien ? Pas si vite !

Le cœur n’apprécie vraiment pas l’alcool en excès. Boire beaucoup et de façon régulière est responsable jusqu'à un tiers des insuffisances cardiaques (1), mais aussi une cause fréquente de problèmes de rythme cardiaque (2). « Les mécanismes ne sont pas complètement éclaircis, explique Patrick Henry, cardiologue (Pôle Urgences, Hôpital Lariboisière, Paris) entre une toxicité propre à l’alcool et/ou une carence induite en vitamine B1 ». Pour tenter de comprendre cet effet toxique cardiaque de l’alcool, des chercheurs ont observé à l’échographie l’évolution de paramètres de taille et de fonction du cœur (le diamètre du ventricule gauche) et les ont reliés à la consommation d’alcool. Or cette étude parue début juin 2015 a fait beaucoup de bruit car à partir des résultats obtenus chez près de 4 500 seniors de l’observatoire Atherosclerosis Risk in Communities Study (ARIC) (3), les chercheurs sous-entendent que l’alcool serait mauvais pour le cœur, y compris avec modération ! Selon eux, cette augmentation de la taille du cœur constatée dès les premiers verres serait défavorable et pourrait prédire la survenue d’une insuffisance cardiaque. Il faut néanmoins être prudent vis-à-vis de ces conclusions, prévient Patrick Henry : « le fait que l’augmentation de la taille du ventricule gauche soit surtout constatée chez la femme, sans explications, est troublant. De plus, ces différences de taille restent minimes ». Sont-elles d’ailleurs pertinentes ? « Rien ne permet d’affirmer que ces modifications très subtiles conduiront forcément à une insuffisance cardiaque, poursuit-il. Par ailleurs, il faut rappeler que l’objectif initial de l’étude n’était pas les maladies du cœur (cardiomyopathies) mais l’athérosclérose. Enfin, elle comporte de nombreux facteurs qui perturbent toute comparaison, notamment des différences entre les "petits" et les "gros" buveurs vis-à-vis du poids, de l’âge, de l’ethnie, de la présence de diabète, des paramètres du cholestérol, du tabagisme… » En attendant d’approfondir les recherches, aucune raison de renoncer à son verre quotidien !

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Alcool avec modération, cœur protégé

Tout est question de modération. De nombreuses publications internationales en attestent, comme certaines devenues emblématiques. Dès 1994, Serge Renaud, chercheur français à l’INSERM, publiait « l’étude lyonnaise ». Elle concluait à l’association entre une consommation modérée de vin et une mortalité cardiaque moindre, le "paradoxe français". Une autre étude, Monica (Monitoring Cardiovascular Disease), menée entre 1994 et 1999 par l’OMS, penchait en faveur d’une diminution de la mortalité cardiaque chez les buveurs modérés de vin, entre 1 et 3 verres par jour. Puis ce fut au tour d’études internationales sur des milliers de personnes. On fait moins d’insuffisance cardiaque lorsque l’on boit de l’alcool modérément, nous dit l'étude de Framingham Heart (4), entre 1 à 2 verres par jour chez les hommes et un demi à 1 chez les femmes. Message identique avec l'étude de la santé cardiovasculaire « the Cardiovascular Health Study » (5) qui a suivi près de 6 000 personnes jusqu’à 10 ans. Parmi d’autres, le suédois Larsson (6) a examiné huit études incluant plus de 200 000 participants et 6 000 cas d’insuffisance cardiaque. Au final, consommer 7 verres hebdomadaires réduisait de 17% le risque de développer une insuffisance cardiaque. Dernièrement, une étude entérinait l’intérêt protecteur d’une consommation d’alcool légère à modérée (jusqu'à 1 verre par jour pour les femmes et 1 ou 2 verres pour les hommes) aussi vis-à-vis du diabète et de l’accident vasculaire cérébral (2).

Publié par Hélène Joubert, journaliste scientifique le Vendredi 03 Juillet 2015 : 12h42
Mis à jour le Mardi 07 Juillet 2015 : 12h19
Source :  (1) Eur J Heart Fail. 2009;11:453–462 ; (2) Mayo Clin Proc. 2014 Mar;89(3):382-93 ; (3) Circulation: Cardiovascular Imaging. 2015; 8: e002846 ; (4) Ann Intern Med. 2002;136:181–191 ; (5) J Am Coll Cardiol. 2006;48:305–311 ; (6) Eur J Heart Fail. 2015;17:367–373 ; (7) BMJ 2011;342:d671
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