kikine
Portrait de cgelitti
Je souhaite réagir à l'interview du Dr BENSUSSAN, publiée sous https://www.e-sante.fr/psychologie-couple-viol-conjugal-dange r-amalgame-NN_14547-92-7-2.htm

Le Dr Bensussan conseille aux victimes de violences conjugales et de viol conjugal de "ne pas... se victimiser".

IL ajoute "La loi donne désormais aux femmes le pouvoir de dire non, qui comporte, en filigrane, celui de consentir et non plus de subir."

POur finir par "La réponse au douloureux problème de la sexualité imposée relève-t-elle toujours de la Cour d'assises ?"

En résumé, le Dr BENSUSSAN semble s'inquiéter de ce qu'il considère être une dérive induite par la loi, en ce que les épouses battues et violées font le choix de porter plainte au pénal.

Il semble considérer, dans cette interview, que le recours pénal contre ces pratiques de négation de la personne battue ou violée, que le recours pénal est très superflus, inutile voire contre-productif pour la victime.

Mais c'est faire bien peu de cas de la souffrance réelle de la victime, homme ou femme, trahie par un proche, violée, dont la volonté a été si peu écoutée.

C'est faire bien peu de cas de l'obligation de requérir le consentement de son partenaire avant un acte sexuel.

IL ne s'agit évidemment pas d'un consentement "explicite". Aucun bout de papier qui sera signé. Mais d'un consentement "implicite", qui peut s'inverser à tout moment.

Ce qui signifie qu'il faut être à l'écoute du partenaire. Celui qui demande l'acte sexuel prend le risque d'avoir imposé sa volonté à son partenaire. IL doit donc s'assurer que la réponse du partenaire est sincère; qu'elle n'est pas contrainte.

La Cour de Cassation, chambre criminelle, arrêt du 29 mars 2006, affaire 05-84552, a jugé que le fait d'avoir confirmé son accord à la relation sexuelle ne suffisait pas à confirmer le consentement:

<lorsqu'il a été demandé à la jeune Mélody si elle pensait que Nicolas A... l'avait contrainte et violée, la victime a répondu "violée si c'est au sens qu'il a été violent, je dis non ; par contre je me suis sentie obligée" ; (...)>

<après avoir d'abord seulement admis que Nicolas A... lui avait demandé pendant leur rapport sexuel : " si tu veux on ne le fait pas " elle a fini par reconnaître que Nicolas A... lui avait demandé avant de la pénétrer si elle était d'accord ; qu'il n'apparaît qu'elle ait opposé un refus ; en effet elle a admis, hors la présence des mis en cause, que Nicolas lui avait demandé si elle était sure " de vouloir le faire en parlant du truc à trois" avant qu'elle ne soit nue sur le lit ; qu'elle fini par dire oui, en précisant " ma bouche a dit oui mais mon corps me disait non ">

Précision terrible : Ma bouche a dit oui mais mon corps me disait non"...

Qui rappelle cette blague de Colluche, si terrible elle aussi:

"Monsieur le Juge, Violer, c'est quand on veux pas. Moi je voulais bien!"

Tout est résumé dans ces deux phrases:

- "ma bouche a dit oui mais mon corps me disait non"

- "moi je voulais bien"

Tels sont les éléments clefs de la plupart des viols conjugaux, où à de rares exceptions, le violeur n'est pas un pervers sexuel, mais a juste obéi à une impulsion qu'il n'arrive plus à canaliser, soit que le blocage sociétal ait été inhibé par des facteurs chimiques (alcool, toxiques...), soit qu'il ait été inhibé par un stress quelconque.

Il n'est pas rare d'entendre ces maris habituellement exemplaires expliquer:

"Je l'ai embrassé, elle m'a repoussée, j'ai insisté, elle s'est laissée faire, je l'ai déshabillé, elle a même eu un orgasme...".

Situation telle typique où cet homme aura pris littéralement ses désirs pour la réalité! ...

Donc je ne peux pas être en accord avec le Dr Bensussan sur le point de savoir ce qui est mieux pour la victime, de ravaler son statut de victime et de se contenter d'un divorce sans motifs, ou d'exprimer son rejet de cette violence sexuelle, et de demander à la justice de passer, et de se prononcer sur le caractère illicite du comportement de son partenaire.

Le fait que les procédures pénales explosent n'est pas le symptome d'une "victimisation" habile des femmes cherchant un prétexte au divorce. C'est surtout l'expression d'un changement de la société et des moeurs. Il ne doit plus exister de sexe contraint. On peut acquiescer à une relation sexuelle pour de multiples raisons. On peut "vendre" son consentement, de manière professionnelle ou purement à fin de confort. On peut "faire don" de son consentement par affection, amitié, pitiée... On peut "échanger" son consentement, par amour, désir, envie.

Mais il ne faut pas arracher le consentement de son partenaire. Même pas par pressions induites.

Et surtout il faut toujours avoir à l'esprit qu'au regard du droit pénal, le consentement est à apprécier par rapport à la psychée de la victime, et jamais par rapport à la psychée de l'auteur.

"Violer c'est quand on veut pas. Moi je voulais bien"... Toute la barbarie du viol tient en cette blague, qui, exprimée dans le silence d'une cour d'assise, face aux jury, fait pleurer plus que rire.

"Violer, c'est quand on veut pas, moi je voulais bien". Mais quid de l'intention de la victime? Le voulait-elle cet acte sexuel? L'a-t'elle "toujours" voulu? Etait-elle vraiment "libre" d'accepter? N'y avait-il pas d'autres contraintes? Même diffuses? En dehors de toute violence?

Il serait temps qu'on prenne en compte cette difficulté.

"Je l'ai embrassée, elle m'a repoussé, je l'ai déshabillée, c'était magique...".

La Cour d'Assises de Bobigny l'a entendu ainsi, de la bouche de l'accusé, en audience publique, ce 18 septembre 2009. Et a considéré que le viol avait bien été réalisé.

Et je l'en remercie pour toutes les femmes, toutes les jeunes filles, ou tous les hommes qui n'auront pas la force de dire Non ou de repousser le partenaire qu'elles aiment ou ont eu aimé...

Ariel DAHAN

Avocat

www.ddbd.com

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