Ce billet fait partie du blog "Le blog de la Rédaction".

Sanofi et le dilemme de la sclérose en plaques

Publié par Dr Philippe Presles le Lundi 15 Octobre 2012 : 00h00
Mis à jour le Lundi 15 Octobre 2012 : 11h55
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En rachetant le laboratoire Genzyme plus de 20 milliards de dollars, Sanofi se retrouve face à un vrai dilemme.

En effet, la molécule phare du laboratoire qu’il vient d’acheter, l’alemtuzumab, est à la base de deux produits différentsdans deux indications différentes et pour deux prix très différents !

Dans l’une, la leucémie lymphoïde chronique, il est peu cher.

Dans l’autre, la sclérose en plaques, il pourrait prétendre à un prix 4 à 5 fois plus élevé.

Que faire face au risque que seul le produit le moins cher soit prescrit ?

Supprimer le moins cher…

Le dilemme de Sanofi

Le dilemme de Sanofi est donc de se retrouver potentiellement avec deux produits issus de la même molécule, mais avec deux prix très différents :

  • Le Campah, à base d’alemtuzumab, est déjà disponible pour le traitement de la leucémie myéloïde chronique (LLC), une maladie relativement rare touchant 4 personnes sur 100.000 habitants.
  • Le Lemtrada, également à base d’alemtuzumab, est en cours d’évaluation dans les formes récurrentes de la sclérose en plaque (SEP), sa demande d’autorisation de mise sur le marché ayant été acceptée par l’Agence européenne du médicament (EMA). Cette maladie est beaucoup plus fréquente que la LLC, 80 SEP étant diagnostiquées en France sur 100.000 habitants.

Un vrai dilemme médico-économique

Ainsi la SEP représente, pour la même molécule, un marché beaucoup plus important, potentiellement de 400 millions de dollars par an, contre 76 millions pour le seul Campah.

Cela explique en partie les 20 milliards de dollars déboursés par Sanofi pour acheter Genzyme et sa molécule. Mais cela explique aussi les craintes de Sanofi qui voyait les prescriptions de Campah augmenter dans la sclérose en plaques…

On peut donc comprendre tous les acteurs :

  • Sanofi, qui veut rentabiliser la recherche de Genzyme,
  • Ceux qui protestent contre la disparition du Campah, si utile dans la LLC.
  • Ceux qui prescrivent le Campah dans la sclérose en plaques, sans attendre le Lemtrada.

Que feriez-vous face à un patient malade ?

C’est un vrai dilemme éthique qui soulève toute la question du coût de la recherche sur le médicament, et le coup de production industrielle du médicament :

  • Les coûts de la recherche deviennent énormes aujourd’hui, notamment du fait des indispensables enregistrements dans les différentes agences du médicament dans le monde. C’est bien le coup de cette recherche qui est valorisée dans le prix du médicament.
  • Pourtant, les coûts de production industrielle des médicaments peuvent être relativement bas, comme c’est le cas de nombre de produits de biotech.
Publié par Dr Philippe Presles le Lundi 15 Octobre 2012 : 00h00
Mis à jour le Lundi 15 Octobre 2012 : 11h55
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