Cancer : un homme sur quatre refuse de se faire amputer le pénis

Publié par Audrey Vaugrente, journaliste santé le Lundi 19 Mars 2018 : 12h39

Le cancer du pénis est rare, mais souvent mortel. L'amputation est le plus souvent la meilleure solution. Mais un homme sur quatre la refuse, d'après une étude.

© Istock

C'est un cancer entouré d'un grand tabou. Rare, il touche une zone particulièrement lourde de signification. Et l'issue est souvent l'amputation du pénis. Mais comme le montre une étude présentée au congrès annuel de l'Association européenne d'urologie, qui se tient à Copenhague (Danemark) du 16 au 20 mars, le cancer du pénis n'est pas toujours traité selon les règles.

Dans un cas sur quatre, le patient refuse le traitement de référence : l'ablation partielle ou totale du membre viril. Pour parvenir à ce chiffre, les auteurs de ces travaux ont interrogé 425 patients, suivis en Italie, en Espagne, en Hongrie, au Brésil ou aux Etats-Unis.

Plusieurs motifs permettent d'expliquer ce refus. Sans surprise, il est souvent à l'initiative du patient. "Le cancer du pénis est une perspective effrayante, souligne la Société américaine du cancer sur son site. Pour bien des hommes, l'amputation semble pire que la maladie elle-même."

Pourtant, la prise en charge d'un cancer du pénis peut être très limitée. Si le prépuce est la seule zone touchée, une simple circoncision suffira. Et l'ablation partielle de la verge n'a pas toujours de séquelles sur les fonctions urinaire et sexuelle.

Moins de chances de survie

Mais les médecins sont eux aussi nombreux à ne pas proposer le meilleur traitement à leurs malades. "Dans la moitié des cas, si le patient n'est pas traité selon les bonnes pratiques, la décision émane du médecin, chiffre le Dr Luca Cindolo, co-auteur de l'étude et responsable du volet italien. Nous pensons que cela est dû au fait qu'ils n'ont pas l'habitude de traiter ce cancer rare, mais mortel."

De fait, le cancer du pénis concerne moins d'1 % des cancers de l'homme adulte en Occident. Peu d'urologues les rencontrent donc sur une base fréquente. Mais ces lacunes ont des conséquences réelles sur l'évolution de la maladie. Refuser l'amputation, c'est diviser par deux ses chances de survivre au cancer.

"Si les cancers rares sont traités dans des centres d'excellence, nationaux ou internationaux, les chances d'obtenir le meilleur traitement sont améliorées", suggère dans un communiqué le Dr Vijay Sangar, en exercice à l'Hôpital Christie de Manchester (Royaume-Uni). C'est le cas outre-Manche, où quelques centres sont experts dans le domaine.

Ces refus s'expliquent, au moins en partie, par la crainte de perdre son pénis. Mais la chirurgie de reconstruction est régulièrement pratiquée. L'objectif : préserver autant que possible la capacité à uriner debout, mais aussi à avoir des rapports sexuels.

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Greffe de peau, section de ligaments…

En cas d'amputation partielle, deux techniques sont proposées aux hommes. Dans le premier cas, le ligament suspenseur – qui retient une partie de la verge – est coupé. Cela fait gagner environ un centimètre. La graisse au-dessus du pénis peut également être retirée, de manière à allonger un peu le membre.

L'ablation de la totalité du pénis nécessite une prise en charge un peu plus complexe. Certains chirurgiens pratiquent une ouverture entre l'anus et le scrotum, afin de permettre au patient d'uriner assis.

Mais la greffe de peau peut donner lieu à la reconstruction d'un pénis. Si le chirurgien raccorde aussi les vaisseaux sanguins, l'érection sera possible. Enfin, certaines équipes dans le monde tentent de parfaire les greffes de pénis.

Sur le plan technique, des réussites ont été annoncées aux Etats-Unis, en Chine et en Afrique du Sud. Mais un problème majeur persiste : sur le plan psychologique, ce pénis prélevé sur un autre homme – après son décès – peut provoquer de violentes réactions. Un Sud-africain a ainsi demandé à se faire retirer le membre greffé.

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