Un bébé à 40 ans

Publié par Véronique Ozanne, journaliste santé le Lundi 06 Août 2007 : 02h00
Mis à jour le Jeudi 21 Octobre 2010 : 14h11
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Un enfant quand on veut ! Pas toujours facile, pourtant l'âge de la maternité recule et plus de 30.000 mamans font leur petit dernier voire leur premier après 40 ans, alors qu'elles n'étaient que 8.000 il y a 20 ans. Un point sur les chances, les risques et les bonheurs de ces grossesses tardives.

Des bébés quand on veut ? Pas si simple ! Nous possédons à la naissance un capital d'environ 400.000 ovules. À mesure que la femme vieillit, ses ovaires deviennent moins réceptifs à l'hormone folliculostimulante (FSH), une substance qui stimule la maturation des ovules et la libération d'oestrogènes. La baisse de la fertilité semble également découler directement de la chute, liée à l'âge, du nombre d'ovules sains dans les ovaires de la femme. Chaque mois, lorsqu'elle est en âge de procréer, seul un ovule arrive généralement à maturation. Le nombre d'ovules commence à diminuer dès l'enfance et continue à l'âge adulte. Il n'est plus que de 25.000 à 37 ans, et de 1.000 à 51 ans. L'ovulation contribue à cette diminution mais la majorité des ovules sont lentement absorbés par l'organisme. Arrivées à la cinquième ou sixième décennie de leur vie, la plupart des femmes ont épuisé le stock d'ovules dont elles disposaient à la naissance. Les limites de la science Absorbées par leur carrière, toujours plus exigeantes pour le choix du géniteur idéal, désireuses de donner les meilleures conditions de vie matérielles à l'enfant à venir, les femmes retardent donc le moment d'être mères et se raccrochent à l'idée qu'en cas de déficience, la science viendra à bout de leur baisse de fertilité. Mais la médecine ne peut pas tout et celles qui attendent le meilleur géniteur, le moment le plus propice de leur vie professionnelle, la meilleure maison et les conditions financières idéales risquent, quelle que soit la prise en charge médicale, de ne jamais être mère ! À 40 ans, le taux de succès des PMA (procréation médicalement assistée) est de 13,9 %, à 43 ans il chute à 7,6 % pour n'être plus que de 1,9 % à 45 ans (source : revue Américaine Fertility & Sterility 2005). Mieux vaut donc être une mère imparfaite que de ne pas être mère du tout ! Le don d'ovocytes Avec l'âge, la fertilité est ainsi menacée. Mais il existe un moyen de pallier le vieillissement des ovaires : le don d'ovocytes d'une autre femme. Si cette technique est autorisée en France, elle reste encore peu pratiquée et surtout elle est rarement proposée aux femmes de plus de 40 ans. Certaines d'entre elles n'hésitent pas à partir à l'étranger, où les équipes médicales sont plus conciliantes avec l'âge. Et de nombreux gynécologues français voient arriver des nouvelles mamans de plus de 40 ans qui reviennent d'un voyage en Belgique ou en Espagne. Un bébé si désiré ! Comment vivent-elles leur maternité, ces mamans de 40 ans ? Comme un cadeau de la vie répondent-elles en choeur ! C'est un projet mûrement réfléchi qui arrive souvent après une période d'infertilité. Elles se sentent plus mûres qu'entre 20 et 30 ans. Elles ont plus confiance en elles, elles sont plus patientes, plus philosophes. Elles peuvent néanmoins se révéler trop exigeantes et le décalage entre l'enfant rêvé et l'enfant réel peut être encore plus décevant que chez des mères plus jeunes dont les investissements sont plus dispersés. Même si elles ne l'avouent pas, elles veulent que leur enfant soit le meilleur, le plus précoce.

L'équilibre du couple À 20 ans, on trimballe son bébé partout, à lui de s'adapter à la vie de ses parents. À 40, on exige pour lui les meilleures conditions de confort et ce sont les besoins de bébé qui régissent la vie des parents. Et, si la maman est tout à son extase maternelle, le père risque de se sentir frustré et de mal vivre un trop plein de contraintes. Certaines de ces mères, si comblées par leur maternité, avouent une libido en chute libre et ne laissent pas toujours l'accès au papa qui, du même coup, perd sa femme sans avoir trouvé sa place de père. Quand on a vécu à deux, 10 ou 15 ans libres de toutes contraintes, l'atterrissage est rude pour les pères qui n'y retrouvent pas, c'est le cas de le dire, leur petit ! La transformation du corps Globalement, contrairement aux mamans de 20 ans qui vivent parfois physiquement mal ce qu'elles ressentent comme une déformation de leur corps, elles ont adoré l'épanouissement de la grossesse et se sont senties plus belles que jamais. Elles sont aussi plus rigoureuses sur la surveillance de leur poids. Bien sûr, leur peau n'est plus aussi souple, elles ont besoin de plus de sommeil, la récupération après l'accouchement est plus longue et la fatigue plus grande, mais elles sont portées par une telle joie qu'elles n'en ont pas vraiment conscience. Si elles décident de ne pas allaiter, souvent pour protéger leur poitrine, elles le font sans culpabilité.

Sophie, 40 ans, maman d'Aristide, 4 mois «Je me suis retrouvée seule avec ce bébé puisque je ne vis pas avec le papa d'Aristide. Bien sûr, il y avait la fatigue, mais c'était un tel bonheur d'avoir ce bébé de la dernière chance que ça m'a dopée. Ça m'a donné un regain d'énergie et j'étais tellement heureuse que je ne me posais pas la question. J'ai 40 ans, c'est vrai, mais je me sens jeune de l'avoir lui ! Et puis avoir 60 ans quand il en aura 20, où est le problème ? Je vais tout faire pour rester en forme et belle pour qu'il soit fier de moi quand j'irai le chercher à l'école.» Des chiffres Il y a 2 fois plus de césariennes chez les mères de 40 ans et les fausses couches du premier trimestre sont 2 fois plus nombreuses. Le taux de prématurés passe de 6 % à 20 ans à 16 % à 40 ans. L'incontinence urinaire touche 50 % des mères de 40 ans, seulement 9,5% de celles de 30 ans. Du temps pour soi ? 60 % des mères de 40 ans pensent qu'avoir un enfant, c'est ne plus avoir de temps pour soi et pour sa vie professionnelle, mais elles ne le ressentent pas comme une frustration. Elles sont comblées par ce bébé tant attendu et le temps qu'elles passent avec lui est vécu comme une fête permanente. Mais elles sont aussi conscientes que l'équilibre de leur enfant passe par une mère épanouie par sa vie de femme et sa vie professionnelle. Leurs préoccupations À 20 ans, le bébé doit s'adapter à leur vie, à 40 ans, elles chamboulent tout pour lui. À 20 ans, leur première préoccupation est l'alimentation, à 30 la santé. Celles de 40 veulent tout bien faire et lui donner les meilleures conditions de vie matérielles possibles, mais elles sont aussi très sensibles au regard des autres. En même temps, elles pensent que quand on est en forme, avoir un enfant de 20 ans à 60 ans ne pose pas de problème. Nicole, 42 ans, maman de David, 17 ans et de Noham, 6 mois. «J'ai attendu Noham dans un état de plénitude. J'ai vécu une grossesse fabuleuse. J'ai été beaucoup plus attentive à mon alimentation et à tout ce qui pouvait lui donner les meilleures chances de développement. Pour David, je ne me préoccupais pas de tout ça, et en même temps j'étais beaucoup plus stressée. Avec Noham, j'ai eu l'impression de m'occuper de lui in utero. Pour lui, je veux le meilleur, mais j'attends aussi qu'il ne subisse pas sa vie : je suis confiante, je sens qu'il va être plus apte au bonheur que son frère.»

Laura, 39 ans, maman de Juliette, 19 ans et de Rose, 2 mois. «C'est sûr, je ne suis pas la même maman que pour Juliette. J'étais une gamine à la naissance de Juliette et ma famille était autour de moi. Sa naissance n'a pas radicalement changé ma vie puisque tout le monde s'occupait d'elle. Quand Rose est née, j'avais beaucoup réfléchi, entendu, lu. Je suis bien plus dans la prévention et plus attentive pour mettre toutes les chances de son côté au niveau de la santé et de l'épanouissement. En même temps, je sens que je serai plus permissive, moins exigeante et c'est tant mieux car je crois que j'ai trop mis la pression sur Juliette qui, du coup, a été une enfant angoissée.» Des chiffres À 25 ans, une femme a 20 % de chances de devenir enceinte à chaque cycle. À 35, elle n'en a plus que 12 %. À 40 ans, 6 %, et à 45 ans, les chances sont quasiment nulles. À cause de la baisse de leur fécondité, 7 % des femmes qui ont désiré un enfant à 30 ans n'en auront pas, 13 % à 38 ans, et plus de 35 % à 40 ans, même avec l'aide de stimulation ovarienne et de la fécondation in vitro. À 30 ans, le risque d'être enceinte d'un enfant trisomique est de 1/900, à 40 il est de 1/110 et de 1/28 à 45 ans. Les bébés des mères de 35 à 39 ans sont passés de 47.000 à 95.000 depuis 10 ans et représentent 13 % des naissances.

Je bouquine

"Le bonheur d'être mère. La grossesse après 35 ans", de Michel Tournaire, Éditions Odile Jacob.

Publié par Véronique Ozanne, journaliste santé le Lundi 06 Août 2007 : 02h00
Mis à jour le Jeudi 21 Octobre 2010 : 14h11
Source : Côté santé, juin 2007.
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