Aspartame : accusé une fois de plus

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Mardi 09 Août 2005 : 02h00
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Additionné à plus de 6.000 produits allégés dans le monde, ce substitut du sucre est une fois de plus accusé d'être cancérigène. Toutefois, cet effet est formulé à partir d'une seule étude, qui de plus a été menée chez le rat. Il faudrait donc vérifier en premier lieu si ces données sont extrapolables à l'homme…

Depuis toujours, l'aspartame a été accusé de bien des maux. Cette molécule de synthèse, composée de deux acides aminés, la phenylalanine et l'acide aspartique (que l'on trouve à profusion dans l'alimentation), a un pouvoir sucrant 200 fois plus élevé que celui du sucre classique. Elle est déconseillée chez les femmes enceintes par principe de précautionL'aspartame a été tour à tour soupçonné de provoquer des tumeurs du cerveau, des maux de tête, la sclérose en plaques, des atteintes de la rétine, des maladies du foie, voire même le syndrome de la guerre du Golf

Il s'agit cette fois des résultats d'une étude présentée par la Fondation européenne d'oncologie et de sciences environnementales installée à Bologne en Italie. Cet essai, conduit sur 1.800 rats ayant consommé de l'aspartame, montre que cette substance est un agent cancérigène, capable de provoquer des lymphomes et des leucémies. Toutefois, cette relation n'est observée que chez les rats femelles. Soulignons également que cette étude confirme l'absence de lien entre aspartame et tumeur du cerveau.

Autre critique concernant cette expérimentation, les rats n'ont pas reçu la dose exacte maximale recommandée chez l'homme. Cette dose journalière admissible est de 40 mg par kilo de poids, soit 2.800 mg pour une personne de 70 kg (un comprimé en contient 18 mg, une cannette de boisson « light » 185 mg environ).

Certains en reçu le double, tandis que les autres la moitié. Il est donc nécessaire de confirmer ces résultats préliminaires, d'évaluer s'ils sont extrapolables à l'homme et de déterminer la dose dangereuse

Les auteurs appellent néanmoins à revoir rapidement la réglementation concernant l'usage de cet édulcorant de synthèse afin de mieux protéger la santé publique.

Prudente, l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) reconnaît que cette étude soulève de nouvelles questions sur les liens potentiels entre l'exposition à l'aspartame et la survenue de cancers, autres que les tumeurs du cerveau. Les résultats doivent cependant encore être confirmés.

Pour sa part, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a jugé « inapproprié de suggérer des changements dans les régimes alimentaires des consommateurs concernant l'aspartame sur la base des informations actuellement disponibles. En revanche, dès que l'ensemble des données sera disponible, une réévaluation des risques et de la dose journalière admissible sera engagée".

L'aspartame a été découvert en 1965. Alliant pouvoir sucrant et faible apport calorique, il a rapidement et largement été adopté par l'industrie alimentaire pour la fabrication de produits hypocaloriques ou allégés. Il a pour la première fois été autorisé en 1974 aux Etats-Unis, puis en France à partir de 1988.

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Mardi 09 Août 2005 : 02h00
Source : Fondation européenne d'oncologie et de sciences environnementales B. Ramazzini (www.ramazzini.it), Bologne (Italie), juillet 2005 ; Communiqué de presse de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), " Nouvelles données sur l'aspartame ", 15 juillet 2005.
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