leahahia
Portrait de cgelitti

L’addiction

On pense toujours que l’alcoolisme est une addiction à part des autres, que la toxicomanie n’avait rien en commun avec l’alcoolodépendance.

Pire, j’ai souvent entendu dire que l’addiction aux médicaments était beaucoup moins grave que l’alcoolodépendance, mais dans les médicaments il y des drogues dures tels que les opiacés.

Les opiacés sont des substances obtenues à partir de l’opium, le pavot. L’héroïne, la codéine, le tramadol, le dextrometorphane, le dextropropoxyphène, la buprénorphine et la méthadone sont les plus connus.

Les opiacés quels qu’ils soient dés qu’ils sont métabolisés par le corps sont transformés en morphine pur, cela sans aucune exception, il n’y a pas d’opiacé plus fort ou moins fort tout dépend de la dose qu’on s’inflige.

C’est la même chose que les boissons alcoolisées, le vin et plus fourni en alcool que la bière, le whisky est lui bien plus fourni en alcool que le vin, il faudra donc boire davantage de bière que de whisky pour arriver au même résultat.

Dans les opiacés c’est exactement la même chose, la codéine contient moins de substance alcaline que l’héroïne, il faudra donc en prendre davantage pour obtenir le résultat voulu mais l’effet est le même.

Quand on prend conscience de ce constat, il est effarent qu’il n’y ait qu’un seul opiacé dans ceux précité qui soit illégale.

Là où je veux en venir est, pourquoi le baclofène guéri-t-il de l’alcoolodépendance mais aussi de l’opiodépendance, ainsi que l’addiction à la cocaïne, à la boulimie, au jeu, au sexe, au sport et à la scarification ?

Olivier Ameisen le dit dans son livre de manière bien limpide, avec bien entendu des preuves scientifiques à l’appui, que le baclofène de par son action obtient une régulation du GABA B, c’est ce dérèglement qui était là avant l’addiction et que le baclofène vient soigner, qui est la maladie et non l’addiction et encore moins le craving.

Notre cerveau produit du GHB qui est le carburant du GABA-B , Le GABA-B est un inhibiteur de la dopamine, qui est une hormone qui nous procure le plaisir, le bien être d'une situation agréable, qui contribue à réguler notre humeur.

Chez les personnes comme nous le GABA-B n’est pas assez fort du au manque de GHB H pour ralentir la dopamine entre deux neurones pour qu'elle soit recapturée pour un usage ultérieur, car le cerveau ne produit la dopamine à la demande.

Chez des personnes comme nous la dopamine est injectée en seule fois et est très peu, voir pas du tout recapturée, ce qui veut dire qu'il ne nous en reste trop peu, voir plus tout pour la suite, d'où les moments d'angoisses et d'anxiété que nous connaissons.

Cette maladie s’appelle la dysphorie, qui se traduit par plusieurs symptômes, tels qu’une timidité maladive, en manque extrême de confiance en soit très pénalisant, le sentiment d’être un imposteur vis à vis de nos capacités intellectuelles, professionnelles et cognitives, j’en passe et des meilleurs.

Les personnes atteintes de dysphorie n’ont pas toutes les même symptômes, il y en a encore qui sont certainement inconnus, d’où la complexité de cette maladie qui se traduit souvent par de la bipolarité.

Néanmoins les personnes ont un point commun, c’est qu’un jour ou l’autre elles deviendront, mais pas toutes, addictes à produit comme l’alcool, les opiacés (héroïne, ou médicamenteux), cocaïne, le cannabis, les benzodiazépines ou psychotrope que va leurs prescrire leur médecin parce que les gens malades ne sont pas bien du tout du à la dysphorie.

C'est là qu'entre ne jeu le produit, quand nous rencontrons le produit au début on se sent bien, il est notre ami, il remplace la dopamine que nous n’avons pas, c'est alors que le cerveau se dit " puisqu'on me donne de la dopamine, je n'en produit plus, pas besoin ", petit à petit le cerveau en produit de moins en moins c'est pour cela qu'il faut toujours, à cours ou à moyen terme augmenter les dose de notre traitement, mauvais traitement certes mais c’est celui que nous avions trouvé faute de réponse de la part de médecine.

C'est là que vient petit à petit l'addiction.

C'est justement parce que ce "dérèglement" est là bien avant l'addiction à l'alcool ou tous autres produits qui nous donnent au début ce sentiment de bien être, le produit remplace la dopamine que le cerveau ne produit plus.

Certains sports, la scarification et le sexe font appellent à une substance que le cerveau produit, à laquelle on devient aussi addictes qui s’appelle l’endorphine, c’est un puissant analgésique bien plus puissant qu’un opiacé auquel il se rapproche très fort.

Donc il y a fort à penser que les addictions aux produits tels que l’alcool, opiacés, cocaïne et peut être la nourriture sont des complications de ce dérèglement, donc toutes liés.

Un grand nombre d’abstinents prennent beaucoup de médicaments à base d’opiacés entre autre des benzodiazépines, ce qui leurs permettent de pouvoir rester abstinent, sans le savoir ils ont déplacé leur addiction.

Il y a aussi le fait que des alcoolodépendants prennent aussi des opiacés sous forme médicamenteuse, quand ils n’ont pas d’alcool ou qu’ils sont dans l’impossibilité d’en consommer.

C’est exactement ce que j’ai fait, pour ne pas perdre tout ce que j’avais à cause de l’alcool que je consommais à outrance. J’ai augmenté ma consommation d’opiacé, ce qui me permettait de pouvoir moins boire, j’en ai pris certes aussi à la suite d’un accident de voiture (avec 2.8g d’alcoolémie) mais je picolais encore énormément, c’est en 2001 quand j’ai encore augmenté ma consommation d’opiacés que j’ai constaté cela, ce n’est qu’en 2007 que j’ai pu modérer ma consommation d’alcool, « grâce aux opiacés ».

Je n’ai jamais eu honte de ma maladie une fois qu’elle a été identifiée, en revanche j’ai eu souvent honte de ce qu’elle me faisait faire.

Il m’est arrivé d’avoir des « black-out » à maintes reprises de ne plus me souvenir du tout de la soirée de la veille le matin quand je me réveillais, ne plus me souvenir comment je suis rentré chez moi.

Mon premier réflex était d’aller voir si j’étais rentré avec ma voiture, là surprise, elle était bien là garée correctement. Ce n’était pas rare non plus qu’en sortant de boite de nuit comme j’étais bien alcoolisé d’oublier où j’avais garé ma voiture dans la ville, de la chercher pendant très longtemps c’était un moment de stress assez intense.

Il y a pire que cela, quand j’étais chef de cuisine je travaillais de 10h à 15h et de 18h à 23h, je sortais le soir du travail et j’allais faire la fête en boite, en sortant de la boite de nuit j’allais directement travailler, ensuite pendant ma coupure de 15h à 18h j’allais me reposer et je retournais travailler à 18h en m’excusant de ne pas être venu travailler à 10h.

Tout le monde me disait que j’étais bien là le matin au travail, dans un état pitoyable certes mais là, rendez vous compte que je zappais la moitié de ma journée et qu’encore aujourd’hui je n’ai aucun souvenirs de ces demi journées, parce que ça ne m’est pas arrivé qu’une fois.

Le 16 novembre 1997 j’ai eu cet accident de voiture, je suis rentré dans la boulangerie du village de mes parents à 160 km/h, j’ai traversé le pare-brise, la vitrine du magasin et me suis retrouvé dans les frigos présentoir j’avais 2.8gr d’alcoolémie.

J’ai eu une chance énorme mais je ne le voyais pas comme ça, pour moi je n’avais pas eu de chance du tout puisque j’avais eu un accident, j’avais perdu ma voiture et je ne comprenais pas pourquoi il m’arrivait autant de problèmes.

Rendez-vous compte je pensais ne pas avoir eu de chance avec 2.8 gr d’alcool, je trouvais encore le moyen de dire que je n’avais pas chance, c’est simple je ne voyais pas le souci de rouler avec 2.8 gr d’alcoolémie, pour moi je n’avais tout simplement pas chance, celle d’être encore en vie je ne la voyais tout simplement pas.

Chaque fois que je sortais en boite ou que j’allais boire un verre quelque part, je buvais jusqu’à ne plus pouvoir en avaler un, c’est quand je n’arrivais plus à boire parce que ça ne rentrait plus, que commençait la frustration immense de ne plus pouvoir boire, cela se traduisait par un vide en moi, une angoisse sans nom.

Cela pouvait me rendre très agressif car j’en voulais à la terre entière de ne plus savoir boire, je pouvais très bien m’énerver sur des personnes qui ne m’avaient absolument rien fait, m’imaginer des choses du genre que les personnes à côté de moi me cherchaient misère et me rendre totalement ridicule aux yeux de tout le monde, ou partir en larme parce que justement c’était fini je ne pouvais plus consommer.

Quand je ne sortais pas je prenais une bouteille à la maison et je me l’enfilais devant la télévision, pour faire redescendre la casserole à pression car vous le savez tous ici, pour beaucoup d’entre nous, on ne buvait pas pour le plaisir du goût bien évidemment, je m’injectais la dopamine dont j’étais totalement dépourvu, chose que j’ignorais totalement à ce moment là.

En parallèle je consommais déjà des opiacés mais je ne me rendais pas encore compte que cela influais sur ma consommation d’alcool, je savais déjà à ce moment là que j’avais un problème de consommation d’alcool, je le savais certes mais je ne voulais pas m’en rendre compte, vous savez le truc qu’on appelle le déni.

C’est en 2001 que j’ai subi une opération d’une hernie inguinale, à la suite de cette opération j’ai ressenti une douleur intense dans l’haine je n’arrivais plus à marcher, j’ai donc raugmenté ma consommation d’opiacé pour pouvoir marcher et faire fonctionner l’hôtel restaurant que j’avais avec mon épouse en France. Cela dit ça ne me dérangeait pas du tout d’augmenter à nouveau les opiacés, je suis vite passé à 4 boites de seize comprimés de paracétamol codéine par jour.

Je savais que le bien être que me procurait ces comprimés n’était pas vraiment sans risques, je lisais souvent la notice dans laquelle il y faisait écrit «syndrome de sevrage». Je n’en faisais pas vraiment état je me disais que quand le moment venu d’arrêter arriverait je le ferais sans problème, que moi je ne serais jamais accro à ça.

C’est aussi 2001 que j’ai eu mon premier fils, là je me suis rendu compte que ma consommation d’alcool devenait problématique mais je ne voyais pas vraiment comment m’en sortir à ce moment là.

J’étais loin de m’imaginer que les opiacés allaient m’y aider, les opiacés allaient m’aider quelques temps plus tard à pouvoir ralentir un peu ma consommation d’alcool, qui elle devenait de plus en plus anarchique mais à quel prix.

Ce qui à ce moment était géniale, c’était que les lendemains de beuveries j’en prenais une bonne dose et envolée la sacro sainte gueule de bois, je me sentais stimulé et regonflé à bloc, une impression d’invulnérabilité total. Quand j’avais des grosses préparations à faire pour de gros banquets, je me gavais de codéine et j’abattais le travail de 3 hommes à moi tout seul, les heures passaient comme des minutes qui ne trouverait pas ça géniale, pouvoir faire le travail de 3 hommes en même temps est quelque chose d’appréciable pour le jeune patron que j’étais.

Je pouvais même « gérer » ma consommation d’alcool, c'est-à-dire que je ne buvais plus tous les jours et pour cause je me gavais d’opiacé 24h/24h, j’avais instauré un jour ou je pouvais boire mais je dérogeais souvent à cette règle.

Comme la plus part des addicts je ne tenais jamais mes promesses, je ne buvais en théorie que le mardi soir étant donné que je ne travaillais pas le mercredi, je pouvais prendre un verre, verre que je remplissais constamment car il se vidait presque plus vite qu’il ne se remplissait.

Le week-end j’étais sensé ne pas boire mais je me trouvais tout un tas de bonnes raison pour boire « un verre bien mérité » après une dure journée de labeur, je me disais « je bois aujourd’hui et pas mardi » le mardi soir vous pensez bien que j’avais complètement et totalement oublié ce que je m’étais promis le week-end.

Enfin oublié, pas tant que ça en fait je m’en souvenais fort bien mais encore une fois le phénomène du déni faisait très très bien son œuvre, parce qu’à partir du moment où je ne connaissais pas ma maladie je pensais qu’il fallait de la volonté pour arrêter tout cela, chose bien entendu que je n’avais pas du tout, donc il ne me restait plus que le déni, comme la plus part des personnes addicts.

Le déni est une voix de garage sans issue mais tant que je n’étais pas arrivé à la fin, jusqu’au bout en fait qui pour moi et pour une très grande partie des gens addicts aurait été la mort, j’en profitais au maximum.

Au début je ne savais pas ce qu’était le déni, j’en usais et en abusais certes mais je ne savais pas encore que c’était une voix et une voie sans issue, l’issue je me l’imaginais oui je peux dire ça comme ça, je me l’imaginais mais j’étais loin, voir des années lumières de la réalité.

Si j’avais du faire preuve de volonté pour me guérir à l’heure actuelle je n’en serais pas encore sorti et j’en serais vraiment loin voir pire je pense, je m’estime déjà bien heureux de n’avoir aucune séquelles au foie étant donné les doses pharaoniques de paracétamol que j’absorbais tous les jours couplées à l’alcool que je buvais en même temps.

Il n’était pas rare que je prenne les opiacés avec de la bière, je trouvais que l’effet en était décuplé ce qui était totalement psychologique je pense, néanmoins je le faisais comme ça sans me soucier du danger puisque je ne le connaissais pas à ce moment là.

Je pouvais boire pendant des heures à croire que l’alcool n’avait plus d’emprise sur moi, cela m’est arrivé plusieurs fois de commencer ma soulographie à 20h00 et de ne la terminer que le lendemain en fin d’après midi vers les 16 à 17h au cognac.

Je ne vous raconte pas comment je pouvais me réveiller de telles épopées, je pouvais replacer tous mes organes viscéraux de par leur douleur, mais j’avais ma botte secrète qui était les opiacés je déjeunais avec les comprimés de paracétamol codéines en guise de « choco pop’s » ou toute autre céréale.

Je me buvais un café bien sucré pour tasser le tout et 10 minutes après l’invincibilité était au rendez-vous, exit les douleurs viscérales et autres maux de tète, bref le bien être total d’autant plus que en temps normal, c'est-à-dire sans les opiacés je me serais retrouvé à la ramasse, complètement infoutu de pouvoir mettre un pied devant l’autre.

J’étais complètement tombé sous le charme de cette substance alcaline qu’était la codéine, j’avais véritablement le pouvoir, la maîtrise absolue de tous mes faits et gestes, de toutes mes pensées une réflexion aussi vive qu’un battement d’aile de colibris.

Bon il y avait quelques effets secondaires comme la constipation, se faire des lavements pour juste aller à là selle était devenu quelque chose de normale pour moi, comme bon nombre d’effets secondaires aux opiacés, je n’étais pas au courant de celui-là mais au vu du bien être que cela me procurait, je passais aisément au dessus de ça.

Un effet secondaire aussi très récurent était les éruptions cutanées, je me prenais très souvent des furoncles sous les aisselles et à hauteur du coccyx tant et si bien que je ne savais plus m’asseoir ni me coucher, cela était très commode pour dormir la nuit il m’est arrivé de dormir debout n’ayant pas d’autre choix, oui je ne plaisante pas.

Encore une fois au vu du bien que cette douce substance alcaline me procurait, je passais largement au dessus de ça, et comme bien entendu je ne faisais toujours pas le rapprochement entre ces effets secondaires et les opiacés.

J’en étais devenu complètement amoureux, c’est bien connu l’amour rend aveugle.

Il y avait aussi l’insomnie, je ne dormais plus que 2 à 4 heures pas nuit et là j’avais encore une parade, souvenez-vous les lendemains de la veille je prenais un petit déjeuner « opiacés » là c’était pareil, la codéine inhibait la gueule de bois, elle en faisait tout autant avec la fatigue.

Donc le rêve, le paradis sur terre, j’étais content et de bonne humeur du matin au soir, je pouvais boire comme bon me semblait je n’avais plus de la gueule de bois, je pouvais bosser comme trois, je ne ressentais plus de fatigue physique et mentale.

Je n’avais plus de transit du tout, je souffrais le martyr du aux furoncles que j’attrapais un peu partout sur le corps, d’une taille minimum de trois centimètres de diamètre, ce qui me faisait dormir debout quand j’arrivais à dormir.

Ce fut mon quotidien pendant neuf longues années, j’ai mis un peu plus de trois ans avant de me rendre compte que ce que je faisais était des voix et voie sans issues et j’ai remis six en plus à essayer de m’en sortir, je vais rentrer dans les détails de tout cela par la suite.

Consommer le produit comme je vous le disais était quelque chose de jouissif, de magique.

Ce qui l’était moins en revanche était de se le procurer, bien qu’en Belgique en 1997 les antidouleurs codéines étaient en vente libre en pharmacie, il m’arrivait d’essuyer quelques refus de certains pharmaciens, eux avaient déjà vu juste étant donné que je ne savais pas le moins du monde ce que je prenais, je trouvais cela étrange qu’on m’en refuse.

Quand un pharmacien m’expliquait que ce que je prenais pouvait me faire du tort, je faisais le mec tout étonné et je lui répondais « ah oui ! Je ne vais plus prendre ça alors m’sieur, si c’est si dangereux ».

Mais dans les dédalles de ma matière grise il se disait tout autre chose, du genre « il est complètement à coté de la plaque ce pharmacien, s’il savait le bien, que dis-je l’extase, que ce qu’il prétend être très dangereux me procure, il en mangerait encore plus que moi. »

Je me donnais bon conscience, non je croyais me donner bonne conscience mais toute personne qui a été addict à un produit sait pertinemment bien que cette dite « bonne conscience » n’a aucun valeur, nous sommes persuadés qu’elle vient de l’extérieur mais non pas du tout, nous nous la fabriquons nous même, de toutes pièces.

Je savais que ce que je prenais me faisait un bien majestueux, néanmoins je n’avais aucune idée de ce que c’était, ça peut paraître étrange d’ailleurs avec le recul je le trouve aussi mais je ne me posais pas la question ou plutôt le déni commençait déjà bien son job.

Comme à ce moment là j’habitais à Bruxelles, il m’était assez facile de trouver une pharmacie qui me délivrerait mon élixir, mon coquelicot afghan mais plus le temps passait plus ça devenait difficile, même à Bruxelles on se fait vite repérer.

A ce moment là, en 1997 je ne consommais pas beaucoup d’opiacés par rapport à ce que j’ai pu en prendre par la suite, donc je buvais encore pas mal, tous les soirs je vidais une bouteille de deux litres de vin rosé italien.

Je n’avais pas du tout le sentiment, que ce que je faisais était de réguler mon cerveau, d’ailleurs j’en étais encore vraiment loin vu que je ne l’ai compris qu’en 2010.

J’avais un pêché mignon à ce moment là qui était le St Raphaël ambré, vous vous en rappelez peut être de cette publicité avec cette réplique « hé ! Le maire depuis que tu parles, tu n’as pas soif ? »

C’est de ce truc là que je parle, j’en achetais trois bouteilles le vendredi soir, parce que c’était le week-end et que j’en prenais pour tout le week-end, à savoir une pour le vendredi soir, une pour le samedi soir et une pour le dimanche soir, le phénomène très mystérieux était que je répétais cette achat de trois bouteilles le samedi soir et le dimanche soir aussi.

Quand j’ai fait la rencontre de ma copine, qui est maintenant devenue mon épouse et la maman de mes deux fils, nous nous sommes mis en ménage quelques mois après notre rencontre à ce moment là j’ai pu descendre ma consommation d’alcool, pas de beaucoup certes mais ce que je buvais « était passable », parce que le renouveau de vivre à deux, en revanche je ne baissais pas ma consommation d’opiacés, cette addiction est moins sale aux des gens on va dire, si tant est qu’ils sachent que c’est une addiction.

Prendre des médicaments pour de la douleur n’est en rien quelque chose de mauvais de nos jours, on me disait souvent que j’en prenais trop, là-dessus je répondais « oui, je sais mais si tu avais ma douleur tu en prendrais certainement plus. » vous savez la bonne conscience ?

Sauf que de douleur il n’y en avait plus, ou plutôt si, j’avais des douleurs du au manque d’opiacés, ce que j’ignorais complètement à ce moment là, je ne savais même pas ce qu’était un effet de manque, bref j’avais mal, je consommais, ce qui me donnait très bonne conscience de continuer à consommer.

C’est quand même bien fait tout ce mécanisme, le corps humain est très bien fait car là ce n’était plus moi qui étais maître du jeu mais mon corps, le corps humain est capable de nous faire faire de grandes choses, néanmoins l’inverse est tout aussi possible et dans un sens comme dans l’autre, il s’applique très bien dans ce qu’il nous fait faire.

Il y a encore plus vicieux que notre corps, nous, nous avons été dotés d’un outil qu’à mon sens tout être humain a sur terre, la faculté de penser, un outil merveilleux et inépuisable qui nous sert à tous moments de notre vie, sauf que ce bel outil nous a été livré sans mode d’emploie donc nous pouvons en faire ce que nous voulons, comme se donner bonne conscience.

-Pour revenir à ma consommation d’alcool qui avait baissé au moment de me mettre en ménage avec mon épouse, qui ne l’était pas encore bien sur.

Cette baisse n’a évidemment pas duré longtemps, elle a duré juste le temps que ma copine s’habitue de me voir boire mon verre, enfin un seul à la fois, le soir après une dure journée de labeur ce qui était la moindre des choses, ben voyons.

Les jours où je ne travaillais pas c'est-à-dire un jour par semaine de congé, il n’y avait pas de dur labeur, mais il y avait aussi mon verre toujours un seul à la fois, bien entendu, parce que c’était mon jour de congé et qu’on n’allait pas m’interdire de boire un petit verre ce jour là pour décompresser de ma semaine de dur labeur, qui lui aussi se remplissait très souvent, non mais hé ho, le jour de mon congé bien mérité, on va pas tout m’interdire non plus, ben oui la bonne conscience quoi.

Le plus étrange était qu’à chaque fois que je buvais un verre, c'est-à-dire tous les jours, j’avais vraiment l’impression que cela faisait des lustres que je n’avais pas bu, c’est fou comme nous oublions vite certaines choses et pas d’autres, tous les soirs j’avais oublié que le jour avant je m’étais mis minable, par contre de boire mon verre qui se remplissait constamment, ça je ne l’oubliais jamais, bizarre non ?

Il y a des mots, des phrases qu’on répète assez fréquemment dans une vie d’addict, comme le « c’est bon pour une fois » « une fois n’est pas coutume » ou alors celle-ci, ma préférée « c’est fini je ne boirai plus jamais. »

Si j’avais gagné un euro à chaque fois que je me suis juré ne plus jamais boire, je serais à l’abri du besoin financier aujourd’hui, il faut dire que j’y ai gagné bien plus avec le baclofène, c'est-à-dire la vie mais j’y reviendrai plus tard.

Je repense souvent aux choses que je pouvais faire en étant complètement bourré, il me vient à l’esprit une anecdote.

C’est au mois aout 1998 je connaissais mon épouse que depuis seulement 9 mois quand sa sœur ainée s’est marié, la journée s’annonçait très longue un déjeuné et une diner.

Le soir alors que j’avais déjà bien bu j’ai commencé pour je ne sais quelle raison à me prendre la tète avec mon épouse, sans doute parce que je sentais que le trop plein allait arriver, que je n’allais plus pouvoir étanchéifier ma soif pour calmer cette frustration, j’ai bien essayé de tempérer ma boisson mais la machine était mise en route, plus moyen de l’arrêter je me suis fait passer pour une minable je ne vous raconte pas.

Je sais que mon épouse à pleuré un moment, pourquoi je ne sais toujours pas aujourd’hui, j’ai insulté un des ses potes du village ça je m’en souviens vaguement, j’ai dansé comme un taré bref un vrai fou furieux.

Rien que d’y repenser là quand je l’écris j’en ai encore honte, il y a prescription néanmoins je n’oublie pas, je n’oublie pas le peu de souvenirs qu’il m’en reste parce que ce sont des choses qui me resteront gravées à jamais.

C’est indispensable pour pouvoir avancer de me souvenir d’où je suis revenu, pour vouloir et savoir où je veux aller.

C’est à ce moment que j’ai de nouveau augmenté ma consommation d’opiacés sous forme de sirop à la codéine, j’en achetais une bouteille par jour, les jours de fête ça pouvait aller jusqu’à 3, elles contenaient au moins de1.8gr de phosphate de codéine, de la codéine quoi.

Je trouvais l’effet de la codéine très sympathique parce que je me sentais super bien avec, sans les désagréments de l’état d’ébriété que pouvait engendrer l’alcool, bizarrement cet état que je n’affectionnais pas du tout me manquait un peu, j’y voyais déjà un peu une porte de sortie pour me sortir de l’alcool qui devenait pour moi assez problématique, j’avais déjà perdu une petite amie à cause de ce problème, par conséquent c’était pour moi un bonne alternative.

Sans le savoir je commençais à me substituer aux opiacés, ce n’était pas la meilleur idée que j’ai eu mais je n’avais trouvé que cela.

-De 1997 à 2000 je travaillais dans mon restaurant à Bruxelles, je m’étais donné comme règle de ne pas boire d’alcool en travaillant mais cette règle était constamment bafouée, tous les jours à vrai dire, je mélangeais du vin blanc dans du coca pour que cela passe inaperçu ce qui ne passait pas inaperçu c’était mon état en fin de journée.

Le cocktail opiacés et alcool était un mélange détonnant, c’est le moins qu’on puisse dire, je me réveillais tous les matins de cette période là avec une sacrée envie de ne plus jamais boire de ma vie, cette même envie se volatilisait tous les soirs vers 21h00, je pouvais vider deux litres de blanc de cuisine chaud avec du coca en une heure, c’était le premier le plus dure à boire le deuxième était déjà plus facile à boire, les suivants étaient du « pur bonheur ».

Quand arrivait 22h30, devinez ce que je faisais avec mes employés ? Je buvais l’apéritif car nous mangions après le service du soir c'est-à-dire vers 23h30 voir 00h30 tout dépendait du monde que nous avions eu durant la soirée.

Là je buvais du vin rosé à raison d’une bouteille et demie à deux bouteilles, apéro et repas compris.

Après le travaille il n’était pas rare que je sorte encore boire un verre avec des amis ou tout seul, je savais que j’allais certainement faire la rencontre de personnes que je connaissais, si je rentrais directement à la maison je me prenais toujours une bouteille de deux litres de vin rosé, que je vidais devant la télévision chez moi, ou alors j’avais de la codéine que je prenais pour me donner le coup grâce, inutile de vous dire qu’après ça je m’effondrais là où je me trouvais.

Il m’est arrivé de m’endormir arrêté devant chez moi, dans ma voiture la portière ouverte, sous la pluie le moteur tournant, c’est la police qui passait par là qui m’a réveillé, j’étais trempé jusqu’aux os et je dormais comme ça.

Je me suis aussi très souvent réveillé dans la cage d’escalier de mon appartement, sous les boites aux lettres, oui sous les boites aux lettres, je ne sais même pas moi-même ce que je faisais là, sans doute je trouvais l’endroit sympa et que je n’avais plus la force d’aller plus loin, que sais-je, mais même aujourd’hui je ne me l’explique pas.

Tous les matins quand de telles choses arrivaient, il me venait des angoisses terribles d’autant plus que je ne me souvenais pas du tout de comment j’avais atterri là ni même où j’avais été, puisque quand je quittais mon resto j’étais déjà bourré, j’avais des trous de mémoire énormes, je ne savais même pas si j’avais été désagréable avec les personnes avec qui j’étais pendant la soirée.

Je devais à chaque fois attendre, avec une angoisse terrible, de voir si quelqu’un me disait quelque chose que j’aurais fait ou dit, puisque je ne me rappelais plus de rien.

Il m’arrivait souvent de me faire passer pour un véritable con aux yeux de tout le monde, et là je pèse mes mots, soyez- en sur.

-J’ai eu beaucoup de chance car de 1992 à 1998, je louais des appartements que je laissais au gré de mes soulographies, je versais des cautions que je pouvais perdre quelques semaines après, tout ça parce que l’alcool et les opiacés me faisaient faire n’importe quoi.

Mais je n’avais pas le choix, je devais boire, je devais prendre ces foutus opiacés sinon ma vie n’aurait été que tristesse, vide, angoisse, là je faisais totalement n’importe quoi, je le savais mais je ne mesurais pas du tout l’impact, j’en étais incapable.

Ce dérèglement qui se passait dans ma caboche m’empêchait de raisonner comme une personne normale, je me noyais dans un verre d’eau, des choses qui étaient d’une évidence implacable, je ne les voyais pas, je ne les comprenais pas.

Il est arrivé bien des fois ou les gens se posaient des questions à mon sujet, à savoir si j’étais vraiment bête ou si je le faisais exprès, j’arrivais parfois à faire passer ça pour de la plaisanterie mais pas toujours, ce qui m’a valu de me faire passer pour un ignorant assez souvent.

Ce qu’il m’était impossible d’avoir c’était un juste milieu dans tout, dans mon métier c’était assez difficile comme j’étais cuisinier, il m’arrivait souvent d’assaisonner des plats beaucoup trop fort ou pas du tout, bien souvent je m’abstenais de faire quelque chose parce que j’avais peur et étais sur de ne pas pouvoir le faire convenablement du à cette manie du tout ou rien.

Je pouvais un jour avoir une patience énorme et le lendemain envoyer tout foutre en l’air, tout ça parce que je n’arrivais pas à structurer les choses dans mon esprit.

Aujourd’hui tout cela est fini, j’arrive à faire la part des choses, à structurer un emploi du temps quand je commence quelque chose tout est clair dans mon esprit, j’arrive à relativiser ce qu’il m’était totalement impossible avant.

En Juin 2000 je me suis marié avec ma copine car nous avions comme objectif d’acheter un hôtel-restaurant en France, dans le village à côté du sien en Lorraine, ce qui fut fait.

Nous avons ouvert le 2 Septembre 2000 après avoir fait des rénovations pendant plus de deux mois avec l’aide de la famille et des amis, c’était un très grand établissement et il fallait quasiment tout refaire.

Donc casser tout pour remettre tout à neuf, ce n’était pas triste du tout, là encore il y avait le dur labeur, la bonne conscience je peux vous dire que cette bonne conscience elle s’en est donné à cœur joie, un soir sur deux j’étais complètement HS.

Mais le lendemain j’étais là à bosser, c’est à ce moment là qu’a commencer le rituel des opiacés du lendemain de la veille, j’y ai vite pris goût je peux vous en assurer.

Là-bas les gens n’aimaient pas de voir boire le patron d’un établissement, cela les faisaient fuir ça se comprend, il me restait mon grand principe de ne pas boire d’alcool en travaillant, oui celui-là qui valsait en éclat tous les soirs pour laisser place à une bouteille de rosé de deux litres, ben oui si je ne pouvais boire un verre avec mes clients, il fallait bien que je me rattrape, je n’allais pas me laisser mourir de soif quand même.

*Quand j’avais fini mon service et fermé mon établissement avec mon épouse, nous rentrions dans notre appartement privé, dans lequel nous n’avions ni salle à manger, ni cuisine juste un petit salon, deux chambre et un petit bureau.

Nous nous faisions à manger et nous mangions au dans notre établissement, puisque l’appartement se trouvait juste au dessus de ce dernier…

A ce moment là je prenais peu d’opiacés à la fois, c'est-à-dire 4 comprimés à la fois mais assez souvent, je m’envoyais quand même 2 boites de codoliprane (dafalgan codéine) sur la nuit, ah oui parce que sous opiacés je ne trouvais pas souvent le sommeil, enfin presque jamais je dormais à peu de choses près 2 heures par nuit au grand maximum.

Je restais devant mon téléviseur la bouche aride et la langue qui n’avait rien à envier à un vieux morceau de toile jute poussiéreux, je m’envoyais des litres de coca-cola assis dans un fauteuil rafistolé de toutes parts tellement ces litres de coca-cola me faisaient grossir à vue d’œil.

Je commençais aussi à sentir cette odeur de rat en putréfaction, qui n’était autre que mon foie qui criait au secours, qui m’implorait d’arrêter de le flageller, car l’alcool qui à ce moment là faisait encore énormément partie de ma vie, que dis-je beaucoup trop même mais pas le choix.

Couplé aux doses gargantuesques de paracétamol que je me mettais dans le cornet, je peux juste vous dire qu’il en a vu.

Il m’était devenu indispensable de réguler ce déficit qui m’avait rendu la vie si dure pendant mon enfance et mon adolescence, j’étais usé de lutter contre ce mal être, puis l’alcool et les opiacés le faisaient si bien à ce moment là.

Il se produisait un autre phénomène assez curieux car si je ne dormais pas, c’était aussi par peur l’établissement était tellement grand que j’avais fait installer des caméras partout et j’avais un moniteur dans le salon, ce qui me permettait de surveiller presque partout, je devais voir si personne ne s’introduisait dans l’établissement, c’était une phobie pour moi.

Cette situation a duré pendant les deux dernières années sur les trois ans que nous sommes restés là-bas.

Je me réveillais bien évidemment avec une tête de déterré, ce qui me « forçait » à déjeuner avec, je vous le donne en mille, une bonne petite rasade de……… ben oui, de codéine pour me remettre de ma nuit d’insomnie à cause de la codéine.

Conclusion je prenais de la codéine dés le lever parce que je n’avais pas dormi à cause que j’en avais trop pris la nuit, dans le genre tourner en rond on aurait eu difficile de faire mieux, ne croyez-vous pas ?

Je ne suis pas fier de ce que je vais vous révéler dans ce qui suit mais pour être honnête, si je veux relater ma vie d’addict je dois en parler c’est impératif.

Il m’arrivait très souvent de ne pas me laver, c'est-à-dire que je me lavais très rarement, je ne peux expliquer ça mais je me sentais bien dans mon odeur corporelle, qui du reste était une infection.

En fait tant que j’avais ma dose d’alcool ou d’opiacés je pouvais puer la rage j’étais bien, complètement déconnecté de la réalité, quelqu’un m’aurait dit à ce moment là que j’avais contracté le virus du sida, je n’en aurais pas vraiment rigolé certes néanmoins je l’aurais accepté sans me poser aucune questions.

J’étais bien dans mon trip, ma vie n’avait vraiment plus de valeur en fait plus rien n’avait de valeur, j’étais comme en paix avec moi-même, c’est une sensation très étrange, je me disais souvent que j’allais certainement un jour en crever de ce que je faisais mais le moment de bonheur intense que cela me procurait le valait bien, c’est effrayant d’en arriver là.

Maintenant avec le recul, depuis ma guérison j’y repense parfois, je me dis qu’une maladie peut nous faire penser et faire, faire des choses invraisemblables, que nous ne maîtrisons rien du tout face à la maladie.

En septembre 2003 nous sommes rentrés en Belgique, parce que nous avions fait faillite en France, je pense que mes addictions n’y étaient pas étrangères, elles n’étaient peut être pas les seules responsables, néanmoins elles y ont bien contribué.

J’ai jonglé avec l’alcool à outrance et les opiacés à la louche jusqu’en septembre 2004, j’en avais marre d’écumer les pharmacies pour des bouteilles de sirop à la codéine, qui une fois acheté étaient avalées en trente secondes, j’allais aussi écumer les pharmacies de la frontière française à la chasse aux codolipranes, car en Belgique les dafalgan codéine n’étaient plus en vente libre.

Le samedi matin je me levais très tôt pour aller chercher ma drogue, je commençais par aller en France, ce qui représentait un trajet de 30 kilomètres aller et 30 kilomètres retour, pour écumer les pharmacies de la frontière, ensuite je me rabattais sur les pharmacies belge pour acheter des bouteilles de sirop très puissant au laudanum, je faisais mes provisions pour le week-end sauf que bien souvent le marché fait le samedi matin ne me tenait que le samedi, ce qui représentait la somme de 150 euros, très souvent Je repense souvent aux choses que je pouvais faire en étant complètement bourré, il me vient à l’esprit une anecdote.

C’est au mois aout 1998 je connaissais mon épouse que depuis seulement 9 mois quand sa sœur ainée s’est marié, la journée s’annonçait très longue un déjeuné et une diner.

Le soir alors que j’avais déjà bien bu j’ai commencé pour je ne sais quelle raison à me prendre la tète avec mon épouse, sans doute parce que je sentais que le trop plein allait arriver, que je n’allais plus pouvoir étanchéifier ma soif pour calmer cette frustration, j’ai bien essayé de tempérer ma boisson mais la machine était mise en route, plus moyen de l’arrêter je me suis fait passer pour une minable je ne vous raconte pas.

Je sais que mon épouse à pleuré un moment, pourquoi je ne sais toujours pas aujourd’hui, j’ai insulté un des ses potes du village ça je m’en souviens vaguement, j’ai dansé comme un taré bref un vrai fou furieux.

Rien que d’y repenser là quand je l’écris j’en ai encore honte, il y a prescription néanmoins je n’oublie pas, je n’oublie pas le peu de souvenirs qu’il m’en reste parce que ce sont des choses qui me resteront gravées à jamais.

C’est indispensable pour pouvoir avancer de me souvenir d’où je suis revenu, pour vouloir et savoir où je veux aller.

C’est à ce moment que j’ai de nouveau augmenté ma consommation d’opiacés sous forme de sirop à la codéine, j’en achetais une bouteille par jour, les jours de fête ça pouvait aller jusqu’à 3, elles contenaient au moins de1.8gr de phosphate de codéine, de la codéine quoi.

Je trouvais l’effet de la codéine très sympathique parce que je me sentais super bien avec, sans les désagréments de l’état d’ébriété que pouvait engendrer l’alcool, bizarrement cet état que je n’affectionnais pas du tout me manquait un peu, j’y voyais déjà un peu une porte de sortie pour me sortir de l’alcool qui devenait pour moi assez problématique, j’avais déjà perdu une petite amie à cause de ce problème, par conséquent c’était pour moi un bonne alternative.

Sans le savoir je commençais à me substituer aux opiacés, ce n’était pas la meilleur idée que j’ai eu mais je n’avais trouvé que cela.

-De 1997 à 2000 je travaillais dans mon restaurant à Bruxelles, je m’étais donné comme règle de ne pas boire d’alcool en travaillant mais cette règle était constamment bafouée, tous les jours à vrai dire, je mélangeais du vin blanc dans du coca pour que cela passe inaperçu ce qui ne passait pas inaperçu c’était mon état en fin de journée.

Le cocktail opiacés et alcool était un mélange détonnant, c’est le moins qu’on puisse dire, je me réveillais tous les matins de cette période là avec une sacrée envie de ne plus jamais boire de ma vie, cette même envie se volatilisait tous les soirs vers 21h00, je pouvais vider deux litres de blanc de cuisine chaud avec du coca en une heure, c’était le premier le plus dure à boire le deuxième était déjà plus facile à boire, les suivants étaient du « pur bonheur ».

Quand arrivait 22h30, devinez ce que je faisais avec mes employés ? Je buvais l’apéritif car nous mangions après le service du soir c'est-à-dire vers 23h30 voir 00h30 tout dépendait du monde que nous avions eu durant la soirée.

Là je buvais du vin rosé à raison d’une bouteille et demie à deux bouteilles, apéro et repas compris.

Après le travaille il n’était pas rare que je sorte encore boire un verre avec des amis ou tout seul, je savais que j’allais certainement faire la rencontre de personnes que je connaissais, si je rentrais directement à la maison je me prenais toujours une bouteille de deux litres de vin rosé, que je vidais devant la télévision chez moi, ou alors j’avais de la codéine que je prenais pour me donner le coup grâce, inutile de vous dire qu’après ça je m’effondrais là où je me trouvais.

Il m’est arrivé de m’endormir arrêté devant chez moi, dans ma voiture la portière ouverte, sous la pluie le moteur tournant, c’est la police qui passait par là qui m’a réveillé, j’étais trempé jusqu’aux os et je dormais comme ça.

Je me suis aussi très souvent réveillé dans la cage d’escalier de mon appartement, sous les boites aux lettres, oui sous les boites aux lettres, je ne sais même pas moi-même ce que je faisais là, sans doute je trouvais l’endroit sympa et que je n’avais plus la force d’aller plus loin, que sais-je, mais même aujourd’hui je ne me l’explique pas.

Tous les matins quand de telles choses arrivaient, il me venait des angoisses terribles d’autant plus que je ne me souvenais pas du tout de comment j’avais atterri là ni même où j’avais été, puisque quand je quittais mon resto j’étais déjà bourré, j’avais des trous de mémoire énormes, je ne savais même pas si j’avais été désagréable avec les personnes avec qui j’étais pendant la soirée.

Je devais à chaque fois attendre, avec une angoisse terrible, de voir si quelqu’un me disait quelque chose que j’aurais fait ou dit, puisque je ne me rappelais plus de rien.

Il m’arrivait souvent de me faire passer pour un véritable con aux yeux de tout le monde, et là je pèse mes mots, soyez- en sur.

-J’ai eu beaucoup de chance car de 1992 à 1998, je louais des appartements que je laissais au gré de mes soulographies, je versais des cautions que je pouvais perdre quelques semaines après, tout ça parce que l’alcool et les opiacés me faisaient faire n’importe quoi.

Mais je n’avais pas le choix, je devais boire, je devais prendre ces foutus opiacés sinon ma vie n’aurait été que tristesse, vide, angoisse, là je faisais totalement n’importe quoi, je le savais mais je ne mesurais pas du tout l’impact, j’en étais incapable.

Ce dérèglement qui se passait dans ma caboche m’empêchait de raisonner comme une personne normale, je me noyais dans un verre d’eau, des choses qui étaient d’une évidence implacable, je ne les voyais pas, je ne les comprenais pas.

Il est arrivé bien des fois ou les gens se posaient des questions à mon sujet, à savoir si j’étais vraiment bête ou si je le faisais exprès, j’arrivais parfois à faire passer ça pour de la plaisanterie mais pas toujours, ce qui m’a valu de me faire passer pour un ignorant assez souvent.

Ce qu’il m’était impossible d’avoir c’était un juste milieu dans tout, dans mon métier c’était assez difficile comme j’étais cuisinier, il m’arrivait souvent d’assaisonner des plats beaucoup trop fort ou pas du tout, bien souvent je m’abstenais de faire quelque chose parce que j’avais peur et étais sur de ne pas pouvoir le faire convenablement du à cette manie du tout ou rien.

Je pouvais un jour avoir une patience énorme et le lendemain envoyer tout foutre en l’air, tout ça parce que je n’arrivais pas à structurer les choses dans mon esprit.

Aujourd’hui tout cela est fini, j’arrive à faire la part des choses, à structurer un emploi du temps quand je commence quelque chose tout est clair dans mon esprit, j’arrive à relativiser ce qu’il m’était totalement impossible avant.

En Juin 2000 je me suis marié avec ma copine car nous avions comme objectif d’acheter un hôtel-restaurant en France, dans le village à côté du sien en Lorraine, ce qui fut fait.

Nous avons ouvert le 2 Septembre 2000 après avoir fait des rénovations pendant plus de deux mois avec l’aide de la famille et des amis, c’était un très grand établissement et il fallait quasiment tout refaire.

Donc casser tout pour remettre tout à neuf, ce n’était pas triste du tout, là encore il y avait le dur labeur, la bonne conscience je peux vous dire que cette bonne conscience elle s’en est donné à cœur joie, un soir sur deux j’étais complètement HS.

Mais le lendemain j’étais là à bosser, c’est à ce moment là qu’a commencer le rituel des opiacés du lendemain de la veille, j’y ai vite pris goût je peux vous en assurer.

Là-bas les gens n’aimaient pas de voir boire le patron d’un établissement, cela les faisaient fuir ça se comprend, il me restait mon grand principe de ne pas boire d’alcool en travaillant, oui celui-là qui valsait en éclat tous les soirs pour laisser place à une bouteille de rosé de deux litres, ben oui si je ne pouvais boire un verre avec mes clients, il fallait bien que je me rattrape, je n’allais pas me laisser mourir de soif quand même.

*Quand j’avais fini mon service et fermé mon établissement avec mon épouse, nous rentrions dans notre appartement privé, dans lequel nous n’avions ni salle à manger, ni cuisine juste un petit salon, deux chambre et un petit bureau.

Nous nous faisions à manger et nous mangions au dans notre établissement, puisque l’appartement se trouvait juste au dessus de ce dernier…

A ce moment là je prenais peu d’opiacés à la fois, c'est-à-dire 4 comprimés à la fois mais assez souvent, je m’envoyais quand même 2 boites de codoliprane (dafalgan codéine) sur la nuit, ah oui parce que sous opiacés je ne trouvais pas souvent le sommeil, enfin presque jamais je dormais à peu de choses près 2 heures par nuit au grand maximum.

Je restais devant mon téléviseur la bouche aride et la langue qui n’avait rien à envier à un vieux morceau de toile jute poussiéreux, je m’envoyais des litres de coca-cola assis dans un fauteuil rafistolé de toutes parts tellement ces litres de coca-cola me faisaient grossir à vue d’œil.

Je commençais aussi à sentir cette odeur de rat en putréfaction, qui n’était autre que mon foie qui criait au secours, qui m’implorait d’arrêter de le flageller, car l’alcool qui à ce moment là faisait encore énormément partie de ma vie, que dis-je beaucoup trop même mais pas le choix.

Couplé aux doses gargantuesques de paracétamol que je me mettais dans le cornet, je peux juste vous dire qu’il en a vu.

Il m’était devenu indispensable de réguler ce déficit qui m’avait rendu la vie si dure pendant mon enfance et mon adolescence, j’étais usé de lutter contre ce mal être, puis l’alcool et les opiacés le faisaient si bien à ce moment là.

PUB
PUB

Contenus sponsorisés