Métaux lourds : 100 tonnes de mercure dans la bouche des Français !

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Lundi 23 Avril 2001 : 02h00
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En France, les connaissances sur les métaux lourds (cadmium, plomb, mercure, arsenic ...) n'en sont qu'à leurs débuts et une vigilance accrue doit être mise en place. Notamment, les 15 tonnes de mercure placées chaque année dans la bouche des Français par le biais des « plombages », ou amalgames dentaires, pourraient être remplacées pour une bonne part par des composites à base de résine.

La pollution liée aux métaux lourds est insuffisamment prise en compte. A la demande de l'Assemblée nationale, le rapport de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques sur les dangers pour la santé liés à la présence de mercure dans les plombages, s'est finalement étendu aux effets des métaux lourds sur l'environnement et la santé.

La nocivité éventuelle des amalgames : trop souvent considérée comme anecdotique

L'utilisation des amalgames dentaires pour les plombages est depuis des années le sujet d'un débat de « taille » : plus de 15 tonnes de mercure sont déposées chaque année dans la bouche des Français, soit un stock total de 100 tonnes !Bien qu'accusées de « faiblesse méthodologique » par les « anti-amalgames », la plupart des études scientifiques n'ont pas démontré formellement de dissémination du mercure dans l'organisme. L'office n'a donc pas tranché contre l'amalgame, mais estime qu'il devrait être réservé aux cas ne pouvant être traités par des composites (matériaux de remplacement à base de résines). Trois raisons principales ont été évoquées :1- de nombreux patients souffrant de symptômes ont été soulagés après la dépose des amalgames. Ainsi, plusieurs pays européens en ont déjà limité leur usage (Autriche, Allemagne, Suède, Danemark) ;2- le polissage après la pose, qui réduit considérablement le risque de rejet de mercure dans l'organisme, n'est que très peu pratiqué par les dentistes car non remboursé par la Sécurité Sociale. Par ailleurs, la Sécurité Sociale ne reconnaissant pas le temps de pose beaucoup plus long d'un composite, la plupart des dentistes français persistent à utiliser l'amalgame, moins cher, plus solide et plus rapide à poser ;3- le mercure dentaire fini par se retrouver dans la chaîne des déchets ; dans les décharges il pollue les sols et incinéré il projette des émissions dans l'atmosphère. Chaque année, 10 tonnes de mercure sont rejetées et on estime à 20 tonnes la quantité totale sédimentée dans les canalisations. En théorie, depuis le 1er avril 2001 tous les dentistes devraient être équipés de séparateur pour le mercure. Dans les faits, ils ne sont encore que 20%.

Attention : il est rigoureusement déconseillé de faire enlever ses anciens amalgames pour les remplacer par des composites car les risques de dégagements mercuriels sont maximaux au moment de la pose et de la dépose !

Populations et environnement : cibler les actions

L'imprégnation par les métaux lourds des populations dans les Dom-Tom est largement supérieure à celle de la métropole, avec 15% de plus pour le mercure et 50% pour le cadmium. L'absence de traitement des déchets et de mise en décharge généralisée est mise en cause. En région PACA, les expositions sont également plus élevées. Là encore, la gestion des déchets est insuffisante et la pollution de la Méditerranée représente un autre motif sérieux d'inquiétude. Il semblerait donc que des actions ciblées sur quelques groupes à risque seraient plus efficaces et moins coûteuses qu'une approche globale par des normes. Par ailleurs, rappelons qu'en France la collecte des piles reste très décevante. De plus, entre 5 et 10% des batteries échappent encore au circuit de retraitement, quand elles ne partent pas en Espagne où les normes sont moins sévères et le coût du recyclage moins onéreux …

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Lundi 23 Avril 2001 : 02h00
Source : Communiqué de presse AFP, Paris, 11 avril 2001.
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