Peut-on porter un stérilet si on n'a pas encore eu d'enfant ?

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Vendredi 10 Juillet 2009 : 02h00
Mis à jour le Lundi 13 Juillet 2009 : 02h00
Accusé d'augmenter le risque d'infection, on croit toujours que le stérilet est réservé aux femmes qui ont déjà eu des enfants. Qu'en est-il de cette croyance, est-elle exacte ? Le point avec le Dr David Elia*.

Peut-on recommander le stérilet aux femmes sans enfant ?

Dr David Elia : Le stérilet est un dispositif en cuivre que le gynécologue place dans la cavité utérine et qui assure une contraception efficace durant plusieurs années. Lorsque j'ai commencé à exercer ce métier, je pensais que l'on pouvait mettre un stérilet à toutes les femmes, qu'elles soient nullipares (n'ayant pas eu d'enfant) ou pares (ayant déjà eu un ou des enfants). C'est alors qu'on me reprochait d'augmenter le risque de stérilité en risquant de provoquer des salpingites (infections des trompes). Toutefois, cette crainte ne me semblait pas justifiée.

En revanche, je me suis rendu compte très vite que la tolérance du stérilet était moins bonne chez les nullipares : il provoquait plus souvent des douleurs dans le bas-ventre, des contractions de l'utérus pendant les règles, les rendant plus douloureuses, voire même en dehors des règles.

Globalement, posé chez des femmes ayant déjà eu des enfants, le stérilet était parfaitement bien toléré chez 8 femmes sur 10. En revanche, il n'était bien toléré que chez 4 ou 5 femmes nullipares sur 10.

J'ai donc décidé de ne pas proposer de stérilet aux femmes n'ayant pas eu d'enfant, jusqu'à une période récente. En effet, récemment, la Haute Autorité de Santé (HAS) a émis un rapport sur la contraception disant que finalement, au regard de la littérature scientifique et médicale, le stérilet pouvait être parfaitement adapté aux femmes nullipares, et ce, en première intention. En Belgique par exemple, les gynécologues n'ont jamais cessé de placer des stérilets aux femmes sans enfant.

Malgré tout, encore aujourd'hui, les médecins français restent sur une idéologie de 2e intention. Autrement dit, ils préfèrent proposer en première intention une contraception hormonale (la pilule ou ses équivalents) au lieu d'un stérilet, sauf bien entendu si la pilule n'est pas bien supportée ou si les femmes le demandent. Nous sommes donc devenus plus laxistes depuis la parution des recommandations de la HAS.

En fait, dans ma pratique, je reste beaucoup plus favorable à la pose d'un stérilet chez une femme qui a un seul partenaire fidèle (supposé en tous cas) par rapport à une autre femme qui multiplie les amants ayant eux-mêmes plusieurs maîtresses, indépendamment du fait qu'elles aient ou non des enfants ; c'est le risque infectieux faible ou élevé de chaque femme qui détermine mon choix et ce, qu'elle ait eu ou non un ou des enfants.

Au final donc, la décision de poser un stérilet dépend aussi surtout de la vie sexuelle de chacune, surtout en l'absence de protection avec le préservatif.

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Vendredi 10 Juillet 2009 : 02h00
Mis à jour le Lundi 13 Juillet 2009 : 02h00
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