Les " adulescents " : adolescents attardés ou adultes régressés ?

Publié le 31 Octobre 2002 à 1h00 par Dr Catherine Feldman, psychothérapeute
Autrefois, tout semblait bien clair : il y avait d'un côté le monde des adolescents, de l'autre le monde des adultes. Aujourd'hui, la limite est plus floue au point qu'un nouveau mot est né pour traduire cette fusion, voire cette confusion, entre l'âge adulte et l'adolescence : et cela donne l'adulescence…
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L'adulescent type a environ une vingtaine d'années, mais des trentenaires peuvent parfaitement se retrouver dans cette description. Il vit chez ses parents et n'a pas le moindre désir de quitter le nid familial.

L'adulescent vit chez ses parents...

Il poursuit ses études ou commence à travailler. Mais pour lui, gagner un salaire, c'est surtout avoir plus d'argent de poche pour partir en voyage, où il veut, quand il veut ! Il (elle) reçoit son ami(e) dans sa chambre d'enfant, entre sa collection de schtroumpfs et les peluches de ses premières années, à moins que ce ne soient ses amis qui lui aient offert un magnifique Casimir pour son dernier anniversaire. L'adulescent est un grand consommateur de sucettes et quand il boit du champagne, c'est à la paille, dans une petite bouteille.

Casimir et Goldorack sont ses héros préférés

Accroché à la bandoulière de son sac, un ourson au bras long. Sa passion ? Les séries télévisées de son enfance rééditées en DVD. Ses chansons préférées ? « Goldorak » ou « l'Ile aux enfants ». Et c'est sur « Bécassine » version techno qu'il danse. Enfin, l'adulescent branché se rend à des soirées « Gloubi Boulga nights », du nom du plat préféré du dinosaure orange, où il est possible de sucer des bonbons, de siroter de la grenadine, tout en regardant sur grand écran son émission fétiche…

Un retour en enfance pleinement assumé

Ce goût, voire ce culte de l'enfance est pleinement assumé par ces jeunes adultes. Non, ils estiment qu'ils n'ont rien à dissimuler de leur passion pour Casimir et les peluches. D'ailleurs, Loana et Steevy, les deux célèbres jeunes révélés par l'émission Loft Story, ne s'en sont pas cachés. L'un ne pouvait se séparer de son âne et l'autre de sa peluche et de son biberon ! D'ailleurs, pour mieux s'identifier et se faire reconnaître des membres de sa tribu, l'adulescent aime à porter des attributs ou à consommer ce que les professionnels du marketing lui ont concocté : vêtements en impression léopard comme ses peluches, socquettes Barbies. Il porte des parfums à la vanille ou au caramel ou encore vaporise « Doudou », le parfum de Castelbajac pour adultes et dont les effluves rappellent les odeurs de colle blanche utilisée à l'école !

Des jeunes adultes qui refusent de grandir

En fait, à travers ce comportement, tout porte à croire que l'adulescent est surtout un jeune adulte qui refuse de s'assumer comme tel. Il affiche même ce refus presque comme une revendication politique dont le slogan serait « refus de grandir » et se réfugie dans le monde de son enfance. Faut-il s'amuser ou s'inquiéter de l'importance de ce phénomène de société ? Tout est probablement question de mesure.

Rite d'adieu à l'enfance ou régression prolongée ?

Si l'adulescence est pour certain, un passage, comme un rite d'adieu à l'enfance, pour d'autres, cela traduit une réelle difficulté à s'assumer dans la société comme adulte, à prendre ses responsabilités, et plus profondément, à trouver des repères qui puissent aider à donner un sens à une vie d'adulte. Souvent, enfants de parents soixante-huitards qui ont refusé de transmettre les valeurs rigides qu'ils avaient reçues eux-mêmes de leurs parents, les adulescents, faute de références suffisantes, se créent ainsi leurs propres valeurs… en attendant qu'ils puissent en trouver d'autres, plus solides.