Le sport rend-il intelligent ?

Publié par Gilles Goetghebuer, journaliste santé le Mercredi 31 Décembre 2003 : 01h00
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Le sport rendrait-il plus intelligent ? Rien que par sa formulation, cette question mettra du baume au coeur à tous ceux qui s'étaient habitués à devoir répondre à la suggestion inverse selon laquelle le sport rend plus bête !

Une matière grise en perpétuelle reconstruction

Pendant longtemps, la croyance populaire partait du principe que des gros muscles étaient forcément contrebalancés par un petit cerveau. On connaissait l'expression « tout dans les jambes, rien dans la tête ! » et autres amabilités du genre. Pourquoi cette mauvaise image du sportif ? La cause est probablement culturelle dans une société qui prône la supériorité du travail intellectuel sur toutes les autres formes de réalisation de soi. Cette sévérité puise également dans la toute puissance de la psychologie. Beaucoup de spécialistes considèrent en effet qu'une activité monomaniaque comme jouer au football ou sauter à la perche est peu enrichissante sur le plan culturel et peu stimulante sur le plan neuronal. Passons sur le côté culturel (... il y aurait pourtant pas mal de choses à dire sur les vertus éducatives de la compétition) et attardons-nous sur le versant neuronal. Car un nombre important d'expériences prêtent actuellement à l'exercice physique, la faculté de « booster » le potentiel synaptique. En clair, le sport favorise les connexions nerveuses. Or, dans le cerveau, ce n'est pas le nombre total de cellules qui importe mais leurs interactions. Grâce au sport, on pourrait ainsi créer de nouveaux circuits nerveux qui élargissent le champ des solutions lorsqu'on est confronté à un problème.

La course des cerveaux

Citons par exemple le travail du docteur Kisou Kubota de l'Université de Nihon Fukushi à Handa au Japon. Lors d'une expérience tout à fait passionnante, il avait soumis sept jeunes sujets à une batterie de tests pour évaluer leurs capacités intellectuelles. Ensuite, il leur a proposé un programme de footing d'une demi-heure deux à trois fois par semaine durant 12 semaines, avant de recommencer l'expérience. Les conclusions de ses travaux furent limpides. Le score des bonnes réponses avait significativement augmenté après la période d'entraînement, ainsi que la rapidité d'exécution liée, selon Kubota, à une « nette amélioration de la fonction préfrontale ». Poursuivant ses recherches, il s'aperçut que les scores revenaient à leur point de départ quand les sujets arrêtaient de courir. Cette amélioration n'était donc que fonctionnelle, peut-être liée à l'amélioration de l'oxygénation cérébrale. « L'exercice physique est un bon agent aidant sur le plan intellectuel », concluait-il en prenant soin d'élargir cette précieuse recommandation aux personnes âgées en général et aux malades d'Alzheimer en particulier. Il y a quelques années, cette affirmation aurait suscité des pincements de lèvres et des haussements de sourcils de la part des spécialistes. Mais les preuves s'accumulent d'un lien direct entre le fonctionnement du corps et les capacités de l'esprit ! A ce stade, l'effet bénéfique d'une activité sportive régulière sur notre cerveau ne fait plus de doute. Reste maintenant la question de savoir où et comment cela se passe ? La réponse est probablement d'une extrême complexité. Mais rien ne doit nous faire peur désormais ! Futés comme nous sommes...

Publié par Gilles Goetghebuer, journaliste santé le Mercredi 31 Décembre 2003 : 01h00
Source : Journal of Neuroscience, Exercise & the brain, dans www.crossroadsinstitute.org/newsletter/march03.
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