Substances toxiques : pas de dosage de leurs effets sur notre santé

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Lundi 17 Mars 2008 : 01h00
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Les nouvelles molécules chimiques sont de plus en plus nombreuses. Très peu font l'objet de recherches toxicologiques, nous ne connaissons pas leurs effets, nous ne savons pas les doser et lorsque c'est le cas, nous ne disposons d'aucune norme… et ne savons pas les traiter (en les « chélatant » ou les « détoxifiant »).

1.000 substances toxiques nouvelles par an

Plus de 100.000 substances toxiques ont été créées ces derniers temps. Plus de 1.000 nouvelles molécules apparaissent chaque année. Hélas, seul un pourcentage infime est étudié sur le plan toxicologique. Pire, nous ne savons pas ce qui se passe lorsque plusieurs de ces molécules sont en présence. Il est fort probable que les effets toxiques de chaque substance ne s'additionnent pas, mais se potentialisent, se multiplient les uns avec les autres. Les xénobiotiques par exemple, entièrement issus de la chimie, sont actuellement montrés du doigt par certains chercheurs comme potentiellement responsables de l'obésité. Ce sont des perturbateurs endocriniens qui ont une action proche de celle des oestrogènes. Ils sont donc capables de stimuler la prolifération des adipocytes ou cellules graisseuses et pourraient donc induire une obésité sans aucun rapport avec le taux calorique ingéré.

Quels effets, quels dosages pour ces molécules toxiques ?

En France, nous n'avons pas la possibilité de doser les effets des toxiques. Nous n'avons même pas la possibilité de doser le toxique lui-même. Comment savoir si nous sommes intoxiqués par des pesticides, des engrais ou des xénobiotiques si les laboratoires d'analyse ne savent pas doser ces molécules ? Seuls les laboratoires de recherche spécifiques peuvent le faire, mais ils ne nous sont pas accessibles, même si l'on souhaite payer les dosages. Par ailleurs, si l'on fait un dosage des métaux lourds, nous ne disposons pas de normes pour la population. Les seules normes disponibles sont valables pour les personnes postées, c'est-à-dire celles qui sont particulièrement exposées aux métaux lourds. Nous sommes donc incapables de savoir si l'on est ou non intoxiqué. De toute façon, un dosage sanguin ne serait même pas suffisant car le plus souvent les produits s'accumulent dans les organes et y restent. Par exemple, les squelettes présents dans nos cimetières depuis plus de 100 ans sont assez pauvres en plomb. En revanche, les squelettes des personnes qui ont vécu entre les années 40 et 80 sont très riches en plomb, en raison de l'essence au plomb que l'on utilisait durant cette période. Depuis, on ne sait rien. Sommes-nous réellement moins intoxiqués qu'avant depuis que nous avons fortement diminué nos émanations de plomb ? Actuellement nous sommes incapables de faire un diagnostic d'intoxication chez qui que ce soit.Quelques expérimentations ont été tentées, comme celles de Greenpeace qui avait détecté la présence de 39 toxiques sur des élus européens, dont le ministre de l'Environnement. Mais la nature des dosages n'a pas été divulguée. Par ailleurs, une fois la présence des toxiques connue, que fait-on ? Nous ne savons pas traiter, car les « chélateurs » sont interdits en France. Ces molécules sont capables d'en fixer d'autres spécifiquement, et ainsi de les déloger puis de les éliminer de l'organisme. Ils sont autorisés aux États-Unis, où l'on peut faire des cures de désintoxication, de détoxification. Aux États-Unis également, il existe des laboratoires qui dosent la fixation de xénobiotiques et de métaux lourds sur les globules rouges ou dans les tissus.

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Lundi 17 Mars 2008 : 01h00
Source : Congrès IMCAS, 9-12 janvier 2008, intervention du Dr Pawlak.
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