Non à la collation de 10 heures !

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Mercredi 17 Mars 2004 : 01h00
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L'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) vient de rendre son avis au sujet de la collation servie à 10 heures dans les écoles. Il est défavorable. Elle déconseille cette collation en raison de sa composition, de son horaire, de son caractère indifférencié et systématique. Non seulement le coup « de pompe » de 11 heures est un mythe, mais en plus, cet apport calorique supplémentaire contribue à l'obésité.

La collation matinale est servie dans les écoles depuis 1945, à l'initiative de Pierre Mendès France. Justifiée à cette époque pour compenser l'absence du petit-déjeuner, surtout dans les milieux défavorisés, son utilité fait aujourd'hui débat.

En effet, les enfants qui ne déjeunent pas ne sont pas aussi nombreux qu'on le pense : 7% des 3 à 6 ans, et partir à l'école le ventre vide n'a plus aucune corrélation avec le niveau social.Le coup de fatigue de 11 heures, assimilé à une chute de glycémie en fin de matinée, n'est qu'une affabulation. Les tests à jeun durant 48 heures ne montrent qu'une faible diminution de la glycémie qui, de plus, est très progressive. Une collation à 10 heures ne peut donc se justifier par ce point.Face à la forte progression du surpoids et de l'obésité infantile, tout apport calorique supplémentaire et systématique semble plutôt nuisible à la santé des enfants. D'autant plus qu'il s'agit souvent d'aliments gras et sucrés. Quant au verre de lait, il ne se justifie pas davantage, car il n'existe pas d'insuffisance en calcium dans cette population. En revanche, cette collation peut inciter les enfants aux grignotages et risque de désorganiser le rythme et la composition des repas.

La balle est désormais dans le camp du cabinet du ministre délégué à l'Enseignement où pour l'instant aucune décision ou circulaire n'a été signée. Mais le débat risque d'être animé. On parle déjà d'adaptation aux conditions locales afin de proposer une formule adaptée à chaque contexte. A titre d'exemple, une collation à 10 heures pourrait se justifier en milieu rural, lorsque les écoliers doivent se lever à 6 heures.

Quelle que soit la décision finale, le petit-déjeuner est un vrai repas diversifié et indispensable qui devrait systématiquement comprendre une boisson chaude, un fruit et des féculents (pain, céréales). Et si la collation se poursuit, ne devrait-elle pas plutôt être composée de fruits au lieu de gâteaux et autres barres chocolatées trop caloriques, comme a réussi à l'imposer à Boulogne-Billancourt, le Pr Bertrand Chevallier (chef du service de pédiatrie de l'hôpital Ambroise-Paré - Boulogne-Billancourt) ?

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Cet article a été repris dans les "Dossiers du Net" dans le cadre d'un dossier complet sur le thème de l'obésité. Pour le consulter : www.dossiersdunet.com.

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Mercredi 17 Mars 2004 : 01h00
Source : Le Quotidien du Médecin, n°7492, 5 mars 2004 ; avis de l'AFSSA communiqué lors du salon de l'agriculture, mars 2004.
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