Contre la scolarisation avant trois ans

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Mardi 21 Décembre 2004 : 01h00
Mis à jour le Lundi 18 Juillet 2011 : 17h21
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Selon les spécialistes de la petite enfance, la scolarisation à deux ans n'est pas une bonne solution. Explications à l'appui.

Que penser d'une scolarisation plus précoce ?

Loin d'être une bonne mesure pour l'enfant, la scolarisation à deux ans aurait des conséquences négatives dans les domaines éducatif et psychique. Il semblerait que contrairement à ce que l'on pourrait s'attendre, l'entrée scolaire précoce favorise des retards dans les apprentissages de la lecture et de l'écriture. De plus, elle aurait une influence sur le développement de la violence.

En effet, la troisième année de vie d'un enfant correspond à l'achèvement d'un cycle qui va de la naissance à l'acquisition du « je ». En d'autres termes, cette période particulièrement importante est celle de l'autonomie, de la découverte de son identité. Et pour construire sa personnalité, l'enfant a besoin d'échanges émotionnels étroits avec ces parents ou leurs tuteurs. Cette phase de construction est d'autant plus complexe qu'elle se réalise en même temps que d'autres étapes essentielles, comme l'acquisition de la propreté sphinctérienne, le développement de jeux expérimentaux et de dessins spontanés. L'enfant développe également son imagination et apprend à maîtriser son agressivité dans les rivalités de possession d'objets, de territoire et de l'attention des adultes. C'est seulement après la stabilisation de cette phase qu'il sera prêt à s'intégrer dans une classe d'école maternelle et qu'il pourra s'épanouir dans un groupe.

En deçà, il a fréquemment besoin d'un adulte attentif, compréhensif, mais aussi limitant afin de canaliser les agressions gratuites, de calmer les débordements d'excitation, de désamorcer les conflits, les rivalités, les peines et certaines angoisses.

La scolarisation avant 3 ans n'est pas une bonne idée

C'est pourquoi une scolarisation trop précoce risque de provoquer des réactions diverses, comme des inhibitions, un sentiment de solitude, un durcissement des conduites agressives, lesquelles peuvent se répercuter jusqu'à l'adolescence.

Un autre argument contre l'entrée précoce à l'école, vient du fait de ce que ces tout-petits vont apprendre des autres enfants : le passage du langage se fait d'un enfant de deux ans à un autre enfant de deux ans, réduisant considérablement le bagage lexical lorsqu'ils arrivent en cours préparatoire. C'est un handicap linguistique difficile à rattraper.

De toute façon, aujourd'hui, l'école ne sait pas prendre en charge les enfants de deux à trois ans et n'a pas les moyens adaptés à cette tranche d'âge : petits groupes de moins de dix enfants, enseignants formés, minimum de deux enseignants par groupe, menus appropriés, conditions de sommeil respectant les besoins à cet âge, etc.

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Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Mardi 21 Décembre 2004 : 01h00
Mis à jour le Lundi 18 Juillet 2011 : 17h21
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