Syndrome de l’intestin irritable : limiter les FODMAPs, le régime de la dernière chance

Publié par Hélène Joubert, journaliste scientifique le Mardi 31 Mai 2016 : 12h40
Mis à jour le Vendredi 03 Juin 2016 : 12h20
-A +A

Dans le syndrome de l’intestin irritable, lorsqu’après des années de souffrance, de vie gâchée par des symptômes intestinaux tabous et trop peu souvent pris au sérieux, un régime alimentaire peut être proposé, sous contrôle médical et nutritionnel. Il s’agit de réduire au maximum les sucres qui fermentent dans l’intestin : les FODMAPs. La moitié des personnes sont soulagées. On vous dit tout.

Que sont les FODMAPs ?

Les FODMAPs sont des sucres dits fermentescibles (glucides ou hydrates de carbone) peu absorbés au niveau de l’intestin où ils vont donc fermenter sous l’action des bactéries. C’est cette fermentation qui entraîne les symptômes digestifs ressentis (avec une augmentation de production de gaz et d’acides gras volatils). L’acronyme anglais FODMAPs signifie "Fermentable Oligosaccharides Disaccharides Monosaccharides and Polyols". Malheureusement, ces sucres sont de plus en plus utilisés par l’industrie agro-alimentaire.

Le régime pauvre en FODMAPs est proposé en général sur prescription d’un médecin gastro-entérologue qui aura posé au préalable le diagnostic de syndrome de l’intestin irritable. La personne devra ensuite être suivie par un diététicien nutritionniste formé à ce type de régime.

Anne-Sophie Dimier, diététicienne à l'hôpital St-André, CHU de Bordeaux : « Le régime pauvre en FODMAPs consiste à réduire la quantité globale d’aliments riches en FODMAPs sans les exclure totalement, en s’appuyant sur les habitudes alimentaires de la personne et sur sa tolérance (réduction de la fréquence et/ou de la quantité). L’objectif est, tout en suivant ce régime, d’assurer une couverture des besoins nutritionnels des patients et de maintenir une alimentation équilibrée en réalisant des équivalences entre les aliments autorisés et ceux à limiter. Ce type d’alimentation peut s’avérer contraignant pour les personnes ayant pour habitude alimentaire une forte consommation d’aliments riches en FODMAPs ».

Limiter les FODMAPs, efficace chez une personne sur deux

Ballonnements, douleurs abdominales, problèmes de transit avec constipation ou diarrhée, le syndrome de l’intestin irritable est très fréquent (5% de la population) et sa prédisposition féminine reste inexpliquée. Pour autant, rares sont les soignants qui prennent le problème à bras le corps. Les patients le vivent encore comme un tabou et n’osent pas forcement s’en plaindre. La seule association française de patients a vu le jour tardivement, en 2011 (1).

Deux tiers des personnes qui en souffrent font un lien entre l’alimentation et leurs symptômes, excluant d’eux-mêmes certains aliments (2). Les preuves du rôle plutôt négatif des FODMAPs existent, en majorité issues d’études australiennes et anglaises. Globalement, le régime pauvre en FODMAPs semble pouvoir améliorer les symptômes du syndrome de l’intestin irritable chez au moins la moitié des patients, quel que soit le type de trouble du transit, avec un effet surtout sur les douleurs abdominales, les ballonnements et les flatulences.

Dr Pauline Jouët, gastro-entérologue, service d’hépato-gastro-entérologie Hôpital Ambroise Paré, Boulogne-Billancourt et INSERM U987 : « Dans l’une des études australiennes, 70% des participants ont vu leurs symptômes améliorés avec le régime pauvre en FODMAPs et le score global de symptômes, les douleurs abdominales, les ballonnements et les flatulences étaient diminués de façon plus importante avec le régime pauvre en FODMAPs par rapport à un régime standard. De plus, quel que soit leur trouble du transit, les patients étaient plus souvent satisfaits de la consistance de leurs selles (3). Cependant, d’autres études n’ont pas trouvé de bénéfice supplémentaire au régime pauvre en FODMAPs par rapport à des conseils diététiques standards. Des études doivent encore être menées en France où les habitudes gastronomiques ne sont pas les mêmes, avec possiblement des contenus en FODMAPs différents.

Aujourd’hui, ce régime n’est pas le premier traitement du syndrome de l’intestin irritable à proposer, le traitement de première intention reposant sur des recommandations hygiéno-diététiques, des médicaments antispasmodiques (pour traiter les spasmes digestifs) et les régulateurs du transit. Mais il peut être testé pour les personnes dont les symptômes sont sévères et qui sont en échec des traitements classiques ».

Publié par Hélène Joubert, journaliste scientifique le Mardi 31 Mai 2016 : 12h40
Mis à jour le Vendredi 03 Juin 2016 : 12h20
Source : (1) Association des patients souffrant du syndrome de l’intestin irritable (APSSII) http://www.apssii.org/; (2) Jouet P. Faut-il proposer un régime pauvre en FODMAPs à tous les patients ayant un syndrome de l’intestin irritable ? Hépato Gastro 2016. doi :10.1684/hpg.2016.1301 ; (3) Gastroenterology 2014 ; 146 : 67-75.e5
D’après des entretiens avec Anne-Sophie Dimier, diététicienne à l'hôpital St-André, CHU de Bordeaux et le Dr Pauline Jouët, gastro-entérologue, service d’hépato-gastro-entérologie Hôpital Ambroise Paré, Boulogne-Billancourt et INSERM U987 « Physiopathologie et pharmacologie clinique de la douleur ».
A lire aussi
Hypersensibilité au gluten : une vraie maladie Publié le 06/02/2017 - 10h49

Bannir le gluten de son alimentation est devenu à la mode. Pourtant, cette protéine du blé n’est pas dangereuse, sauf pour les personnes qui souffrent de maladie cœliaque ou d’allergie au blé. Pourtant, chez d’autres, supprimer le gluten soulage considérablement leurs symptômes...

Plus d'articles