Témoignage : Anne, cadre, 52 ans, maitre chien guide d’aveugle

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Vendredi 09 Septembre 2016 : 19h00
Mis à jour le Vendredi 09 Septembre 2016 : 20h39

J’ai perdu la vue à l’âge de 30 ans, peu de temps avant de me marier et d’avoir mon premier enfant. J’ai aujourd’hui 52 ans et grâce à l’aide et à la complicité de mon 2echien guide, je suis libre d’exercer toute sorte d’activités, y compris des stages de tango et une profession dans l’industrie pharmaceutique qui m’amène à entreprendre des voyages en train ou en avion.

© Istock

Premier chien guide après 10 ans de canne

Quand j’ai perdu la vue à 30 ans à cause des complications d’un diabète, j’ai entrepris pendant 6 mois une rééducation dans un centre spécialisé pour aveugles et malvoyants où j’ai appris à me débrouiller au quotidien sans la vue, à utiliser mes mains et à me servir d’une canne blanche. J’ai même appris le braille. On m’a alors parlé du chien guide, mais j’ai voulu me lancer avec la canne et elle m’a accompagné pendant 10 ans.

J’ai apprécié cette aide, mais il faut reconnaitre que les déplacements avec un enfant en bas âge et une canne relèvent du convoi exceptionnel. C’est alors que s’est dessiné mon désir d’un chien guide. Je ne voulais pas que ma cécité freine l’émancipation et les activités de mes enfants. Je voulais pouvoir assurer sereinement tous leurs déplacements et les miens.

J’ai fait la demande pour devenir maitre chien guide entre mes deux grossesses. Dans le cadre du processus d’acquisition d’un chien guide, à l’école de Paris (j’habite Dijon), on passe toute sorte de tests visant à évaluer nos capacités de déplacement et des entretiens psychologies ayant pour but de définir les besoins et faire des tandems cohérents entre chien et maitre. J’ai ensuite fait des essais de chien guide, jusqu’à ce que je mette ce projet entre parenthèses lors de l’arrivée de mon deuxième enfant. Deux ans après j’ai réactivé ma demande et je suis enfin devenue maitre chien guide d’un premier labrador, Titus, qui m’a escorté pendant dix ans.

Le chien guide : un surdiplômé

Il est capable de trouver un passage pour piéton, un siège libre, un arrêt de bus. Il connaît sa droite et sa gauche, sait éviter un obstacle que celui-ci soit au sol ou en hauteur. Il est capable d’obéir à 50 ordres, mais aussi de désobéir lorsqu’il en va de la sécurité de son maître et de prendre des initiatives pour dévier de sa trajectoire initiale s’il y repère un danger.

Il nous a fallu du temps pour nous apprivoiser l’un l’autre, près de 6 mois. Progressivement, nous avons fait de plus en plus de choses ensemble. Lorsqu’il s’est intégré dans la famille, les enfants étaient petits et il représentait à cette époque un outil visant à assurer nos déplacements dans toutes nos activités. Même s’il y a eu de l’anxiété au début, l’évolution de la vie quotidienne a été formidable et j’ai énormément gagné en autonomie en toute circonstance, y compris pour partir en vacances en train ou en avion. Lorsque j’ai divorcé, c’est grâce à mon chien que j’ai pu assumer toute seule les démarches et ma nouvelle vie. Il m’a aidé à reprendre confiance en moi et c’est ainsi que j’ai retrouvé une activité professionnelle après avoir passé un DU à la Fac.

Après onze ans de bons et loyaux services, Titus est parti à la retraite. Il a été recueilli par une famille où il apprécie un repos bien mérité.

Heyjude, mon 2e chien guide

La retraite de Titus ayant été envisagée, nous avons avec l’école de Paris réfléchi à un nouveau compagnon. Plusieurs chiens potentiels m’ont été présentés, après quoi le feeling opère ou non. La bonne adéquation n’est pas toujours évidente d’emblée, ce qui explique que deux tentatives n’aient pas abouti. À mon grand désespoir, j’ai dû reprendre la canne pendant 6 mois. Cette période a été particulièrement difficile, « horrible », j’étais toujours hésitante, comme tétanisée d’appréhension devant mon environnement.

On m’a alors présenté Heyjude, un labrador croisé golden, avec qui ça a fonctionné. Elle ne me quitte plus depuis deux ans. Elle est particulièrement attachante et mes rapports avec elle sont beaucoup plus affectifs qu’avec Titus. Il faut dire que les conditions sont différentes : les enfants sont devenus des ados, je maitrise mieux mon univers et j’ai plus de temps à lui consacrer.

Elle m’accompagne partout : au travail, faire les courses, mes activités de loisirs, mes marches avec mes amis, au cinéma, etc. Elle fait partie intégrante de la famille et part en vacances avec nous, que ce soit en France ou à l’étranger, à la mer ou à la montagne, quelle vie de chien ! Je n’hésite pas à m’embarquer seule pour un stage de tango dans le Sud. Sans elle, je ne pense pas avoir l’audace.

Mais il faut bien comprendre qu’au-delà de l’autonomie retrouvée, ce qui a changé avec Heyjude, c’est ma propre perception de mon handicap et l’image que je renvoie, plus en adéquation avec ma féminité et mon enthousiasme. J’ai cette liberté de déambulation avec aisance, sans le bruit permanent de la canne et sans heurter tout ce qui se trouve sur mon chemin.

Ma petite chienne Heyjude est aussi un excellent vecteur d’intégration. Le chien guide aide à lier des contacts. Nous sommes beaucoup sollicités dans la rue.

Devant tant de dévouements et de marques d’affection, je suis au quotidien touchée et émue, et partout les gens sont admiratifs.

Pour en savoir plus

5e Semaine du chien guide d’aveugle, du 18 au 25 septembre 2016 : http://semaine-chiensguides.fr.

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Vendredi 09 Septembre 2016 : 19h00
Mis à jour le Vendredi 09 Septembre 2016 : 20h39
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