Aux origines du coeur d'athlète

Publié par Gilles Goetghebuer, journaliste santé le Mercredi 06 Août 2003 : 02h00
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Le sport fait grossir le coeur dans des proportions telles que les médecins n'hésitent pas à parler de «coeur d'athlète».

Il y a un peu plus d'un siècle, un chercheur scandinave publiait le premier article scientifique consacré au coeur d'athlète. Sans autre outil que ses dix doigts, Henschen avait identifié une série de particularités cardiaques chez les skieurs de fond, notamment un développement inhabituel des cavités et un rythme cardiaque particulièrement lent. Toutes ses observations furent confirmées plus tard avec les techniques d'imagerie médicale. Un coeur d'athlète peut aller jusqu'à doubler sa capacité habituelle. Pour une personne sportive de 70 kilos, cet organe atteindra facilement 1 litre et demi contre 750 ml pour un sédentaire. Rien d'anormal à cela. Au contraire, un gros coeur témoigne d'une bonne adaptation aux efforts C'est une des raisons pour lesquelles les médecins encouragent à faire du sport, surtout des disciplines dites « d'endurance » comme le vélo, la course à pied, la natation. En clair, on muscle son coeur !

Comme deux gouttes d'eau

Pour ceux qui pratiquent le sport de façon vraiment intensive, ce développement peut prendre des allures impressionnantes au point d'inquiéter les spécialistes. Le coeur du sportif en vient à ressembler à celui que l'on décrit dans le cadre de certaines pathologies. Pour le médecin, il est alors très difficile de ne pas se tromper. Or, ici, un faux diagnostic brise des vies : soit on interdit la poursuite d'une passion, soit on lance dans la compétition des individus qui présentent des risques cardiaques. Par le passé, plusieurs jeunes sportifs virent ainsi leurs espoirs inutilement sacrifiés pour avoir présenté des signes cardiaques qui démontraient seulement leur bonne adaptation à l'effort. On conseilla même à Eddy Merckx, alors âgé de 19 ans, de mettre un terme à sa carrière, après lui avoir découvert une pseudo-anomalie à l'électrocardiogramme, ce qui était probablement le signe d'un spectaculaire coeur d'athlète. Mais on connaît aussi le cas inverse de sportifs frappés par la mort subite dans la fleur de l'âge parce que personne n'avait pu déceler leurs problèmes circulatoires. La frontière de la dangerosité est plutôt floue, mais il existe cependant différents moyens d'analyse : électrocardiogramme, échographie, test d'effort, examen Doppler ou même biopsie. Malgré tout, il arrive que le doute subsiste

La prudence s'impose

Aussi rappellera-t-on quelques conseils simples à tous les sportifs qui ne veulent pas gonfler inutilement les statistiques de mort subite. D'abord, passer un examen d'aptitude, quel que soit l'âge, avant de débuter une discipline ; ensuite, on veillera à ne jamais faire du sport en cas de fièvre. La cigarette sera évidemment proscrite, surtout à proximité des séances, et on sera attentif à tous les signes avant-coureurs d'une défaillance : vertiges, douleurs thoraciques, évanouissements, etc. Enfin, il faut boire suffisamment à l'effort, commencer et finir progressivement, éviter les douches et les bains trop chauds juste après l'entraînement, et surtout ne pas se laisser entraîner dans des défis qui dépassent manifestement les limites personnelles physiologiques. Enfin, vers 35-40 ans, une petite consultation en cardiologie, avec un électrocardiogramme d'effort, permettra de s'assurer du bon état de la plomberie artérielle. A partir de là, le coeur s'assurera les bénéfices du sport, sans les inconvénients.

Publié par Gilles Goetghebuer, journaliste santé le Mercredi 06 Août 2003 : 02h00
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