Prier pour la guérison d'un proche : est-ce dangereux ?

Prier pour la guérison d'un proche : est-ce dangereux ?Selon une étude plutôt surprenante, prier pour que quelqu'un guérisse ne semble pas aussi bénéfique que ça, voire à la limite de la dangerosité. En effet, la pratique de la prière augmenterait de 14% les complications après un infarctus chez ceux qui ont été informés que l'on prie pour eux.

Quelle est l'efficacité de la prière pour autrui en matière de guérison ?

On pourrait penser que recourir à la prière pour faciliter la guérison d'une personne malade ne peut être que bénéfique, sinon sans effet. Selon des chercheurs américains de la célèbre Université de Harvard, il n'en serait pas ainsi. Dans certaines conditions, la prière accentuerait même le risque des complications de la maladie.Cette étude a porté sur 1.800 malades atteints d'une pathologie cardiaque et en attente d'un pontage coronarien. Il s'agit d'une intervention chirurgicale fréquente qui consiste à modifier le circuit de la vascularisation du muscle cardiaque chez des personnes exposées au risque d'infarctus. Ils ont été répartis en trois groupes : les personnes des deux premiers groupes étaient informées du fait que l'on prierait éventuellement pour elles. En réalité, seuls les sujets du 2e groupe faisaient l'objet de prières. Les malades du 3e groupe faisaient l'objet de prière et en étaient préalablement informés. Précisons qu'il s'agit de prières collectives réalisées par trois congrégations religieuses (catholiques et protestantes) qui priaient pour la réussite de l'opération chirurgicale, une à quatre fois par jour pendant quatorze jours, à partir de la nuit précédant l'intervention chirurgicale.

Les bénéfices et les risques de la prière

Trente jours après l'intervention, les conséquences de l'opération étaient similaires dans les deux premiers groupes - ceux qui ne savaient pas si on priait ou non pour eux - avec un taux de complications respectivement de 51 et 52%. En revanche, parmi les malades qui se savaient pertinemment être l'objet de prières, le taux de complications était plus important et atteignait 59%. L'efficacité de la prière n'est donc pas, ici, démontrée et elle peut même avoir des effets négatifs. Pour expliquer ce phénomène surprenant, les auteurs de ce travail avancent que le fait de se savoir l'objet de prières entraîne un surcroît de stress et d'anxiété.

En effet, les personnes informées que l'on priait pour elles ont pu penser que leur cas était désespéré pour qu'on ait recours à un groupe de prières dans le but de les aider.Hélas, cette étude ne précise pas si les malades ayant fait l'objet de ces observations sont croyants ou non. On peut en effet imaginer qu'annoncer à un non pratiquant que l'on prie pour lui soit effectivement stressant, alors que cette information serait sans doute perçue très différemment par un pratiquant. En conclusion, prier fait du bien à ceux qui prient habituellement, mais le doute persiste quant à l'effet sur ceux pour qui l'on prie…

Article publié par Dr Philippe Presles le 18/04/2006

Sources : Herbert B. et coll., American Hearth Journal, 115 (4) : 934-42, 2006.

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