GBL : quelle est cette drogue qui inquiète les autorités ?

Publié par Audrey Vaugrente, journaliste santé le Mardi 17 Avril 2018 : 12h48

La préfecture de police de Paris s'alarme de la consommation croissante de GBL, une drogue apparentée au GHB, dans les clubs et boîtes de nuits.

© Istock

On le connaît principalement sous son jour le plus sombre : la drogue du violeur. Mais le GHB jouit aussi d'un usage plus festif. Plus précisément, une substance cousine, la GBL, qui se transforme une fois ingérée et offre les mêmes effets psychoactifs.

Ces deux drogues font aujourd'hui l'objet d'une alerte de la part des autorités policières et sanitaires. Elles s'inquiètent d'une utilisation croissante chez les jeunes fêtards, au sein des clubs parisiens notamment. E-Santé vous résume les principaux éléments à retenir.

La GBL, c'est quoi ?

La GBL (gamma-butyrolactone) est, comme le GHB, une substance inodore et incolore. A l'origine, il s'agit d'un liquide utilisé dans l'industrie et qui est mélangé à des produits solvants ou des décapants. Il sert, par exemple, à décaper les jantes de voitures.

Cette substance est donc très toxique, surtout lorsqu'elle est mélangée à d'autres substances chimiques. Mais, diluée dans du soda ou de l'eau, elle comporte les mêmes propriétés que le GHB. C'est pourquoi elle est de plus en plus utilisée dans un cadre festif.

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Comment agit-elle ?

Comme le GHB, la GLB a des effets psychoactifs puissants. A faible dose, il désinhibe, augmente les performances physiques. Elle est donc très prisée dans le cadre du chemsex, une pratique qui consiste à absorber des drogues pour augmenter ses capacités sexuelles.

C'est aussi ce qui explique son usage dans un cadre festif. "Quand elle est utilisée de manière récréative, la GBL améliore la confiance en soi et la sociabilité, et réduit les inhibitions sexuelles. Elle déclenche une vague d'euphorie, une empathie prononcée comme dans l'ectasy. A haute dose, elle induit le sommeil", détaille le forum Psychoactif.

Qui l'utilise ?

La GBL reste une substance confidentielle en France. En 2011, 0.5 % de personnes l'avaient expérimentée, selon l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT). "Depuis le milieu des années 1990, elle est apparue principalement dans la communauté gay", explique au Parisien Fred Bladou, en charge des drogues auprès de l'association AIDES.

Mais depuis quelques années, les jeunes fêtards l'utilisent de plus en plus dans les clubs et autres boîtes de nuit. Il faut dire que la GBL représente une alternative peu coûteuse à l'alcool. Tout en proposant les mêmes effets, la substance reste active pendant deux heures, en moyenne.

Quels sont les risques ?

Efficace à faibles doses, la GBL est une substance à haut risque. "Sa puissance fait qu'il est très facile de faire une overdose", rappelle le forum Psychoactif. En décembre dernier, huit jeunes gens en ont fait les frais.

Agés de 19 à 25 ans, ils ont bu dans une bouteille qui ne leur appartenait pas. La GBL présente dans la boisson les a plongés dans le coma. L'un d'entre eux est mort. Un fait divers qui a poussé la préfecture de police de Paris à réunir autorités sanitaires et représentants des établissements de fête, afin d'adopter une politique plus strict.

L'alerte n'est pas récente. En 2009 déjà, plusieurs agences sanitaires ont émis un communiqué commun. La GBL "peut provoquer des nausées, des vomissements, des difficultés respiratoires, des troubles de la conscience pouvant aller jusqu'au coma. Sa consommation est généralement suivie d'une amnésie", avertissait ce document.

Comme les effets de la GBL sont démultipliés par la consommation d'alcool ou d'autres substances psychoactives (médicaments ou drogues), les risques sont d'autant plus élevés. D'après des chiffres communiqués à la presse par la préfecture de police de Paris, les hôpitaux parisiens accueillent chaque année 50 à 100 personnes dans le coma à cause de la GBL.

Comment circule-t-elle ?

Sur le papier, la vente de GBL au public est interdite depuis 2011, tandis que le GHB est classé comme un stupéfiant. Pour autant, les industriels ont la possibilité d'acheter ce produit et doivent déclarer tout soupçon d'utilisation détournée.

Selon la loi, toute personne qui vend ou donne de la GBL à un civil s'expose à 3 ans de prison et 45 000 euros d'amende. Mais dans les faits, cette substance est facilement accessible sur Internet, où elle se vend à des tarifs défiant toute concurrence : 80 à 150 euros le litre.

L'autre problème, c'est que la trafiquants restent impunis. "Les saisies de GHB, pratiquement inexistantes avant 2010, ont atteint un maximum de 6 litres en 2011, pour retomber ensuite (1 litre en 2012, aucune saisie mentionnée en 2013)", précise l'OFDT.

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