Maladies du foie : en augmentation chez l’enfant

Publié par Hélène Joubert, journaliste scientifique le Vendredi 09 Septembre 2016 : 17h15
Mis à jour le Lundi 10 Octobre 2016 : 10h09

Ce serait une erreur de penser que l’accumulation de graisse dans le foie s’observe uniquement chez l’adulte, en particulier en surpoids et/ou diabétique. Les enfants souffrent aussi de cette maladie du foie que l’on appelle stéatose hépatique. De plus en plus souvent et de plus en plus tôt, avec à la clé un risque ultérieur de cirrhose et de cancer hépatique. 

© Istock

La cirrhose du foie sans alcool, c’est possible

La cirrhose du foie n’est pas uniquement liée à la consommation excessive d’alcool.

Sans que l’on s’en soucie vraiment, notre foie souffre de notre mode de vie. En cause, le manque d'activité physique et de mauvaises habitudes alimentaires.

20 à 25% des Français ont une accumulation hépatique excessive de graisse :

  • Ce peut être une stéatose pure (« foie gras ») sans inflammation ni de réel risque d’évolution,
  • ou bien d’emblée un stade plus avancé appelé stéatohépatite non alcoolique (NASH) ou métabolique. La NASH (NonAlcoholic SteatoHepatitis) est caractérisée par des lésions du foie, identiques à celles d’une hépatite alcoolique. Les triglycérides s’accumulent dans les cellules du foie (hépatocytes).

Jusqu’à il y a quelques années, on ne mesurait pas la gravité de la situation. Mais les recherches ont montré que les lésions de NASH peuvent aller jusqu’à la cirrhose voire le cancer (carcinome hépatocellulaire), même sans boire de l’alcool ni avoir été infecté par une hépatite !

De plus, la stéatose pure (même si cette simple accumulation de graisse est probablement bénigne vis-à-vis du foie) impacte les complications extra-hépatiques et notamment cardiovasculaires.

En résumé, la stéatose, et a fortiori la NASH, est à elle seule un facteur de risque cardiovasculaire, d’hypertension et de diabète.

A l’inverse, il faut garder à l’œil le foie des personnes en surpoids mais aussi diabétiques, car le diabète favorise l’apparition d’une stéatose ou d’une NASH. De fait, 80% d’entre eux sont touchés.

C’est pourquoi, toute personne ayant un syndrome métabolique (surpoids, cholestérol etc.) ou un diabète de type 2 doit être dépisté (dosages d’enzymes et de biomarqueurs de stéatose hépatique ou échographie).

La maladie du foie NASH, à la hausse chez l’enfant

Globalement, dans les pays occidentaux, 3 à 11% des enfants développent une maladie du foie NASH. Près de la moitié des jeunes en surpoids ou obèses est touchée.

On estime à environ 42 millions le nombre d’enfants obèses dans le monde (données OMS 2010), dont 12,5 millions aux Etats-Unis, avec un accroissement de 400% au cours des 30 dernières années. Il n’y a pas encore de données précises en France mais aux Etats-Unis, l’obésité et le surpoids pédiatriques sont à l’origine de la grande majorité des cas de stéatose métabolique. C’est pourquoi celle-ci est devenue la maladie chronique du foie la plus répandue chez les enfants.

La maladie hépatique stéatose peut être dépistée dès l’âge de huit ans !

Pr Lawrence Serfaty, hépatologue à l'hôpital Saint-Antoine (Paris) : « Aux USA, les indications de transplantation hépatique pour cause de lésions de NASH ont augmenté de 170% entre 2003 et 2013 ! La NASH ne représente -pour l’instant- que 10% des indications de greffes en France.

Le fait d’être en surpoids joue un rôle prépondérant et ce dès le plus jeune âge. Des données ont même corrélé l’alimentation des femmes enceintes et la présence d’une NASH chez leur futur enfant en surpoids. On dispose désormais d’études qui ont suivi des enfants de la naissance à l’âge adulte : ceux ayant développé une NASH dans l’enfance ont un risque de cirrhose et de cancer à l’âge adulte plus important mais qui n’est pas encore chiffré ».

Publié par Hélène Joubert, journaliste scientifique le Vendredi 09 Septembre 2016 : 17h15
Mis à jour le Lundi 10 Octobre 2016 : 10h09
Source : D’après un entretien avec le Pr Lawrence Serfaty, hépatologue à l'hôpital Saint-Antoine (Paris), organisateur du Paris NASH Symposium du 30 juin au 1er juillet à l'Institut Pasteur.
A lire aussi
Surpoids et obésité : toute la vérité !Publié le 20/04/2016 - 13h16

Il y a 40 ans, l'insuffisance pondérale était deux fois plus importante que l'obésité. Aujourd’hui, les personnes obèses sont plus nombreuses que celles en sous-poids*. Seul élément positif : l'indice de masse corporelle est resté globalement stable entre 1975 et 2014 chez la plupart des...

Le tour de taille reflète la santé du foiePublié le 19/04/2016 - 13h27

Selon une étude italienne, le tour de taille reflète plus surement la santé de notre foie que l’indice de masse corporelle (IMC). En effet, c’est le taux de graisse abdominale, même chez un sujet de poids normal, qui augmente le plus le risque de développer une maladie hépatique,...

Obésité : ces maladies associées auxquelles on ne pense pas Publié le 06/07/2016 - 09h45

L’obésité n’est pas qu’un tour de taille ou une considération esthétique. Etre obèse est une maladie en soi, source de bien des maux. Si l’on connait le diabète, l’hypertension artérielle ou l’arthrose, on ignore souvent la réalité du risque de cancer lié à l’obésité mais...

Plus d'articles