Ados en crise : la pension est-elle une solution ?
Les Hauts murs, le film de Christian Faure actuellement à l'affiche, retrace l'histoire de jeunes garçons envoyés en maison d'éducation surveillée. Un endroit lugubre, sinistre et hostile que Carole Bouquet, mère de l'un des protagonistes, captera en quelques mots : « Je croyais Marcel en pension. Il était en prison ». Aujourd'hui, ces maisons ont fermé leurs portes. Mais l'internat, lui, connaît un regain de popularité. La séparation peut-elle être bénéfique quand on ne parvient plus à cadrer son ado ? Ou faut-il y voir un aveu d'échec éducatif ? Les réponses avec Nicole Catheline, pédopsychiatre.PE : L'internat représente-t-il une solution efficace pour les parents qui ont du mal à gérer leur ado ?N.C. : Face à un jeune difficile, l'aménagement d'un cadre (changement d'établissement ou choix de l'internat) est intéressant mais insuffisant. Alors, il est vrai qu'avec la distance, la relation peut s'assouplir et trouver un nouveau souffle. Mais, quand il y a conflit, il faut moins attendre une transformation en provenance de l'extérieur qu'une évolution en provenance de l'intérieur. Il est impossible d'économiser un travail de réflexion en inscrivant son enfant en pension. Il faut discuter d'abord, échanger sur ce que chacun attend de l'autre et de ce changement.PE : Un ado qui supporte mal la contrainte parentale supportera-t-il davantage celle d'un tiers ?N.C. : Oui. Les parents ont souvent des idées reçues sur les capacités et la personnalité de leur enfant. Ils imaginent, projettent sur lui leurs propres croyances. Seulement, les ados sont généralement moins hostiles aux cadres d'autorité qu'à celui établi par leurs parents. Ceux-ci disent : « Tu ne supportes les interdits de personne ». Mais très souvent, c'est faux. Et cette croyance gêne l'originalité de l'ado qui est contraint de répondre au moule dans lequel on le met. En somme, avec les parents, l'affect entre en jeu et brouille parfois les cartes. Un tiers restera plus neutre et l'ado pourra lui montrer une autre facette de sa personnalité.PE : Mais cette expérience à l'internat, l'ado peut aussi très mal la vivre ?N.C. : Bien entendu. Il peut se dire : « Si mes parents n'en peuvent plus de moi, c'est que je suis mauvais. » Il mettra alors tout en oeuvre pour se faire renvoyer et ainsi démontrer que l'école ne réussira pas là où ses parents ont également échoué. Pour l'ado, il s'agira alors de prendre ses parents au mot et de garder la main en les devançant.L'ado n'aime pas se faire imposer des choses. D'où l'importance d'échanger avec lui.PE : La décision de l'internat doit donc se prendre à deux N.C. : Il vaut mieux qu'elle soit négociée et approuvée par chacun, même si c'est du bout des lèvres. De toute façon, il est toujours possible de faire un test sur une période.PE : L'internat peut aussi être difficile à supporter pour les parents ?N.C. : Tout à fait. C'est toujours douloureux, même quand il y a conflit, de se dire que son ado s'éloigne, qu'il va apprendre par le biais de nouvelles personnes, qu'il va découvrir le monde par le prisme de nouveaux modèles Et puis, à ces douleurs s'ajoutent les angoisses : va-t- il réussir à se débrouiller seul ? Va-t-il faire de bonnes rencontres ?PE : En somme, il s'agit d'une rupture N.C. : D'une maturation plutôt d'un chemin composé d'étapes à franchir.PE : Justement, comment la séparation peut-elle devenir un outil éducatif constructif ?N.C. : Le travail de séparation porte sur la vie psychique. Il est donc nécessaire d'avoir un raisonnement personnel positif et optimiste pour bien la travailler. Comment ? En comprenant que l'éloignement, quand il est réfléchi, peut permettre à l'ado de savoir qui il est et de se construire. Ses modèles identificatoires changeront, certes, mais vivre hors du noyau familial lui apprendra à s'extérioriser, à se décentrer et à s'autonomiser.PE : Pour finir, y a-t-il des cas où l'internat est déconseillé ?N.C. : Oui, chez l'enfant très angoissé. Cette expérience risquerait alors d'aggraver son degré d'inhibition.
Quelques chiffres
- Dans les lycées généraux et technologiques, 7 % des élèves sont internes ; 12 % le sont dans les lycées professionnels- 4 % des élèves de l'enseignement secondaire public sont internes, soit 176 796 jeunes- Les élèves boursiers internes ont droit à une prime de 234,93 euros par anSource : ministère de l'Éducation nationale
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