Symptômes psychosomatiques

Publié le Vendredi 02 Juin 2000 : 02h00
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Pour Édouard Zarifian, les symptômes dits psychosomatiques font partie de nos moyens d'expression normaux. Ce qui explique leur fréquence et leur universalité historique, géographique et sociale.

Les symptômes " sans origine organique décelable ", c'est-à-dire sans maladie physique évidente, sont extrêmement fréquents. Et en être atteint ne signifie nullement que l'on est " fou ", ou " malade mental ". Au contraire, on pourrait penser que les symptômes psychosomatiques sont un des moyens dont nous disposons pour maintenir notre intégrité. Une des tâches les plus importantes du médecin généraliste est d'ailleurs de distinguer les maladies physiques des symptômes sans origine organique. Dans le texte suivant, Édouard Zarifian, professeur de psychiatrie, nous donne son interprétation des symptômes psychosomatiques (les intertitres sont de la rédaction).

Le langage du corps

" Nous communiquons avec nous-mêmes par nos pensées et avec autrui par le langage. En fait, la communication avec l'entourage est beaucoup plus riche et elle implique la mimique, les gestes, la prosodie, etc. Le corps est aussi un considérable moyen d'expression, un outil à communiquer, qui s'adresse aussi bien à nous qu'aux autres. Le corps parle. Il traduit nos émotions secrètes, nos désirs cachés mais aussi nos rancœurs, nos refus, nos peurs, nos souffrances... La somatisation est le mot généralement utilisé pour rendre compte de cette expression par le corps de ce que nous portons en nous. Le décryptage du sens de ces messages peut s'opérer au cours d'une psychothérapie et bien souvent, le message étant entendu, la somatisation va disparaître. Il en est ainsi des multiples douleurs susceptibles d'être ressenties à tous les niveaux (tête, dos, membres, cou, thorax), mais aussi intérieurement et alors nommément désignés (cœur, ovaire, estomac).

Il s'agit là, bien entendu, de douleurs qui ne sont en rapport avec aucune lésion organique, aucune maladie reconnue par les somaticiens. Ce sont les troubles " fonctionnels ". Certes, ils ont une fonction souvent méconnue ou négligée, celle d'exprimer un message. La métaphore est utile pour en comprendre le sens. " J'en ai plein le dos de la vie que je mène " peut s'exprimer par des lombalgies. La difficulté est majeure lorsque des radios de la colonne vertébrale montrent aussi une légère arthrose lombaire ! Le langage métaphorique est riche de ces allusions au corps : " gros sur le cœur ", " le souffle coupé ", " l'estomac dans les talons ", " la tête vide ".

Entendre les petites douleurs quotidiennes

Les douleurs corporelles sans lésion décelable font partie de notre quotidien. Elles sont gênantes, rarement intenses, toujours limitées dans le temps. Elles sont un sens sur lequel on ne s'attarde pas. Elles permettent de communiquer et de recevoir plus d'attention de la part des autres. Elles deviennent parfois permanentes ou se répètent régulièrement. La tournée des spécialistes n'apporte rien. Tous les examens sont désespérément normaux, toutes les investigations s'avèrent négatives. On reçoit alors, avec un certain mépris ou une suspicion de la part du corps médical, l'étiquette " malade fonctionnel ".

" On me dit que tout est normal, que je n'ai rien, mais je sais bien que je souffre. "Le modèle médical est mis en échec et la profession n'aime pas cela. Au mieux, on conseille d'aller consulter un psychiatre, ce à quoi le malade répond qu'il n'est pas " fou ". Le malentendu (au sens premier du terme) peut durer longtemps. Quand on n'est pas entendu, on développe des réactions d'agressivité et d'exaspération. C'est un cycle douloureux qui commence et qui favorise les positions sans nuance et diamétralement opposées entre malade et soignant. "

Publié le Vendredi 02 Juin 2000 : 02h00
Source : Zarifian É. " Des paradis plein la tête " Odile Jacob éd. (coll. opus), Paris 1997.
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