Interview : De la gloutonnerie comestible à la gourmandise de la vie

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Mercredi 28 Avril 2004 : 02h00
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Il y a 18 mois, Viviane Roser pesait 136 kilos. Après des années de souffrances et d'incessantes périodes de régime, elle bénéficie d'une chirurgie de l'obésité. Avec 80 kilos en moins, elle revient à la vie. Tout en poursuivant son combat, elle dévoile aujourd'hui le contenu de son journal qu'elle a tenu tout au long de son parcours, et qui finalement est devenu un livre*.

e-sante : Peut-on vivre " gros ou obèse " au 21e siècle ?

Viviane Roser : Non, je ne le pense pas. Il règne une dictature de la minceur, une hégémonie de la maigreur, qui n'a malheureusement plus rien à voir avec l'état de santé de la personne. Il suffit de consulter les magazines et les publicités pour le constater : il faut être à la limite de l'anorexie, à la frontière d'une ossature squelettique et décharnée pour pouvoir être reconnue comme belle. Et la société actuelle ne vous accepte pas dès que vous êtes hors normes (hors de n'importe quelle norme d'ailleurs). Mais l'obèse est plus particulièrement rejeté à cause de la représentation de son image négative et parce que la société croit que c'est souvent par manque de volonté et de courage. Qu'il suffit de moins absorber de nourriture. Si c'était aussi élémentaire et primaire, il n'y aurait plus d'obèses ni de surpoids dans le monde actuel.Certains arrivent cependant à s'accepter avec leurs rondeurs, mais ce n'était pas mon cas.Heureusement que ces dernières années, il apparaît un sursaut quant à la santé de l'obèse et aux risques occasionnés par cette maladie.

e-sante : Quelle a été votre plus grande souffrance ?

Viviane Roser : Ma plus grande souffrance, durant mes dix années d'obésité, n'a été qu'un seul et unique tourment et supplice. Calvaire, persécution et peine furent mon lot quotidien.Le regard dégoûté, chargé de pitié et de compassion des autres était très désagréable, mortifiant et offensant. Sans parler de la méchanceté des autres enfants envers les miens à l'école, qui ne se gênaient pas pour m'insulter. A la recherche d'un emploi ? Systématiquement recalée ! Se vêtir ? Comment ? Où ? Avec quoi ? Ma préoccupation essentielle était que ce vêtement dissimule correctement les parties volumineuses de mon corps. Chaque moment de la journée et de l'année, qui pour tant d'autres sont des instants habituels ou courants, évoluaient pour moi en instants de cauchemars : sorties en famille, piscine, plage, activité sportive, danse, repas de fin d'année, mariage ou autres fêtes, restaurant, cafétéria, se montrer nue, en visite médicale, faire l'amour avec son conjoint, etc. Même seule, sans le regard des autres, uniquement moi devant le miroir, était déjà un moment insurmontable.

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Mercredi 28 Avril 2004 : 02h00
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