jean pierre
Portrait de cgelitti
Un bébé de 18 mois meurt d'overdose en Suisse

Le père dit avoir confondu un suppositoire contre la fièvre avec un autre contenant de la méthadone. L'homme, qui vivait aux Eaux-Vives séparé de la mère, est inculpé d'homicide par négligence. L'Office de la jeunesse ne connaissait pas ce cas qui rappelle deux drames survenus lors des dix dernières années.

©Pierre Abensur Eaux-Vives. C'est dans un appartement du quartier que le drame s'est déroulé le 15 mars dernier.

Un bébé de 18 mois gît sur une table de cuisine. Sa peau a des teintes violacées, le corps est froid, rigide. Sans vie. La mort remonte à plusieurs heures. La police a découvert ce spectacle macabre, le samedi 15 mars dernier, dans un appartement aux Eaux-Vives. L'enfant a visiblement succombé à une surdose de méthadone. Arrêté le jour même, le père de la fillette se retrouve aujourd'hui inculpé d'homicide par négligence.

Que s'est-il passé? Confirmant l'inculpation, le juge Raphaël Martin mène les investigations. Selon nos informations, le prévenu, un ex-toxicomane d'une quarantaine d'années, vit séparé de la mère de l'enfant.

Le soir du 14 mars, il avait pris la petite en pension pour le week-end. Sa nouvelle compagne dort chez lui. A en croire son propre récit, l'homme a «fumé» ce jour-là. Un ou plusieurs joints? Mystère. Toujours est-il que la petite est souffrante, elle a de la température. Le père va prendre dans le frigo un suppositoire pour faire baisser la fièvre. «Je me suis trompé, affirmera-t-il au poste de police. J'ai confondu ce médicament avec les suppos de méthadone.» Le couple va ensuite se coucher. «La femme aurait notamment été étonnée par les ronflements de la petite, soutient une source proche du dossier. Mais le père n'a apparemment pas réagi.» L'enquête devra éclaircir ce point.

Selon un spécialiste, souhaitant garder l'anonymat, l'enfant a dû mourir dans les deux heures, probablement d'une embolie pulmonaire. Les résultats de l'autopsie ne sont pas encore arrivés sur le bureau du juge.

Le père est libéré

Le lendemain au réveil, le père découvre le bébé mort. Quand il alerte le 118, il est déjà trop tard. «L'enfant ne semblait pas maltraitée, assure une source proche de l'enquête. Une gamine dodue qui devait être en bonne santé.»

Un inspecteur, spécialisé dans les problématiques de stupéfiants, est révolté: «Trop de toxicomanes pensent que la méthadone n'est ni une drogue ni un médicament. C'est faux, il s'agit bel et bien d'un opiacé qui peut conduire à la mort!» Et de citer au passage le cas «de ce bébé de 13 mois qui avait pris en novembre 2006 un comprimé de méthadone dans un préau.

Peu après son arrestation, l'inculpé a déclaré aux policiers s'être procuré ces suppositoires dans la rue à Cornavin. «Très souvent, pour les gens souffrant de dépendance, la dose qu'ils vont prendre chez le médecin ne suffit pas à combler leur manque, alors ils achètent de la méthadone chez des dealers de rue.»

Mais au-delà de ce problème, poursuit cet inspecteur, c'est la question de l'intervention de l'Etat auprès des familles de parents toxicomanes qui se pose «comme lors de l'affaire du bébé de Meyrin».

«Jusqu'à quand une mère ou un père toxicos peuvent-ils assumer leur tâche?»

Dans le cas des Eaux-Vives, le père -prétend qu'il était sevré et qu'il ne consommait plus de drogue dure. «Mais l'enfant évoluait visiblement dans ce milieu misérable et vulnérable de la dope. C'est du Zola!» conclut un policier.

Ce dernier s'étonne de la confusion commise par le père: «Le prévenu ne devait pas être dans son état normal car comment n'a-t-il pas pu voir que le suppositoire était plus gros que ceux destinés aux bébés?»

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