BPCO : pourquoi bien inhaler son traitement bronchodilatateur est vital

Publié par Hélène Joubert, journaliste scientifique le Lundi 03 Avril 2017 : 10h39
Mis à jour le Mardi 04 Avril 2017 : 13h20
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Le constat est sans appel : 60 à 80% des personnes souffrant d’une maladie pulmonaire appelée broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO) ne se servent pas correctement de l’appareil qui sert à inhaler leur traitement bronchodilatateur. Attention, c’est très risqué pour leur santé. 

La BPCO, un tueur silencieux

En silence, à cause du tabagisme dans 90% des cas (à partir d’un paquet/jour pendant 15 ans), l’obstruction chronique irréversible des voies aériennes épuise le souffle, handicape et tue*. La méconnaissance de cette maladie insidieuse est stupéfiante alors que près de 8 % des adultes en France sont touchés. Selon l'OMS (Organisation mondiale de la santé), la broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO) deviendra la 4ème cause de décès dans le monde en 2030.

Les objectifs du traitement de la BPCO sont de prévenir et contrôler les symptômes (essoufflement, toux, expectorations, difficulté à respirer pendant les efforts physiques, appelée dyspnée), réduire la fréquence et la sévérité des « exacerbations » (aggravations brutales de l’état de santé du malade) et d’améliorer la tolérance à l’exercice physique, seul moyen de regagner en capacité respiratoire (volume d’air expiré par seconde). Parmi les traitements au long cours ou d’appoint figurent les bronchodilatateurs (précisément des bêta2-agonistes et anticholinergiques) lesquels, comme leur nom l’indique, permettent une dilatation des bronches. Ils s’administrent au moyen d’un inhalateur.

Mauvaise manipulation, risque d’exacerbations accru

Les règles de bonne utilisation des systèmes d’inhalation sont primordiales pour une délivrance efficace du traitement bronchodilatateur, au plus profond des bronches. Faire parvenir un produit dans les bronches n’a rien de naturel. Malgré tout, c’est le moyen de délivrance ayant le meilleur rapport bénéfice/risque. Il permet d’obtenir des concentrations élevées de principe actif au niveau de la bronche. Par comparaison, la voie orale (comprimé) requerrait une forte concentration de principe actif dans le sang pour espérer une concentration satisfaisante dans la bronche. Au risque d’effets secondaires généraux bien supérieurs.

Une étude française, première du genre**, vient de révéler que la mauvaise manipulation -assez fréquente- des inhalateurs contenant des bronchodilatateurs est associée à la survenue d’exacerbations sévères de BPCO.

Pr Mathieu Molimard, spécialiste en pneumologie-pharmacologie, directeur du département hospitalo-universitaire de pharmacologie de Bordeaux et coordinateur de l’étude : « Nous avons constaté une grande fréquence des erreurs d’utilisation. Les erreurs graves c’est-à-dire susceptibles de limiter la dose inhalée arrivant au contact des bronches sont associées à un risque doublé d’exacerbations graves de BPCO conduisant à une hospitalisation. Une dose incomplète équivaut à un traitement partiel ou pas de traitement du tout. Une preuve en miroir que ces traitements sont utiles ! »

Publié par Hélène Joubert, journaliste scientifique le Lundi 03 Avril 2017 : 10h39
Mis à jour le Mardi 04 Avril 2017 : 13h20
Source : * http://www.bpco-asso.com/
**European Respiratory Journal, In press. Conduite en vie réelle auprès de 3000 patients BPCO, elle était présentée fin janvier 2017 au 21ème congrès de Pneumologie de Langue Française (27-29 janvier 2017, Marseille)
D’après un entretien avec le Pr Mathieu Molimard, spécialiste en pneumologie-pharmacologie et directeur du département hospitalo-universitaire de pharmacologie de Bordeaux.
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