Quel est vraiment le « vrai » régime anticancer ?

Article publié par Dr Philippe Presles le 03/06/2011


Quel est vraiment le « vrai » régime anticancer ?

On a de quoi être perdu quand plusieurs personnalités se contredisent à propos de la prévention contre le cancer, surtout quand l’une d’entre elle a publié récemment un livre titré « le vrai régime anticancer ». Les experts de l’Agence nationale de sécurité sanitaire des aliments (Anses) viennent de publier leur propre analyse. Va-t-on enfin y voir clair ?

Le temps des pionniers

Quand nous avions publié « Prévenir » en 2006, nous affirmions avec le Dr Catherine Solano que notre analyse de 1000 études scientifiques nous amenait à conclure qu’il était possible de prévenir efficacement les cancers - mais aussi les infarctus et la maladie d’Alzheimer - grâce à un régime riche et varié en fruits et légumes, pauvre en viande rouge et un mode de vie sain, avec très peu d’alcool (1 à 6 verres par semaine) et beaucoup d’activité physique. L’année suivante en 2007, David Servan-Schreiber arrivait aux mêmes conclusions pour le cancer, en conseillant de plus de limiter l’usage du sucre raffiné sous toutes ses formes.

Le temps des confirmations

Fin 2007 le WCRF (World Cancer Research Fund) publiait un rapport impressionnant après avoir évalué 7000 études internationales. Ses recommandations allaient encore dans le même sens :

      1. Soyez aussi mince que possible tout en évitant l’insuffisance pondérale.

      2. Pratiquez une activité physique au moins trente minutes par jour.

      3. Évitez les boissons sucrées. Limitez la consommation d’aliments à forte densité calorique (en particulier les produits à teneur élevée en sucres ajoutés, ou faibles en fibre, ou riches en matières grasses).

      4. Augmentez et variez la consommation de légumes, fruits, céréales complètes et légumes secs.

      5. Limitez la consommation de viande rouge (comme le bœuf, le porc ou l’agneau) et évitez la charcuterie.

      6. En cas de consommation d’alcool, se limiter à une boisson par jour pour les femmes et à deux pour les hommes.

      7. Limitez la consommation d’aliments salés et de produits contenant du sel ajouté (sodium).

      8. Ne prenez pas de compléments alimentaires pour vous protéger du cancer.

En mai 2011, l’Agence nationale de sécurité sanitaire des aliments (Anses) arrive pour l’essentiel aux mêmes conclusions, sans exclure le sucre.

L’Anses retient ainsi 5 facteurs nutritionnels à risque de cancer :

- Les boissons alcoolisées (cancers de la bouche, pharynx, larynx, œsophage, côlon-rectum, sein).

- Le surpoids et l’obésité (cancers de l’œsophage, endomètre, rein, côlon-rectum, pancréas, sein).

- Les viandes rouges et charcuteries (cancer colorectal).

- Le sel et les aliments salés (cancer de l’estomac).

- Les compléments alimentaires à base de bêtacarotène (cancer du poumon chez les fumeurs).

L’Anses retient enfin 3 facteurs contribuant à diminuer le risque de cancer :

- L’activité physique (cancer du côlon).

- Les fruits et les légumes (cancers de la bouche, pharynx, larynx, œsophage, estomac, poumon).

- L’allaitement (cancer du sein).

Le temps des doutes

Si ces différentes prises de positions et expertises vont globalement dans le même sens, elles laissent encore place à certains doutes qu’il convient d’essayer d’appréhender. En effet, il en est des doutes en sciences comme des doutes dans la vie de tous les jours. Certains doutent ne peuvent pas faire de mal et sont donc plutôt à prendre en considération. D’autres doutes sont plus gênants car ils nous exposent à des risques inutiles.

Pour ma part je ne vois essentiellement que 4 doutes, 3 positifs et 1 négatif. Les 3 doutes positifs sont les suivants :

  • Faut-il limiter sa consommation en sucre raffiné ? Nous n’avons pas aujourd’hui de preuve absolue de l’effet anticancer de cette mesure, mais une telle approche diététique est clairement préventive du diabète, cette maladie étant maintenant associée à un risque d’augmentation du cancer. Limiter sa consommation de sucre est donc plutôt une bonne chose.
  • Faut-il privilégier certains aliments plus anticancers que d’autres comme les alliacées, les crucifères, les fruits rouges, etc. conformément aux travaux de Richard Béliveau, largement repris et médiatisés par David Servan-Schreiber ? Là encore il n’existe pas aujourd’hui de preuve absolue de cette mesure, mais des études montrent très clairement que certains aliments inhibent la croissance des cellules cancéreuses en culture. Pourquoi s’en priver dès lors que l’on augmente sa consommation de fruits et légumes, ce qui est clairement bon ?
  • Faut-il privilégier les oméga-3 comme David Servan-Schreiber et nous-mêmes l’avons recommandé ? Outre un effet bénéfique sur le cœur, certaines cohortes montrent une relation entre le taux sanguin d’oméga-3 et le risque de cancer. Là encore cela ne vaut pas le coup de se priver de poisson et de choisir de cuisiner à l’huile d’olive ou de colza.

Le doute négatif est le suivant : Dans son livre « Le vrai régime anticancer » David Khayat affirme que la viande rouge ne représente pas un risque particulier et qu’inversement l’effet des fruits et légumes est très faible. Suivre cette proposition représente un vrai risque car elle s’oppose à toutes les recommandations existantes.

La vitamine D non encore reconnue

Ce rapport de l’Anses confirme donc l’intérêt des recommandations de base sur l’alimentation et l’activité physique, et elle ajoute une précision quand aux compléments alimentaires : il faut que les fumeurs évitent ceux avec des taux de carotènes élevés. Cette précision est importante car de nombreuses vitamines étaient mises à l’index, alors qu’à faibles doses on est sûr qu’elles ne font pas de mal (tout en pouvant faire du bien à ceux qui ne mangent pas assez de fruits et légumes, comme l’a montré l’étude SU.VI.MAV).

Reste la question de la vitamine D qui est complètement occultée. C’est pourtant une question clé car depuis 2007, toutes les études disponibles sur la relation entre cette vitamine et le cancer confirment son effet préventif majeur. D’autres études montrent par ailleurs que nous sommes majoritairement carencés. Heureusement en 2010, 40 scientifiques internationaux mobilisés autour de David Servan-Schreiber, ont pris position en faveur d’une recommandation de prise de vitamine D chez les personnes à risque. Là encore, il s’agit d’un doute positif, car prendre 1000 à 2000 UI par jour de vitamine D n’a jamais entrainé le moindre risque pour la santé (voir l’appel : www.lepoint2.com)

En conclusion, tous les conseils et recommandations des médecins et scientifiques vont dans le même sens et peuvent être avantageusement suivis, hormis ceux de David Khayat qui prend le contre pied sur les deux principales : moins de viande rouge et plus de fruits et légumes. Cela ne va pas sans rappeler l’appel de Laurent Fabius à voter contre la constitution Européenne : cela nous à fait douter et cela nous a fait perdre du temps,  le sens de l’histoire finissant toujours par l’emporter…

Source : Agence nationale de sécurité sanitaire des aliments (Anses), rapport d’expertise collective, Nutrition et cancer, mai 2011

Article publié par Dr Philippe Presles le 03/06/2011

Ce billet fait partie du blog de Dr Philippe Presles, Le blog de la Rédaction

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