Médicaments en rupture de stock : comment s'organisent les acteurs de la filière

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En 2017, 530 médicaments ont été en rupture de stock. Un nombre qui ne cesse d'augmenter, malgré les mesures mises en place par les différents acteurs de la filière pharmaceutique.

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Ils sont dits "d'intérêt thérapeutique majeur" (MITM) car ces médicaments sont essentiels à la bonne santé des malades. Et pourtant, ils ne sont pas toujours disponibles. Ils le sont même de moins en moins.

En 2017, 530 spécialités ont connu une rupture de stock, selon les chiffres de l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) révélés par Le Parisien. La hausse est considérable par rapport à l'année précédente, qui s'est conclue par un bilan déjà élevé de 405 ruptures.

Cette progression est d'autant plus inquiétante que l'impossibilité d'obtenir ces MITM "est susceptible de mettre en jeu le pronostic vital (…) ou représente une perte de chance importante pour les patients", selon les critères de la loi de modernisation du système de santé.

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Sont concernés des antibiotiques – comme l'association très utilisée amoxicilline-acide clavulanique (Augmentin® et génériques) – mais aussi certaines chimiothérapies (Carboplatine Accord®, Cisplatine Accord®…), des vaccins (DT VAX®, Repevax®), un traitement à base de lévothyroxine ou encore la lévodopa destinée aux malades de Parkinson.

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Un problème dans les usines

Le sujet n'est malheureusement pas récent. En 2015 déjà, l'Ordre des pharmaciens s'alarmait de "problèmes cliniques, comme des ruptures de soins, des arrêts de traitements chroniques ou des reports d'opération" liés à ces tensions d'approvisionnement.

Interrogée par nos confrères du Parisien, l'ANSM apporte plusieurs explications à ces pénuries. Dans un cas sur cinq, l'outil qui sert à produire les médicaments est "défaillant". Les retards de fabrication, les pannes sont également mises en cause.

En 2014, le syndicat pharmaceutique Les Entreprises du médicament (LEEM) avançait que "la rupture de stock a de multiples origines qui sont toutes ou presque de nature économique". En effet, la quasi-totalité des matières premières sont produites en dehors des frontières de l'Union européenne.

Cet éloignement peut compliquer la chaîne d'approvisionnement, et cause 16 % des ruptures de stock. Les deux premiers motifs étant des problèmes de production (33 %) et une hausse des ventes (28 %).

Quels sont les recours ?

Afin de limiter les répercussions sur les patient.e.s, plusieurs mécanismes existent. Les pharmacies sont ainsi obligées de signaler quand elles ne peuvent pas se procurer un médicament pendant plus de 72 heures.

Ce dispositif a été complété par le service DP-Ruptures, mis en place à l'initiative de l'Ordre des Pharmaciens en 2015. Automatiquement, ce fichier est rempli par le logiciel de l'officine. Grâce à lui, on apprend que la rupture a duré plus de 22 jours dans la moitié des cas.

En amont, l'Agence nationale de sécurité du médicament est tenue d'anticiper, car de nombreux médicaments d'intérêt thérapeutique majeur (MITM) n'ont pas d'alternative. En cas de rupture de stock ou de risque de rupture, elle peut organiser elle-même la répartition des stocks – quitte à privilégier certaines officines.

L'ANSM est également habilitée à gérer le "report sur les spécialités concurrentes". Pour cela, elle peut demander aux fabricants d'augmenter leur capacité de production. Enfin, il est possible d'importer des médicaments équivalents depuis l'étranger – et ce même s'ils ne disposent pas d'une autorisation de mise sur le marché (AMM).

Les fabricants, quant à eux, ont l'obligation d'avertir les autorités si une rupture se produit et de se tenir au courant de l'état des stocks. Un centre d'appel d'urgence est également ouvert pour les professionnels et les malades. Enfin, les laboratoires doivent organiser le dépannage pour les situations d'urgence – par le rapatriement de lots destinés à l'étranger, par exemple.

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