Un jugement positif peut avoir un effet négatif

Publié par Dr Catherine Solano le Lundi 24 Septembre 2007 : 02h00
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Émettre un jugement est toujours à éviter quand ce jugement est négatif. Quand vous dites à un enfant, à un collaborateur : " Tu es nul ", vous faites du mal, vous créez même un manque de confiance, voire de la haine, sans rien améliorer à la situation. Cela veut-il pour autant dire qu'il faut toujours faire des jugements positifs ? Pas si sûr !

Un jugement positif est toujours bienvenu quand il s'agit de votre enfant. Si vous lui affirmez : « tu es intelligent, tu es courageux » vous lui infusez une confiance en lui qui lui sera très profitable dans la vie, à condition que ce jugement vienne au moment où cet enfant a agi de manière à déclencher ce compliment. Aussi lui paraîtra-t-il véridique et justifié. Il peut aussi être bénéfique quand vous confiez à quelqu'un une qualité que vous lui trouvez, qu'il s'agisse de votre conjoint, d'un collaborateur, d'un ami. Si vous lui dîtes : « Toi, tu es quelqu'un sur qui on peut compter », vous lui montrez qu'il a une belle place importante dans votre esprit.

Certains jugements positifs sont aussi à éviter

Cependant, il existe beaucoup de circonstances où les jugements, même positifs, sont pourtant à éviter, qu'ils concernent des objets ou des personnes. Quand vous parlez à quelqu'un pour dire : « Cette équipe est excellente, bien organisée, efficace et compétente » Il vaudrait peut-être mieux ne pas parler ainsi. Car vous vous posez en juge, en censeur, vous êtes celui qui sait et après qui on ne peut plus parler. L'autre, celui à qui vous avez parlé, aura du mal à formuler son avis, surtout s'il est différent. Il aura du mal à vous répondre : « Cette équipe peut vous sembler ainsi, mais en réalité, ses membres sont en tension permanente, ne s'entendent guère, et sont même parfois destructeurs les uns envers les autres »Vous auriez mieux fait de ne pas formuler un jugement, mais un avis, ce qui peut sembler comparable, mais qui laisse de la place à l'autre pour avoir un avis différent. Si vous aviez dit : « J'ai l'impression que cette équipe est vraiment bonne », ce n'est plus un jugement, mais un avis. L'autre aura une place pour dire son impression à lui. Il pourra vous répondre : « Oui, elle donne souvent cette impression, et pourtant »Mieux encore, si vous affirmez : « Cette équipe a de très bons résultats, c'est vraiment appréciable », vous formulez un fait, et vous êtes dans la constatation, pas dans le jugement. Votre interlocuteur pourra plus facilement vous expliquer que, pourtant, il y a des tensions très fortes dans cette équipe, même si ses membres savent les utiliser pour avancer et non pour se freiner dans leurs résultats.

Certains jugements positifs incitent au conflit

En ce qui concerne les objets, cela peut sembler moins important, mais formuler votre avis sans qu'il soit sous forme d'un jugement montre de la délicatesse envers l'autre. Votre fille regarde une robe dans un magasin. Si vous lui dîtes : « cette robe est vraiment belle », elle sera obligée de s'opposer à vous pour dire : « Non, moi je ne trouve pas qu'elle soit belle. » Vous avez créé une petite tension, sans l'avoir voulu. Si vous lui dîtes : « Comment tu trouves cette robe ? Moi, je la trouve jolie. » Elle pourra vous répondre simplement et sans tension : « Moi, ce n'est pas trop mon style. »En fait, poser un jugement revient à sous-entendre : « Je sais ce qui est, et tout le monde doit logiquement penser comme moi ». Le fait de penser différemment de vous et de vous le dire revient à s'opposer à vous, donc à entrer en conflit. Le conflit est le plus souvent larvé, très minime, mais il crée une sorte de tension, comme si vous estimiez avoir La vision du monde qui est la bonne. Alors, le plus souvent, si vous parlez sous forme de jugement, votre entourage ne vous répondra pas, préférant ne pas entrer dans cette tension pour des sujets sans importance. Vous aurez le dernier mot, mais vous vous priverez d'une vision du monde différente de la vôtre et qui vous aurait forcément ouvert l'esprit à d'autres façons de penser. Une dernière question : pourquoi peut-on avoir cette tendance à porter des jugements, à cataloguer les gens et les choses ? C'est que cela peut se révéler rassurant d'étiqueter les gens et les choses. Pour certaines personnes, il est angoissant de ne pas avoir un avis sur tout. Le fait que le monde et les gens soient classés, étiquetés, rend ce monde apparemment moins dangereux ou hostile. Dire que l'on a un avis, mais qu'il n'est pas forcément le bon, vous met dans une sorte d'incertitude qui paraît angoissante à certaines personnes. Alors, pour apprendre à ne pas porter de jugement péremptoire, il ne s'agit pas seulement d'apprendre à formuler sa pensée différemment, sous forme d'avis, mais d'accepter qu'il est impossible d'avoir un jugement sur tout et sur tous et qu'il reste beaucoup d'inconnus dans la vie. Il est pour cela peut-être nécessaire d'acquérir une capacité à lâcher prise

Publié par Dr Catherine Solano le Lundi 24 Septembre 2007 : 02h00
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