Le jeûne est-il une arme contre le cancer ?

Publié par Hélène Joubert, journaliste scientifique le Samedi 18 Février 2017 : 23h48
Mis à jour le Lundi 27 Février 2017 : 15h10
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Le jeûne, arme de lutte contre le cancer ou contre les effets délétères des chimiothérapies ? On aimerait y croire. En réalité, il s’avère surtout dangereux voire contre-productif, selon les études scientifiques disponibles.

 

Cancer : pourquoi penser au jeûne ?

Depuis quelques années, l’idée que la restriction alimentaire - le jeûne - serait efficace pour lutter contre les cellules cancéreuses et/ou renforcer l’efficacité du traitement ou encore en limiter les effets secondaires est souvent relayée par les médias.

Tout est parti d’une idée simple voire simpliste qui n’est -pour l’instant- corroborée par aucune étude scientifique. C’est un constat : l’une des particularités des cellules cancéreuses est leur renouvellement rapide, d’où des besoins nutritionnels élevés. Un apport constant et régulier en nutriments leur permet donc une croissance optimale. De là à penser que jeûner permet de les « affamer » et donc de lutter contre le cancer, il n’y a qu’un pas que certains n’hésitent pas à franchir. Des études in vitro (sur des cellules en milieu de culture en laboratoire) et précliniques (chez l’animal) ne les contredisent pas vraiment. Elles suggèrent -avec néanmoins de nombreux bémols et parfois des contradictions- que cela pourrait limiter la croissance tumorale ou même protéger les cellules saines dans un contexte de chimiothérapie. Néanmoins, il n’est pas scientifiquement correct de généraliser les quelques études disponibles à l’ensemble des cancers ni même de les transposer à l’Homme.

Pr Christophe Moinard, Université de Grenoble et laboratoire de Bioénergétique Fondamentale et Appliquée, INSERM U 1055 : « Pour l’instant, aucune donnée expérimentale prouvant que le jeûne permettrait de lutter contre les cellules tumorales n’a été confirmée chez l’Homme. Chez des souris nourries à volonté ou soumises à une restriction calorique de 40% (1), la restriction impacte la croissance des tumeurs, mais pas pour tous les types de cancers.

A ce jour, il est impossible de relier la croissance des cellules cancéreuses avec le niveau d’apport en nutriments : jeuner n’affame pas les tumeurs ! »

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Le jeûne malmène notre système immunitaire

Notre organisme possède un autre type de cellules qui se renouvellent rapidement comme les cellules cancéreuses et qui nécessitent aussi un apport régulier en nutriments : ce sont les cellules immunitaires (lymphocytes, macrophages etc.). C’est pourquoi, l’efficacité de notre système immunitaire à nous défendre, par exemple contre les tumeurs, est largement dépendante de l’apport en nutriments. Jeûner l’affaiblit.

Pr Christophe Moinard : « L’autre paramètre à prendre en compte lorsqu’on envisage le jeûne en cas de cancer est que celui-ci touche principalement la personne âgée (40% des cancers surviennent chez les plus de 75 ans). Faites jeûner une personne âgée et son système immunitaire ne s’en remettra pas ! Après un jeûne, contrairement à une personne plus jeune, la fonction immunitaire n’est pas restaurée chez une personne âgée. Le jeûne s’avère donc contre-productif vis-à-vis du cancer ».

Publié par Hélène Joubert, journaliste scientifique le Samedi 18 Février 2017 : 23h48
Mis à jour le Lundi 27 Février 2017 : 15h10
Source :  (1) Kaalany et al. Nature 2007 ; (2) Roberts J et al. JAMA 1994 ; (3) Pressoir M et al. Br J Cancer 2010 ; (4) Lee et Longo Oncogene 2011 ; (5) Raffaghello Let al.  PNAS 2008 ; (6) De Groot et al. BMC Cancer 2015
En direct de la Journée Annuelle Benjamin Delessert 2017 (1er Février, Paris), avec la participation du Pr Christophe Moinard, laboratoire de Bioénergétique Fondamentale et Appliquée, INSERM U 1055.