Tous les anti-inflammatoires majorent le risque cardiaque

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Mardi 28 Juin 2005 : 02h00
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Accusé d'augmenter le risque d'atteinte cardiaque, le Vioxx, un médicament appartenant à la famille des coxibs, a été retiré du marché en 2004. Aujourd'hui, selon une nouvelle étude, tous les anti-inflammatoires majoreraient le risque d'attaque cardiaque. Toutefois, pas de panique, les experts précisent que « l'intérêt thérapeutique de ces médicaments n'est pas remis en cause, mais que leur utilisation doit intervenir dans le respect de leurs indications et précautions d'emploi ».

En septembre 2004, le Vioxx® a été retiré du marché en raison d'une étude mettant en évidence une augmentation du risque d'atteinte cardiaque. Quelques mois plus tard, les mêmes soupçons planaient sur le Célébrex®, médicament appartenant, lui aussi, à la famille des coxibs. Ces molécules avaient détrôné les anti-inflammatoires non-stéroïdiens (AINS) classiques, en raison de leur meilleure tolérance gastrique. Soulignons que ces médicaments, coxibs ou AINS anciens, sont très largement prescrits contre les douleurs de l'arthrose et des rhumatismes en général.

Mais aujourd'hui, les résultats d'une enquête britannique viennent d'être publiés, montrant que tous les AINS sont susceptibles de majorer le risque d'attaque cardiaque.

Au cours de cette enquête, une population témoin a été comparée à un groupe de patients ayant été frappés d'un premier infarctus entre août 2000 et juillet 2004. Chez ces derniers, toute prise d'anti-inflammatoire dans les trois ans précédant l'accident cardiaque a été enregistrée.Les auteurs constatent que les victimes d'infarctus ont plus souvent consommé des AINS que les autres sujets et que le risque d'infarctus varie en fonction du type de médicaments. Ainsi, le risque est notamment augmenté de 55% avec le Diclofenac (Voltarène®), de 32% avec le Rofecoxib (Vioxx®), de 24% avec l'ibuprofène (Advil®) et de 21% avec le Célécoxib (Célébrex®).

Même si ce travail d'observation peut comporter certains biais, il semble suffisant pour justifier une réévaluation complète de cette catégorie médicamenteuse.

En attendant, que les patients ne s'affolent pas. Cette enquête a été faite sur une population britannique où le risque cardiaque de base est plus élevé qu'en France. Il est probable que le risque soit moins élevé sur la population française. Ensuite, suite à la publication de cette étude, les experts de l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) ont rappelé qu'en l'état actuel des connaissances, l'intérêt thérapeutique des AINS n'est pas remis en cause. Parallèlement, l'Agence a engagé sur ce sujet une réévaluation européenne, dont les résultats devraient faire l'objet d'une information dans les prochaines semaines.

En pratique, les patients sous AINS ne doivent pas interrompre leur traitement, mais bien respecter les doses et les durées prescrites par leur médecin.

Rappelons également à propos des coxibs, qu'en février 2005, de nouvelles contre-indications, mises en garde et précautions d'emploi ont été ajoutées aux notices de tous les coxibs. Il est ainsi indiqué que les coxibs sont contre-indiqués chez les patients présentant une maladie cardiaque ou une maladie cérébro-vasculaire et qu'ils doivent être utilisés avec prudence chez les patients présentant des facteurs de risque cardiovasculaire, tels qu'une hypertension, un taux de cholestérol élevé, un diabète ou un tabagisme.

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Mardi 28 Juin 2005 : 02h00
Source : British Medical Journal, juin 2005 ; Communiqué de presse Point information de l'Afssaps, " AINS et risque cardiovasculaire ", 15 juin 2005.
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