Santé sexuelle et ménopause : témoignages

Publié le Vendredi 12 Mai 2006 : 02h00
Extraits d'entretiens exploratoires qualitatifs semi-directifs en face face sur le thème de la santé sexuelle, réalisés auprès de femmes de plus de 42 ans.

Eve : 47 ans, célibataire sans enfants, intérimaire en bureautique et professeur de danse africaine.

Mon corps me l'a dit, j'ai eu des transpirations qui m'ont mis la puce à l'oreille.C'est une amie américaine qui me l'a dit de façon très directe. Cela m'a dérangée. Je me suis dit : ça y est, je suis vieille ! Je n'avais plus les mêmes désirs dans mes rapports sexuels.C'est en me faisant draguer que je m'en suis aperçu. Par des petits jeunes de 20 ans. Ils s'amusent, c'est un jeu. Il y a le gigolo et le dilettante, qui cherche la mère, la fidèle qui protège et rassure. Ils manquent d'imagination, sont incapables de s'exprimer, d'aligner deux adjectifs pour exprimer leurs désirs, ils n'ont pas d'éducation amoureuse. Si un père amène des fleurs à la mère, le fils fera pareil. C'est une question de culture. Ils sont courtois, prévenants, ils ont le respect de la femme. Je veux maintenant un homme mature. Mon regard c'est modifié. Le sexe m'inspire. Je suis ascendant scorpion. J'ai une sexualité joyeuse et passionnée. Mais maintenant, j'ai besoin de contact intellectuel, d'être en face de quelqu'un qui a quelque chose à dire. Les hommes de 50 ans et plus m'appellent «Mademoiselle» et c'est revalorisant. «Madame» par contre, c'est le coup de vieux.Je ne parle pas de ma vie sexuelle à mon médecin, sauf à mon acupunctrice. Je lui dis que j'ai les ovaires qui tournent à 150 à l'heure, elle me met des aiguilles et ça me calme.Cette période c'est une passage, un pont entre la jeune femme et la femme.C'est une découverte de la sexualité au travers d'approches plus intellectuelles, plus de caresses, de tendresse, d'écoute de mon désir et de ma satisfaction. Aujourd'hui si le partenaire ne sait pas formuler ses désirs, il passe sa route. La pornographie c'est pas de l'amour, c'est du cul. C'est moche et c'est sale. Chez les jeunes, y a pas de dialogue amoureux. Pas de poésie, pas d'imagination. J'ai proposé à mon chéri de nous retrouver au restaurant et de faire comme si on ne se connaissait pas. Pour plus de pep's. Toutes les femmes ne veulent pas la même chose. Certaines femmes ne veulent que du sexe et pas de fleurs. J'ai une copine qui n'a jamais rien reçu même pour la Saint Valentin ! La ménopause, c'est un changement de désir, de type d'homme. Des envies de fantaisies, de sortir de l'ordinaire.Je me suis retrouvée avec un corps de femme sans m'en rendre compte. Le regard de l'autre donne une idée de comment on me regarde. Faut d'abord accepter, et apprendre à s'accepter avec ce nouveau corps. Accepter le temps qui passe. Plus cruel pour une femme que pour un homme.C'est important d'accepter le corps de la nouvelle Eve.Je m'amuse avec des artistes qui s'amusent sexuellement ; les africains sont à l'aise dans leur corps, ils sont généreux et peuvent faire l'amour pour faire plaisir. J'ai demandé à mon compagnon qu'il me lise des phrases de l'amour courtois. Il a été comédien dans sa jeunesse. Je me suis rendu compte qu'une belle voix pouvait me faire planer sec. La voix est la clé du désir. Une belle voix chaude, des mots doux. Et des parties du corps. Comme dans le calendrier 2004 des rugbymen. Une belle nuque m'excite.L'hydratation vaginale ne me préoccupe pas. Sauf après une nuit ardente, j'ai le lubrifiant à côté de mon lit. Ca m'étonne que ça fasse partie des symptômes de la ménopause. Bien que de savoir que la sécheresse existe, ça permet de s'y préparer. L'orgasme est plus long à obtenir pour moi, mais c'est lié aux préservatifs.

Gisèle : 53 ans, divorcée, une fille, attachée commerciale optique

Finalement, ce passage est pénible. Y'a l'humeur, la fatigue, moins de résistance aux stress, je dors moins bien et un peu ras le bol de tout. J'ai toujours quelque chose. Y'a le poids aussi.Le gynéco m'a dit à 48 ans que j'étais pré-ménopausée, les cycles devenaient irréguliers. L'âge de la ménopause c'est héréditaire. A 43 ans, je me disais « Vivement la ménopause », surtout que je suis commerciale, toujours sur le terrain.J'ai perdu ma petite fille de 5 ans d'une leucémie. J'ai aussi un peu perdu ma fille , c'est une morte vivante. Avec le choc quand j'ai appris sa maladie, j'ai eu une hémorragie, comme si je me vidais du sang que j'avais gardé depuis quelques mois. Et puis plus rien, d'un coup.Ma peau est devenue sèche. J'ai des cernes, des poches sous les yeux.Je n'ai pas eu de bouffées de chaleur. J'avais entendu dire qu'on pouvait être en eau, trempée, les cheveux mouillés. Mon problème, c'est la sécheresse. J'achète un gel, parce que ça fait mal, ce n'est pas agréable. J'achète un gel pour les rapports sexuels. C'est pour rendre moins sensible. Quand je n'ai pas de désir, il faut humidifier. Je n'en mets pas toujours. Je n'aime pas trop mettre le gel. Si on en met trop, c'est trop mouillé, ce n'est pas agréable ce produit. Je préfère une lubrification naturelle. J'en prends une noisette et je la mets dans le vagin. Quand c'est lui qui en met c'est mieux, ça va plus profondément. Le problème de ce produit, c'est la pause, ça casse l'ambiance. C'est tellement mieux d'avoir du désir dans l'action. Je ne le mets pas au début car je me dis que je vais peut-être mouiller naturellement.

Publié le Vendredi 12 Mai 2006 : 02h00
Source : Entretiens exploratoires qualitatifs semi-directifs en face face d'une heure de durée au nombre de 6, sur le thème de la santé sexuelle, réalisés à Paris chez des femmes de plus de 42 ans. Juin 2005, Maitre d'oeuvre : Dr Selva Demaux.
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