Un chirurgien oublie 1 gant et 5 compresses dans le ventre d’une patiente

Publié par Audrey Vaugrente, journaliste santé le Mercredi 24 Janvier 2018 : 11h23

Trois jours après une ablation de l'utérus, une quadragénaire a été victime de complications inhabituelles. Elle a expulsé plusieurs compresses et un gant de son bas-ventre.

© Istock

C'est un genre de complication qui laisse toujours un peu pantois. Trois jours après une ablation de l'utérus, une quadragénaire a souffert de fortes contractions. Et a expulsé un gant et cinq compresses. Face à la nonchalance de son chirurgien, elle a saisi le tribunal de grande instance de Marseille (Bouches-du-Rhône) ce 23 janvier.

L'intervention remonte au mois d'avril 2017. Alors âgée de 48 ans, la plaignante souffre après son réveil. Selon son avocat, elle signale une "forte douleur au ventre" et "du mal à uriner" à l'équipe soignante. Qui la renvoie malgré tout chez elle, avec une prescription pour des antalgiques.

Mais trois jours plus tard, les douleurs persistent et s'accompagnent de vives contractions. La femme expulse alors, par le vagin, une partie du matériel utilisé pendant son opération. Le tout "dans une mare de sang", explique son avocat dans un communiqué. D'après lui, les compresses n'auraient pas été comptées avant de refermer le bas ventre.

Le phénomène a un nom

Comme le précise la MACSF, premier assureur des professionnels de santé, "des procédures, universellement reconnues et habituellement respectées, sont censées éviter cet oubli". Mais la société le reconnaît : les chirurgiens ont tendance à se décharger de cette tâche auprès des infirmiers.

Malgré les nombreux protocoles, les oublis de compresses restent assez fréquents. Une étude a estimé qu'une intervention de chirurgie digestive sur 1 000 à 1 500 est concernée. Le phénomène est si courant qu'il porte un nom. Tout tissu oublié dans le corps du patient est baptisé "textilome".

"Il ne se passe pas un mois sans qu'une revue de chirurgie ne publie un cas clinique relatant l'oubli par un chirurgien d'une compresse ou d'un champ tissé en coton dans le corps de son patient", soulignait notre confrère Marc Gozlan sur son blog en avril 2017.

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Jusqu'à 7 ans dans l'organisme

La réaction inflammatoire – qui se produit lorsque le corps se défend – a même été baptisée "gossypiboma". Concrètement, deux types de réponses peuvent se produire. Dans un cas, un abcès se forme autour du textilome, qui est assez rapidement repéré et extrait.

Dans le deuxième cas, le tissu peut rester en place des années. Une réaction "aseptique" se produit. Une coque fibreuse se forme autour de la compresse. "Le corps étranger peut rester silencieux pendant des années alors que d'autres peuvent provoquer des obstructions intestinales ou des perforations", souligne le site suisse Info Radiologie

Cette patiente a visiblement eu de la chance. En moyenne 7 ans s'écoulent avant que le tissu ne soit détecté.

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