Les cardiologues sont-ils sexistes ?

Publié par Dr Philippe Presles le Lundi 31 Juillet 2000 : 02h00
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C'est la question que l'on peut se poser en constatant que les unités de soins intensifs de cardiologie américaines engagent moins de moyens pour traiter les infarctus du myocarde chez les femmes. Mais les taux de mortalité sont similaires chez les hommes et il est bien difficile d'en tirer une conclusion. Seraient-elles plus résistantes ?

Les chiffres parlent d'eux-mêmes et sont forts : après avoir analysé 138.956 dossiers, les auteurs d'une étude américaine constatent que les femmes sont traitées de manière moins agressive que les hommes en cas d'infarctus du myocarde. Elles bénéficient ainsi de moins de techniques de désobstruction des artères coronaires (artères qui irriguent le cœur et sont bouchées en cas d'infarctus) par cathétérisme (-25% après 85 ans). Elles reçoivent aussi moins de médicaments d'urgence comme les thrombolytiques (qui dissolvent le caillot de sang qui bouche l'artère coronaire) ou comme l'aspirine dans les 24H00. Elles reçoivent en revanche un peu plus de médicaments pour prévenir les rechutes (bêta-bloquants et IEC).

Le taux de survie à un mois est malgré tout équivalent entre les deux sexes et il n'est donc pas possible de conclure simplement cette étude : les cardiologues ne sont certainement pas sexistes contrairement à ce que laissait supposer le clin d'œil de notre titre. Il faudrait en tous cas étudier ce phénomène qui appelle d'autres questions : en est-il de même dans d'autres pathologies ? Les femmes sont-elles moins douillettes et de ce fait moins expressives ? Leurs cas sont-ils moins graves ?

Cette étude infirme en tous cas une idée fausse très courante selon laquelle les hommes seraient plus sujets aux infarctus du myocarde. Dans les faits c'est complètement faux et en l'occurrence les femmes représentaient 49% de l'effectif.

Reste que la recherche de la parité, même en médecine, doit devenir une priorité.

Publié par Dr Philippe Presles le Lundi 31 Juillet 2000 : 02h00
Source : Gan, N Engl J Med 2000 ; 343 : 8-15. Cooperative Cardiovascular Project.
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