Troubles bipolaires : 10 ans d’errance diagnostique

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Mardi 05 Juillet 2016 : 14h15
Mis à jour le Jeudi 07 Juillet 2016 : 15h06
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Le trouble bipolaire est une maladie grave et invalidante dont la manifestation débute le plus souvent chez le jeune adulte, entre 15 et 25 ans. L’alternance d’épisodes de grande exaltation et de dépression rend le diagnostic particulièrement difficile et beaucoup trop tardif. « Ce délai de 10 ans en moyenne représente une perte de chances considérable pour les patients en termes de pronostic et de qualité de vie », nous explique le Pr Marion Leboyer*, Directrice de la Fondation FondaMental.

En quoi le diagnostic tardif des troubles bipolaires est-il si préjudiciable ?

En France, malheureusement, le délai entre le début de la maladie et le diagnostic est en moyenne de 10 ans. Or on sait que comme pour toute maladie chronique, plus le dépistage est précoce meilleur est le pronostic. Concernant les troubles bipolaires particulièrement, on sait également que les premières années sont cruciales : « les 5 premières années de la maladie sont considérées comme une phase critique au cours de laquelle les chances de rémission sont les plus grandes et la réponse aux traitements la meilleure », explique le Pr Marion Leboyer. Il faut bien comprendre que l’on ne sait pas guérir ce trouble de l’humeur qui se caractérise par une alternance de phases d’exaltation (dites maniaques) et de dépression. En revanche, il est possible de freiner son évolution, de le stabiliser et de permettre aux patients de vivre avec une qualité de vie normale.

À défaut, si la maladie n’est pas freinée, la majorité des patients vont développer des pathologies associées : « des troubles anxieux, addictifs, des comportements suicidaires et surtout des maladies somatiques (obésité, hypertension, diabète, dyslipidémie, etc.). Il a par exemple été montré que 20% des personnes atteintes d’un trouble bipolaire sont aussi touchées par un syndrome métabolique, alors que la prévalence de cette affection dans la population générale est de 10%, donc deux fois moindre. » C’est ainsi qu’en l’absence de diagnostic, la mortalité risque d’être plus précoce (l’espérance de vie est réduite de 10 à 20 ans en moyenne), en grande partie à cause des maladies cardiovasculaires associées..

Au final, cette maladie, dont le pic d’apparition se situe entre 15 et 25 ans, a des conséquences désastreuses à la fois en termes de pronostic et de qualité de vie : taux de chômage élevé, ruptures familiales, dépendance à l’alcool, à la drogue, tentatives de suicide, etc. En effet, cette alternance de phases maniaques et dépressives entraine des troubles de la pensée, des actes, des émotions, des comportements et de l’état de santé particulièrement préjudiciables. Mais diagnostiqué au tout début de la maladie, correctement suivi et pris en charge, le pronostic peut être tout à fait bon.

L’amélioration du diagnostic des troubles bipolaires constitue un enjeu majeur

Un réseau de centres experts a été mis en place par la Fondation FondaMental pour améliorer le diagnostic et le dépistage des patients bipolaires. Reposant sur des équipes multidisciplinaires spécialisés, il offre un bilan diagnostique spécialisé. Outre développer les coopérations scientifiques et impliquer les professionnels de santé, il est essentiel d’informer le grand public et les patients sur ce trouble de l’humeur et ses conséquences. Cela dit, en l’absence de marqueurs biologiques spécifiques de la maladie, on ne peut compter que sur la manifestation clinique des symptômes. Or leur repérage n’est jamais facile :

Pr Marion Leboyer : « Certains indices doivent y faire penser : en cas d’antécédent familial de trouble bipolaire, si l’on retrouve chez les proches de la famille des antécédents d’hypomanie ou de manie, et en présence d’une dépression ayant les caractéristiques suivantes : apparition brutale, émoussement affectif, hypersomnie ».

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Mardi 05 Juillet 2016 : 14h15
Mis à jour le Jeudi 07 Juillet 2016 : 15h06
Source : * Le Pr Marion Leboyer est Professeur des Universités-Praticien Hospitalier (Université Paris Est Créteil), responsable du Pôle de Psychiatrie (CHU Créteil) du Groupe Hospitalier Chenevier-Mondor, Directrice de la Fondation FondaMental, fondation de coopération scientifique, dédiée à la recherche et aux soins en Santé Mentale.
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