Sports d’endurance : quels sont les risques cardiaques ?

Publié par Hélène Joubert, journaliste scientifique le Lundi 07 Novembre 2016 : 14h52
Mis à jour le Jeudi 19 Janvier 2017 : 12h13
-A +A

L’activité sportive est-elle sans risque en cas de problème cardiaque ? Trop de sport nuit-il au cœur ? On entend souvent tout et son contraire. Les réponses du Pr Pierre Croisille, directeur adjoint de l’unité de recherche CREATIS (CNRS 5220, INSERM 1206, Université de Lyon, Saint-Etienne), un expert de l’imagerie fonctionnelle cardiaque et musculaire dans les sports d’endurance.

Sport et problèmes cardiaques ne sont plus si incompatibles

Tous les cœurs sont intrinsèquement adaptés à l’activité sportive, même s’il existe des aptitudes individuelles qui feront que certains d’entre nous, pour une même quantité d’entraînement, finiront par être des champions.

Ce n’est plus le cas évidemment lorsqu’il existe une maladie congénitale cardiaque. Dans ce cas, l’attitude des médecins a beaucoup évolué et il est désormais admis que le sport a le plus souvent un effet bénéfique dans la plupart des situations, même complexes. Néanmoins cela nécessite toujours avis spécialisé.

Par exemple, l’intensité de l’activité sportive autorisée dépendra toujours du bilan précis des anomalies présentes (ou résiduelles après une chirurgie) et l’on n’autorisera pas le même type d’effort si ces anomalies entraînent un surcroît de travail comme dans les communications entre les cavités cardiaques ou s’il s’agit d’un rétrécissement des vaisseaux pulmonaires ou aortiques.

Par ailleurs, le sport n’est plus un interdit de principe chez les opérés du cœur, et même, il peut faire partie du traitement en améliorant par exemple l’oxygénation des tissus par des mécanismes compensateurs, tout en faisant bénéficier des effets cardioprotecteurs du sport.

De même, ceux ayant des pathologies cardiovasculaires acquises devront privilégier les intensités modérées et les volumes d’effort physique raisonnables ; ils devront consulter un cardiologue spécialiste pour définir là encore, le type d’effort autorisé.

Enfin, il existe toujours des cas de décès (mort subites) lors d’épreuves sportives, le plus souvent par des troubles du rythme graves, ne faisant que démasquer une maladie qui n’était pas connue. 95 % des morts subites survenant lors de la pratique du sport sont d’origine cardiovasculaire (mais pas dues au sport lui-même). Avant l’âge de 35 ans, ce sont des cardiomyopathies hypertrophiques, et plutôt des maladies des artères coronaires après 35 ans.

Sport intense, quel impact sur le cœur ?

Chez les autres sportifs, sans pathologie cardiaque sous-jacente, on ne connaît pas encore l’effet sur le long terme des épreuves longues et intenses sur le cœur droit. En effet, la surcharge liée à un effort dans les cavités cardiaques droites induit des dilatations temporaires mais on ne sait pas encore si elles sont à l’origine de pathologies générant des troubles du rythme ultérieurement.

Dans l’état actuel des connaissances, le sport même intensif est sans risque.

Pr Pierre Croisille : « Il a été détecté chez des marathoniens, des triathlètes, au cours d’une séance de sport très intense, des variations de taux d’une enzyme cardiaque : la troponine, plus élevée chez eux. Or une troponine élevée atteste habituellement d’un infarctus du myocarde ou d’un angor instable. En revanche, chez les athlètes, ces augmentations de troponine n’ont pas la même signification et ne s’accompagnent pas habituellement de lésions des cellules contractiles cardiaques. Il n’est donc pas possible de provoquer des nécroses du muscle cardiaque en courant un marathon ou un triathlon, ni en poussant très loin ses limites physiques ».

Publié par Hélène Joubert, journaliste scientifique le Lundi 07 Novembre 2016 : 14h52
Mis à jour le Jeudi 19 Janvier 2017 : 12h13
Source : D’après un entretien avec le Pr Pierre Croisille, directeur adjoint de l’unité de recherche CREATIS (CNRS 5220, INSERM 1206, Université de Lyon, Saint-Etienne.
A lire aussi
Plus d'articles