Génétique et maladies cardiovasculaires
Publié le 28 Août 2001 à 2h00 par Dr Alain Hagege , Cardiologue
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La formation du caillot : un phénomène lié au patrimoine génétique

On sait aujourd'hui que des mutations sur des gènes codants pour certaines protéines de la coagulation entraînent un surcroît de risque de formation de caillots dans les artères (risque d'attaque cérébrale ou d'infarctus du myocarde si le caillot se forme dans les artères coronaires) ou dans les veines (avec un risque de phlébite lorsque le caillot se forme dans les veines des jambes et d'embolie pulmonaire lorsqu'il obstrue un vaisseau des poumons), phénomène responsable d'affections fréquentes et potentiellement mortelles. Or, si certaines de ces mutations sont assez rares, d'autres sont très fréquentes (mutation sur le facteur V de Leiden par exemple) et touchent donc un fort pourcentage de la population. De plus, parfois associées entre elles, elles sont hautement dangereuses. S'il n'existe pas encore de traitement spécifique de ces défauts génétiques, on conçoit qu'un traitement médical par anticoagulants à prendre quotidiennement puisse alors s'avérer bénéfique.

Tout le monde n'est pas égal devant le risque d'infarctus

On sait depuis longtemps que les hommes font plus d'infarctus que les femmes, ceci en raison du caractère cardiovasculaire protecteur des hormones féminines. On sait également que les principaux autres facteurs de risques cardiovasculaires sont le stress, la sédentarité, l'obésité, le tabagisme, l'hypertension artérielle et l'hypercholestérolémie, tous des phénomènes contre lesquels on peut lutter. Or, si la surcharge en graisses circulantes dans le sang est bien sûr en partie liée aux ingestions alimentaires, elle est très souvent liée en grande partie à l'existence d'un défaut de fabrication d'un récepteur situé sur les cellules du foie et qui capte le mauvais cholestérol circulant (le LDL-cholestérol, celui qui va se déposer sur les parois artérielles pour former la plaque d'athérome); en conséquence, le LDL va s'accumuler dans le sang, se déposer dans les parois artérielles et entraîner toutes les complications de l'athérosclérose (angine de poitrine, artérite des membres inférieurs, accident vasculaire cérébral…). Or, ce déficit est génétiquement déterminé, expliquant pourquoi il existe souvent des antécédents d'infarctus ou d'hypercholestérolémie chez les sujets ayant une anomalie lipidique lors de la prise de sang. Dans les formes les plus graves de ces maladies (hypercholestérolémie homozygotes) qui touchent l'enfant chez lequel le récepteur est totalement absent, le cholestérol se dépose dans les tissus (peau, artères, articulations) et entraîne des infarctus très tôt dans la jeune enfance. Il s'agit d'une des premières affections pour laquelle une thérapie génique, administration du gène normal correspondant au gène défectueux, a été tentée. Le plus souvent, le déficit n'est cependant que partiel et un traitement médical (en plus du régime) permet de contrôler la situation. Mais d'autres paramètres génétiques entrent en compte. Certaines mutations sur des gènes impliqués dans l'hypertension artérielle humaine par exemple (gène codant pour l'enzyme de conversion de l'angiotensine) sont beaucoup plus fréquentes chez les patients ayant fait un infarctus du myocarde (même en l'absence d'hypertension).

L'hypertension artérielle, une maladie polygénique

Il semble bien cependant que ces maladies soient souvent multifactorielles, dues à l'interaction de facteurs environnementaux (alimentation par exemple, notamment la consommation de sel) et de facteurs génétiques multiples (des mutations sur plusieurs gènes étant en cause et interagissant entre elles). L'hypertension artérielle répond typiquement à ce genre de situation, ce qui explique que la découverte des gènes en cause ne soit pas simple.

Des cardiopathies causées par des anomalies d'un seul gène

Certaines maladies cardiaques sont monogéniques, c'est à dire due à une mutation d'un seul gène, ceci permettant d'envisager le diagnostic de ces maladies (par exemple chez les enfants d'un individu atteint) par simple prise de sang. Parmi ces maladies monogéniques se transmettant à la descendance (chaque enfant ayant une chance sur deux d'être atteint lorsqu'un des parents est lui-même touché), certaines ne sont pas rares. La cardiomyopathie hypertrophique est une affection touchant une personne sur 500 dans la population générale, entraînant un épaississement considérable du muscle cardiaque et des troubles du rythme parfois mortels. Le syndrome du « QT long » congénital entraîne des anomalies à l'électrocardiogramme et des accélérations du rythme cardiaque mortelles. Le syndrome de Marfan est une affection des tissus qui entraîne, outre une grande taille, des anomalies des valves cardiaques et de l'aorte. Le démembrement de ces maladies monogéniques familiales héréditaires est en cours et devrait éventuellement déboucher sur des thérapeutiques spécifiques dans un avenir proche, par simple administration du gène normal correspondant.