Séparation : le poids de la culpabilité pour celui qui s'en va...
Publié le 06 Octobre 2013 à 8h34 par Dr Catherine Solano

La culpabilité n’est pas toujours négative !

Le sentiment de culpabilité est souvent considéré uniquement comme un poids dans notre société où il ne faudrait se sentir coupable de rien. Or, parfois, nous savons très bien que nous n’agissons pas au mieux. Le sentiment de culpabilité peut alors se révéler comme une boussole, un signal d’alerte pour dire : « Attention, tu ne vas pas dans la bonne direction ! » Et cette culpabilité-là peut nous éviter de faire des bêtises.

La culpabilité est parfois une voie de la raison

Ludovic, par exemple, a failli quitter sa femme, non pour une autre, mais à cause d’un passage très difficile dans leur relation. Or, il se sentait fortement coupable de la laisser seule et n’a pu s’y résoudre. Cinq ans plus tard, il ne regrette rien. « Heureusement que j’ai hésité et renoncé. Nous avons passé un cap, vraiment horrible, mais je pense que nous formons aujourd’hui un autre couple et que cela en valait la peine ».

La culpabilité est donc parfois une voie de la raison qui nous évite de suivre des émotions à fleur de peau. Mais pas toujours !

La culpabilité de celui qui voulait partir…

Antoine était fiancé et a voulu quitter sa fiancée. « Je savais que l’on ne s’entendrait pas, nos caractères étant trop différents. Quand j’ai parlé séparation, elle s’est effondrée en pleurs. Cela m’a touché et j’ai fait machine arrière. Je me suis marié la mort dans l’âme. Et cela fait 25 ans qu’on ne s’entend pas, que l’on ne fait rien ensemble. Je m’en veux énormément de ne pas avoir tenu bon à l’époque pour rompre nos fiançailles. Parce que je me sens coupable d’avoir gâché ma vie… et la sienne. Elle aurait mérité d’avoir un homme avec qui elle soit bien. Mon manque de courage nous a fait prendre une mauvaise direction et une fois sur les rails, il est très difficile d’en changer. Surtout quand un enfant arrive rapidement. »

Faire de la peine à quelqu’un est toujours difficile quand on a du cœur. L’essentiel serait pourtant plutôt de faire le moins de peine possible. En effet, entre faire souffrir une jeune femme de 20 ans pendant quelques mois à cause d’une séparation, c’est sans doute moins grave que de gâcher entièrement 30 ans de vie de couple de deux personnes… Ce type de sagesse est malheureusement difficile à appréhender, particulièrement lorsque l’on est très jeune.

La culpabilité ou croire que l’on peut se séparer sans souffrance ?

Quand on décide de se séparer de quelqu’un, quelle qu’en soit la raison, il est impossible de ne pas faire souffrir l’autre.

Or, certains, dans l’illusion, voudraient ne faire aucun mal. Pour ne pas éprouver de culpabilité, ils cherchent la rupture indolore. Sans accepter le fait que ce n’est pas possible.

Cette personne qui vous affirme : « Je vais le lui annoncer progressivement que je veux le divorce, comme ça, ce sera plus facile ! ».

C’est impossible bien sûr, puisque soit l’autre ne comprend pas encore, soit l’autre comprend tout à coup. Et à cet instant, l’annonce n’est jamais progressive, mais toujours très brutale.

Ou cette autre qui vous dit : « je vais me comporter de manière désagréable pour que l’autre ait envie de se séparer. Comme cela, tout le monde sera content… »

Là encore, c’est faux.

Faire le moins de mal possible

Dans une séparation, l’enjeu n’est pas là de chercher à ne se faire aucun mal, mais à s’en faire le moins possible et plus encore à ne pas se détruire mutuellement, à se respecter toujours afin de pouvoir reconstruire deux vies.

La culpabilité peut déséquilibrer une séparation

Alicia a quitté le père de ses enfants pour un autre homme, et aussi, peut-être même surtout, parce que leur entente n’était pas bonne. Elle l’a senti tellement blessé qu’elle a écouté sa culpabilité lui dicter ses actes.

« Le pauvre, je m’en voulais de lui faire ça, car c’est quelqu’un de bien malgré tout. Alors, j’ai accepté qu’il ait la garde des enfants. J’ai aussi accepté que le partage des biens soit à mon désavantage. Du coup, cela fait 10 ans que je lui en veux. »

Anita a vu trop peu ses enfants pendant toutes ces années, et financièrement, elle est très juste. Sa culpabilité exagérée l’a mise dans une situation délicate et les relations avec son ex conjoint sont tendues.

Finalement, cette culpabilité n’a pas permis une séparation juste sur le plan matériel et sur celui des enfants.

Pourtant, c’est cela l’essentiel : que la situation soit juste à long terme. Il est donc malsain d’écouter trop sa culpabilité à son propre détriment.

Quand la culpabilité détruit le couple parental

André ne veut plus voir son ex-femme. Il ne lui parle jamais. Il dit qu’il la déteste. Pourtant, en réalité, c’est à lui-même qu’il en veut. Il avait une maîtresse et sa femme a demandé le divorce lorsqu’elle s’en est rendu compte. Le problème, c’est qu’André ne voulait pas divorcer. Pour lui sa liaison était juste un passe-temps. Il sent qu’il a détruit son couple auquel il tenait beaucoup. Et il se sent très mal. S’il ne veut plus ni voir, ni entendre Clara, son ex-femme, c’est qu’elle lui rappelle son erreur. Il ne le supporte pas.

Les conséquences de son attitude sont graves : ces deux parents ne se parlant jamais, il est très difficile de gérer la vie scolaire et extra-scolaire de leurs enfants, les emplois du temps des vacances et du temps libre. Et leurs deux enfants perçoivent douloureusement toutes ces tensions. Ils ne peuvent jamais parler de leur mère à leur père. Quand une telle situation dure quelques mois, c’est banal, puisqu’il faut naturellement du temps pour digérer une rupture. Mais cela fait 6 ans que ce couple est séparé, et leur relation s’est figée sur ce mode.

Que faire de sa culpabilité ?

La meilleure façon de vivre avec sa culpabilité, c’est de commencer par l’accepter !

Et non, comme Antoine, de se mentir à soi-même en s’imaginant que l’on en veut à l’autre par exemple. La culpabilité est gênante, mais c’est la preuve de notre humanité, le signe visible de notre générosité. Une fois cette culpabilité acceptée, il faut savoir qu’en faire, et cela peut être constructif.

Elle peut vous pousser à être juste envers l’autre, à ne pas lui faire de mal supplémentaire. Juste dans les relations parentales, financières, la garde des enfants, les décisions d’éducation… Elle peut aussi vous inciter à garder des relations respectueuses, à reconnaître aussi ce que votre histoire d’amour vous a apporté à chacun.

Mais cette culpabilité ne devrait pas vous guider à en faire trop et à vous oublier.

Il faut toujours savoir se dire oui à soi avant de penser aux autres, à ne pas accepter des situations qui ne vous conviennent pas au profit de l’autre, dans une séparation comme dans d’autres situations de vie…

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