Attention, ce patch délivrant de la testostérone ne s'adresse qu'aux femmes dont la baisse de libido a une origine hormonale, c'est-à-dire en cas de ménopause chirurgicale à la suite d'une hystérectomie (ablation de l'utérus et des ovaires). Son arrivée sur le marché étant imminente, le Dr David Elia* " plaide ici pour que les femmes, les médecins et les médias comprennent la vraie utilité de ce médicament ".
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Qu'entend-on par ménopause chirurgicale ?
Dr David Elia : Après la ménopause, les ovaires ne produisent plus de progestérone ni d'estrogènes, d'où, respectivement, l'absence d'ovulation et les symptômes de carence oestrogénique dont les célèbres bouffées de chaleur faisant souffrir de nombreuses femmes.
En revanche, les ovaires continuent à fabriquer une autre hormone : la testostérone (en quantités bien sûr beaucoup plus faibles chez la femme que chez l'homme). Il s'agit en fait d'une hormone masculine, synthétisée en grande quantité par les testicules. Dans les deux sexes, elle est également produite par les glandes surrénales.
A la ménopause, les ovaires continuent donc à fabriquer de la testostérone alors que ce n'est plus le cas bien sûr si les ovaires sont enlevés (ovariectomie) pour une raison bénigne, un fibrome le plus souvent.
Aujourd'hui en France, on pratique environ 70.000 hystérotomies par an (ablation de l'utérus). Dans un cas sur deux environ, les médecins sont amenés à ôter les ovaires lors de cette intervention. On estime ainsi à un million les Françaises ménopausées chirurgicalement, âgées de 20 à 74 ans.
Quelle est la fonction de la testostérone chez la femme ?
Dr David Elia : La testostérone est l'hormone clé de la libido. Sans elle, une femme n'a pas d'envie sexuelle ni de fantasme, ni d'orgasmes. Les femmes dont les ovaires ont été enlevés, voient leur taux de testostérone chuter de 50%. Si cette baisse n'est pas compensée par les glandes surrénales, une diminution de l'appétit sexuel va survenir, voire un désintérêt total.
A noter que les femmes ayant subi une hystérectomie simple (seul l'utérus a été enlevé), peuvent aussi parfois (mais pas toujours) souffrir d'une baisse de libido. En effet, les ovaires ayant une vascularisation commune avec l'utérus, il arrive qu'en enlevant ce dernier, on sectionne les artères communes. Dans ce cas, même si les ovaires sont laissés en place, on obtient une ménopause chirurgicale.
Comment remédier à cette chute de libido ?
Dr David Elia : Le traitement de la ménopause comprend des estrogènes et de la progestérone. Les femmes n'ayant plus d'utérus ne prennent que des estrogènes car la progestérone sert à protéger l'utérus d'une augmentation du risque du cancer de l'utérus. Les femmes ovariectomisées (ovaires enlevés) disent souvent en consultation : " avec les estrogènes, je n'ai plus de bouffées de chaleur, je dors bien, je n'ai plus de douleurs articulaires, je me sens bien. Mais alors sur le plan sexuel, c'est le calme plat, c'est désespérant ".
Pour palier à cet inconvénient, qui rappelons-le peut toucher des femmes jeunes, il serait donc intéressant de pouvoir leur donner un traitement hormonal à base de testostérone. Mais jusqu'à présent, nous ne disposions d'aucun produit commercialisé en France à destination des femmes. Il n'existe que des médicaments autorisés chez les hommes et qui sont donc très fortement dosés.
C'est ainsi qu'en France, de très nombreuses femmes souffrant d'une insuffisance de testostérone n'ont pas eu accès à un traitement, contrairement à ce qui se passe depuis fort longtemps en Angleterre, aux États-Unis et au Canada, où des spécialités féminines sont disponibles.
D'où l'intérêt de la mise sur le marché de ce patch Intrinsa®, indiqué chez les femmes ayant perdu leur libido pour une cause hormonale. Il est à renouveler 2 fois par semaine et délivre de faibles doses de testostérone, parfaitement compatibles avec la physiologie de la femme. Il ne fait que restaurer le niveau de testostérone qu'elles avaient avant la ménopause chirurgicale.
Il est prescrit sur ordonnance avec les estrogènes (pas besoin de progestérone chez les femmes qui n'ont plus d'utérus).
Mais attention, il faut le délivrer avec discernement. Il n'est pas question d'en prescrire à toutes les femmes ayant une faible libido. Car tout d'abord, il n'est pas dit que ce supplément hormonal améliore leur libido : la sexualité féminine n'est pas uniquement une histoire d'hormones. Il existe bien d'autres composants, culturels, sociaux, conjugaux, psychologiques... Ensuite, un excès de testostérone peut induire des effets secondaires très justement redoutés et haïs des femmes : pousse des poils, boutons, peau graisse, chute des cheveux, etc. Ces effets doivent provoquer l'arrêt du traitement et ils sont réversibles.
L'indication de ce patch doit donc être scrupuleusement respectée : perte d'appétit sexuel après une hystérectomie avec ovariectomie.
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