La pensée contrefactuelle, ou comment nous manipulons nos souvenirs

Publié par Dr Catherine Solano le Lundi 11 Mai 2009 : 02h00
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" Avec des si, on mettrait Paris en bouteille... ". Cette maxime a traversé le temps parce qu'elle met le doigt sur ce phénomène de pensée contrefactuelle : et si j'avais agi autrement ? Tout aurait peut-être été différent.

Jean-Louis Monestès, dans son livre ' Faire la paix avec son passé ', parle de nos souvenirs toxiques, ceux qui peuvent nous empêcher de vivre. Il explique très bien ce phénomène de la pensée contrefactuelle.

La pensée contrefactuelle peut être négative

' Si j'avais osé dire que je ne voulais pas faire l'amour sans préservatif, je ne serais pas séropositive '. Ou encore : ' Si j'avais dit à tous mes passagers de mettre leur ceinture de sécurité, il n'y en aurait pas un grièvement blessé qui est aujourd'hui handicapé '. La pensée contrefactuelle imagine que les événements auraient pu être positifs. Ils mettent en avant nos erreurs passées. C'est la voie idéale pour cultiver la culpabilité. Penser de cette manière peut nous détruire à petit feu. On ne peut pas changer le passé, et cela ne sert strictement à rien de s'auto flageller mentalement.

La pensée contrefactuelle peut aussi jouer sur un tout autre registre que celui de la culpabilité, celui de la manière de voir le monde : ' Ah, si j'avais joué le bon numéro au loto ! '. On peut le résumer : ' Si j'avais de la chance... '. Quand on ressasse ce type de pensée, on finit par imaginer que le monde entier est notre ennemi, qu'il ne veut pas nous accueillir. Nous chaussons les lunettes de la dépression, de celui qui voit la bouteille à moitié vide.

Mais la pensée contrefactuelle négative peut aussi être utile :

' Ah, si seulement j'avais eu le courage de travailler un peu plus, j'aurais été reçu à mon examen... '. Si c'est ce que vous pensez, il se peut que la prochaine fois, avoir été honnête et réaliste vous poussera à travailler plus et à réussir vos examens.

La pensée contrefactuelle peut être positive

Penser avec des si peut aussi vous encourager à vivre mentalement dans le positif. ' Si je n'avais pas été à cette soirée, jamais je n'aurais rencontré Cécile ' expose son mari qui en frémit d'horreur tant il se sent bien en couple. Il voit le monde du bon côté, pense qu'il a de la chance. Il est probable qu'il utilise ce mode de pensée dans d'autres domaines. ' Quelle chance que j'ai acheté ce quotidien le jour où il y avait juste une annonce d'embauche pour moi. J'ai enfin trouvé le travail de mes rêves. Si je ne l'avais pas acheté, je végèterais encore dans mon ancien poste. ' Les personnes qui manipulent mentalement cette pensée contrefactuelle positive voient le monde au travers des lunettes plus roses. Ces pensées leur permettent d'être conscients de leur bonheur. Et savourer son bonheur, c'est la voie même de la sagesse.

À côté de ces exemples où le hasard joue un rôle principal, vous pouvez aussi user volontairement de cette pensée contrefactuelle positive pour vous féliciter d'événements qui n'ont rien à voir avec le hasard. Vous pouvez vous attribuer des mérites réels. ' Si je ne m'étais pas forcée à aller à pied à mon travail, jamais je n'aurais perdu mes 10 kilos. '. Bravo, vous vous décernez une médaille, vous vous encouragez à prendre des décisions pas faciles et à les suivre, sachant que vous pouvez être récompensé. C'est une excellente manière de vous motiver.

Au total, la pensée contrefactuelle présente deux faces : la première très positive nous fait penser que nous avons de la chance, que nous savons faire ce qu'il faut et que nous savons reconnaître nos erreurs pour mieux les corriger.

L'autre facette, plus néfaste, peut nous entraîner à voir le monde en négatif, à déprimer, à nous culpabiliser, à nous juger incompétent, à broyer du noir.

Alors, à nous de cultiver le meilleur de nous-même dans la mesure où nous pouvons, en partie, influencer nos pensées volontairement.

La pensée contrefactuelle constitue une façon de composer avec nos souvenirs. Quand elle s'impose à nous et porte sur des événements douloureux, elle nous ramène sans cesse au pire de ce que nous avons vécu, au risque de passer à côté de notre vie présente et future. Il est nécessaire d'apprendre à laisser une place à nos souvenirs, même les plus désagréables d'entre eux. Dans son livre, Jean-Louis Monestès nous explique comment faire la paix avec les mauvais souvenirs de notre existence, pour aller de l'avant !

Publié par Dr Catherine Solano le Lundi 11 Mai 2009 : 02h00
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