Sida : la situation se dégrade chez les ados

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Lundi 19 Décembre 2005 : 01h00
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Les jeunes qui ont débuté leur vie sexuelle après l'arrivée des nouveaux traitements ne considèrent pas le sida comme une maladie mortelle. C'est ainsi que les comportements à risque progressent de nouveau dans cette population. Il est urgent de rétablir la vérité, car l'épidémie progresse.

Tous les trois ans, les enquêtes Kabp (Knowledge attitudes, belliefs and practices) offrent un cliché de la perception sociale du VIH/sida dans la population générale : connaissances, attitudes, croyances et comportements. C'est ainsi que la banalisation de la maladie, soulignée en 1988, accompagnée d'un relâchement des comportements de prévention dès 2001, se confirme. Les caractéristiques des personnes touchées ont également changé, avec une forte féminisation et l'apparition d'une population particulièrement vulnérable, souvent originaire des pays à forte endémie. De plus, chez les jeunes, le sida n'est plus considéré comme une maladie mortelle depuis l'apparition des nouveaux traitements, lesquels ont permis une diminution considérablement de la mortalité. Or c'est une erreur car l'épidémie continue sa progression, parallèlement à une amplification des prises de risque. Cette situation est particulièrement dangereuseA noter que la compréhension des mécanismes de transmission par le grand public reste incomplète et souvent fausse. Certes, peu de personnes croient aujourd'hui la contamination possible dans les toilettes publiques ou en buvant dans le verre d'une personne contaminée. De même, le préservatif masculin (et aussi féminin) et les tests de dépistage sont largement cités comme moyens efficaces pour éviter la transmission. En revanche, nombre d'idées fausses sont encore véhiculées : se laver après un acte sexuel est efficace contre le VIH, la transmission est possible par une piqûre de moustique, ou encore en donnant son sang.

Le sida se banalise chez les ados

Aujourd'hui, moins d'une personne sur quatre craint le VIH, alors que plus de la moitié craint les accidents de la route ou le cancer. Si plus de 80% de ceux qui ont débuté leur vie sexuelle il y a une dizaine d'années n'ont pas relâché leurs comportements, notamment en utilisant le préservatif, la situation se dégrade en revanche chez les 18-24 ans, population qui jusque-là était considérée comme celle ayant les meilleures connaissances sur la maladie. Le nombre de personnes exposées augmente depuis 1994 en raison du multipartenariat chez les moins de 18-29 ans : 32% en 2004 contre 21% en 2001. De plus, les jeunes sont moins sensibilisés et accordent ainsi moins d'importance à la prévention (port du préservatif, test de dépistage). Encore plus grave, leurs connaissances sur la maladie sont en baisse Ce phénomène peut s'expliquer en partie par le fait que les plus jeunes connaissent peu de malades du sida dans leur entourage et surtout parce qu'ils ont débuté leur vie sexuelle après l'arrivée des traitements. Il apparaît donc évident que les campagnes de prévention doivent davantage être ciblées en direction des deux grandes populations les plus à risque actuellement : les jeunes et les populations migrantes.

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Lundi 19 Décembre 2005 : 01h00
Source : Enquête Kabp (Knowledge attitudes, belliefs and practices) 2004, réalisée par l'Observatoire de santé (ORS) d'Ile-de-France, en collaboration avec l'Agence nationale de recherche sur le sida (ANRS) , la Fondation de France et l'Institut national de prévention et d'éducation à la santé (Inpes).
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