Des maladies dues à un excès d'hygiène ?

Publié le Vendredi 31 Décembre 1999 : 01h00
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Trop d'hygiène peut-il nuire à la santé ? C'est la question que se posent les chercheurs dans les pays développés.

Un niveau d'hygiène élevé favorise-t-il les maladies auto-immunes, comme la sclérose en plaque, les myasthénies, ou encore le diabète insulino-dépendant ? Certains chercheurs se le demandent.En effet, ces maladies sont rares dans les pays où l'hygiène est peu développée, et elles semblent de plus en plus fréquentes lorsqu'on remonte vers les pays nordiques. Elles sont également de plus en plus fréquentes en France depuis une cinquantaine d'années. D'autre part, chez certaines souris, le diabète est d'autant plus fréquent que les animaux sont élevés dans un environnement plus propre et plus aseptisé. Par exemple, en décontaminant des souris de race NOD à la naissance, on peut doubler leur risque d'être atteintes de diabète ! Et à l'inverse, les souris NOD infectées par des parasites appelées oxyures semblent partiellement protégées contre le diabète. Il existe donc des arguments théoriques pour penser que si le rôle normal du système immunitaire est de lutter contre les éléments "étrangers" au corps (qu'il s'agisse de microbes ou de cellules tumorales), lorsque ces éléments manquent, il est capable de se retourner contre le corps qu'il est censé défendre. Paradoxalement, le contact avec certains microbes (bactéries, virus, parasites) nous protégerait donc de notre propre système de défense immunitaire.

Les bactéries et les parasites semblent protéger

certaines souris de laboratoire contre le diabète.

Pas de conclusion prématurée

Cependant les recherches sont loin d'être abouties, et il est trop tôt pour en tirer des conclusions pratiques. Les études qui comparent les maladies à différents moments de l'histoire sont toujours difficiles à interpréter (notamment parce que les critères de diagnostic varient dans le temps, de même que la qualité du recueil des données). On peut dire la même chose des comparaisons géographiques, qui comportent souvent des "exceptions" mal expliquées. Par exemple, pour une raison inconnue, le diabète est trois à quatre fois plus fréquent en Sardaigne qu'en Italie, en France ou en Espagne... Enfin les observations faites sur les animaux n'ont parfois qu'un rapport lointain avec ce qui peut se passer chez l'Homme. Conservons donc les règles d'hygiène qui contribuent largement à diminuer les risques de maladies infectieuses et parasitaires. Et en particulier le lavage fréquent des mains, notamment après contact avec les excréments, la terre ou les animaux - et le lavage des objets et surfaces en contact avec les aliments ou les boissons. Mais gardons à l'esprit qu'en médecine, il est exceptionnel qu'une décision ou une attitude n'ait que des avantages et aucun inconvénient.

Publié le Vendredi 31 Décembre 1999 : 01h00
Source : Bach J.-F. "Ces virus et bactéries qui nous protègent" La recherche 1999 (décembre) ; 326 : 48-53.
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