Manger des asperges pourrait favoriser la propagation du cancer du sein

Publié par Audrey Vaugrente, journaliste santé le Jeudi 08 Février 2018 : 12h30

Une protéine présente dans les asperges est soupçonnée de favoriser la formation de métastases chez les patients souffrant d'un cancer du sein très agressif.

© Istock

Marcel Proust a consacré des passages entiers de son œuvre à ce légume. Que l'on apprécie ou non son goût légèrement amer et sucré, l'asperge  est un incontournable de la cuisine française. Mais les amateurs feraient mieux de la déguster avec modération.

D'après une étude américaine, publiée dans la prestigieuse revue Nature, ce mets pourrait favoriser l'apparition de métastases chez les personnes atteintes d'une forme peu fréquente de cancer du sein. En cause, une protéine présente dans le légume, mais aussi les produits laitiers, la volaille ou encore le poisson : l'asparagine.

Un nouvel angle d'attaque contre le cancer

Pour les biens de leurs travaux, les scientifiques ont eu recours à des souris atteintes d'un type de tumeur mammaire particulièrement agressive : un cancer dit triple-négatif. Il est nommé ainsi car les cellules ne possèdent pas les récepteurs hormonaux qu'on trouve habituellement, et sécrètent peu la protéine HER2 – qui constituent des cibles thérapeutiques majeures.

En raison de cette spécificité, le cancer triple-négatif est particulièrement résistant aux traitements anticancéreux habituels et forme rapidement des métastases – ces cellules cancéreuses qui vont attaquer d'autres organes que celui d'origine. Environ 15 % des femmes souffrent de cancer du sein sont atteintes d'une telle forme et leur pronostic est généralement mauvais.

Les chercheurs ont donc tenté de trouver un autre angle d'attaque, celui de l'alimentation. Certaines souris ont ainsi été soumises à un régime strict, limitant leurs apports en asparagine, ou ont reçu de l'asparaginase, un médicament qui détruit cette protéine et déjà autorisé contre certaines leucémies ou lymphomes.

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Manger moins d'asperge pourrait aider

Les rongeurs chez qui l'asparagine a été réduite ont développé moins de métastases au cours de l'étude. Elles répondaient également mieux au traitement par chimiothérapie. A l'inverse, les animaux soumis au régime habituel ont développé des tumeurs sur plusieurs organes.

L'asparagine aurait donc la capacité de favoriser la propagation des cellules tumorales dans l'organisme, ce qui limite considérablement les chances de survie. Comme le précisent les auteurs de l'étude, "la plupart des femmes souffrant d'un cancer du sein ne succombent pas à cette tumeur primaire, mais aux métastases qui se développent après l'ablation de la lésion principale".

"Cette étude suggère fortement qu'une alimentation modifiée peut avoir un impact sur la réponse d'un individu aux traitements anticancéreux et le risque de métastases mortelles à l'avenir", se réjouit donc Gregory Hannon, qui co-signe ces travaux.

Mais ces observations devront tout de même être confirmées chez l'être humain. Les chercheurs envisagent ainsi de développer un essai sur des personnes en bonne santé. S'ils parviennent à réduire le taux d'asparagine dans leur organisme, une autre étude sur des patients malades pourrait voir le jour. Et, pourquoi pas, s'élargir à d'autres formes de cancer.

Publié par Audrey Vaugrente, journaliste santé le Jeudi 08 Février 2018 : 12h30
Source : Asparagine bioavailability governs metastasis in a model of breast cancer, Simon R. V. Knott et al, Nature, 7 février 2018
Le cancer du sein : points clés, Institut national du Cancer, consulté le 8 février 2018
Cancers du sein triple négatifs : repousser les frontières de la lutte, Institut Curie, 29 novembre 2017 
Tumeurs triple négatives du sein : facteurs pronostiques et prédictifs, S. Zilberman et al, CNGOF, consulté le 8 février 2018
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