Pourquoi tant de grossesses tardives ?

Publié par Dr Catherine Solano le Lundi 21 Avril 2008 : 02h00
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L'âge de la première grossesse est passé de 24,2 ans en 1978 à 27,6 ans en 1998. Puis, en 2007, en région parisienne, les femmes ont en moyenne leur premier enfant à 32 ans (1). Cela entraîne des difficultés importantes pour la fécondation, car la femme est moins fertile en avançant en âge, pour le suivi de la grossesse et le devenir de l'enfant. Alors pourquoi tant de grossesses tardives ?

Pourquoi la première grossesse est-elle de plus en plus tardive ?

C'est que le monde a changé. Lorsque la contraception n'était pas disponible, faire l'amour impliquait un risque immédiat de grossesse, un risque inévitable. « Les femmes sont aujourd'hui moins spontanées, et réfléchissent beaucoup à la faisabilité de la grossesse. Elles se demandent en couple « sommes-nous vraiment prêts pour faire un enfant ? » nous expliqueFanny Marteau (2), psychologue clinicienne qui travaille au sein d'un pôle périnatalité.Or, quand on veut être totalement prêt, mettre un enfant au monde dans un environnement idéal et parfait, on risque d'attendre très longtemps. On a le sentiment que l'enfant doit avoir une place prête pour l'accueillir, place pas toujours facile à préparer sur le plan matériel comme sur le plan psychologique.Pourtant, un enfant fait sa place. Les neuf mois de la grossesse laissent le temps de se préparer, de s'adapter et poussent à réagir pour être prêt quand l'enfant vient au monde. Un autre aspect de la difficulté à décider de mettre en route une grossesse, c'est que pour la plupart des femmes de notre société, la maternité, c'est la grande inconnue. Fanny Marteau remarque que les femmes d'aujourd'hui n'ont que rarement baigné dans un milieu au contact de bébés, car les familles sont de très petite taille avec un ou deux enfants, que nous ne vivons pas en familles élargies. Alors, la plupart du temps, elles n'ont jamais vu quelqu'un s'occuper au jour le jour d'un enfant. Tout cela est pour elles théorique. La transmission du maternage ne se fait plus. Cela devient une grande inconnue et ce qui est inconnu peut se révéler extrêmement angoissant.Cette remarque est aussi valable pour les pères potentiels. Un petit garçon qui a eu un frère ou une soeur un ou deux ans après lui ne se souvient pas avoir vu sa mère s'occuper d'un bébé et si dans son entourage très proche il n'y a pas de jeune maman, il se sent totalement étranger au monde de la maternité et de la paternité. Du coup, le bébé imaginaire devient un bébé objet. Il ne s'agit plus d'un bébé réel, mais totalement idéalisé, comme une poupée. C'est une spécificité de notre société de consommation. On veut un bébé parfait au moment parfait avec la personne parfaite. Avec une telle vision de la vie, ce n'est pas étonnant que l'on hésite de peur de ne pas y parvenir.

La vie professionnelle retarde aussi la grossesse...

Les femmes font des études, travaillent, ont de l'ambition professionnelle et se mettent en couple plus tard. La vie personnelle, la réalisation de leur vie intime est mise à l'écart, en particulier tout ce qui est lié à la grossesse. Il n'y a pas de place pour un enfant dans leur vie. Et le monde de l'entreprise ajoute encore une difficulté. On n'aime pas y embaucher de jeunes femmes de peur de leur congé de maternité. La grossesse est considérée comme une gêne et les jeunes enfants comme des facteurs limitant ce que l'on peut demander à leur mère.Pire encore peut-être, dans le cas des mères célibataires, certains employeurs aiment profiter de la dépendance de ces femmes à leur travail. Elles savent que si elles disent non à une demande de leur patron, elles risquent le chômage et se retrouver sans emploi quand on est seul soutien de famille, c'est impensable. Alors, elles sont corvéables à merci.Ces situations ne donnent absolument pas envie aux autres jeunes femmes de tenter très tôt l'aventure de la maternité. Et puis, constate Fanny Marteau, « certaines femmes sont si centrées sur leur intellect, sur leur réussite qu'elles sont coupées de leur corps ». Même quand leur intelligence est évidente et leurs responsabilités professionnelles élevées, elles peuvent ne pas bien connaître leur corps, et peuvent ne plus avoir de sexualité. Certaines font très peu l'amour. Le jour où elles font un bébé, elles font alors l'amour sur commande. Dans ce contexte, faire un bébé devient de plus en plus médicalisé. Un élément joue encore en défaveur de la maternité plaisir, c'est la pression de la minceur et de l'esthétique. Les femmes veulent être parfaites, font des régimes, des liposuccions Alors elles ont terriblement peur de ne plus contrôler leur corps une fois enceinte. Elles craignent de se sentir moche, grosse, d'avoir des vergetures, des varices, d'abîmer leurs seins avec l'allaitementEt si le monde du travail ne les aide pas, notre société non plus. Avec moins de 3 mois de congé de maternité, on se moque des femmes. La plupart des bébés ne font pas encore leurs nuits lorsque la femme recommence à travailler, et l'allaitement tel qu'il est recommandé par l'OMS devient quasi impossible (6 mois d'allaitement complet sans biberons sont conseillés). Fanny Marteau remarque : « il faudrait 6 mois de congé maternité, et tout le monde y gagnerait ». Le Professeur Olivennes (1), gynécologue obstétricien spécialisé dans les procréations médicalement assistées, lance d'ailleurs un cri d'alarme : « n'attendez pas trop longtemps pour avoir un enfant ». En effet, tous ces freins à la maternité sont très graves. Parce que la fertilité diminue terriblement après 35 ans, sans que les femmes réalisent qu'elles finissent par mettre en péril leur possibilité d'enfanter. À 25 ans, la probabilité de mettre en route une grossesse est de 25 % par cycle, de 12 % à 35 ans et de 6 % à 40 ans. Alors, laisser passer le temps, c'est risquer de passer à côté de la possibilité d'avoir des enfants.

Publié par Dr Catherine Solano le Lundi 21 Avril 2008 : 02h00
Source : (1) Ces chiffres sont publiés dans un livre passionnant : " N'attendez pas trop longtemps pour avoir un enfant " du Pr François Olivennes aux éditions Odile Jacob.
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