Je t'aime, je te hais, l'ambivalence effrayante et inévitable...

Publié par Dr Catherine Solano le Mardi 28 Juin 2005 : 02h00
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« Il n'y a pas loin de l'amour à la haine ». Cet adage banal n'est pas toujours bien interprété. Nous avons l'impression qu'il s'adresse plutôt à une personnalité pathologique ou à quelqu'un qui tout à coup passe dans le camp du « psychiquement dérangé » : il l'aimait, il la hait. Il est passé de l'autre côté du miroir. Pourtant, l'ambivalence est au coeur de chacun de nos sentiments, même lorsque nous sommes parfaitement équilibrés.

Un petit moment d'ambivalence peut devenir horriblement angoissant. Ariane, dont le bébé a un peu plus de 6 mois, n'en peut plus. Il hurle depuis plusieurs heures et elle ressent tout à coup une pulsion. Elle a envie de le jeter par la fenêtre ! Bien sûr, elle n'en fait rien, mais cette jeune maman est épouvantée par cette envie qu'elle a vraiment ressentie profondément et qu'elle ne peut pas ignorer. Peter, 15 ans, se sent tout à coup détester sa mère. Il ne peut plus la supporter. Et c'est un calvaire pour lui. En effet, sa maman est en chimiothérapie pour un cancer du sein. Il se sent horrible de détester quelqu'un qui souffre et qu'il sait aimer.Ces moments de haine envers quelqu'un que l'on aime sont extrêmement pénibles. Car on a tout à coup l'impression de devenir un monstre, une personne sans coeur. La culpabilité est effrayante, parfois anéantissante. Et, le pire, c'est qu'il est impossible d'en parler à qui que ce soit. Dire qu'on hait sa mère malade, dire qu'on ne peut plus supporter son enfant, qui est capable d'entendre de tels sentiments ?

Pourtant, il est extrêmement important de savoir que tout le monde a pu ressentir cela un jour ou l'autre, ou que chacun d'entre nous est susceptible de rencontrer une telle ambivalence. C'est parfaitement normal. Dans ces situations, nous ressentons une vive émotion. Ariane, débordée par les pleurs de son enfant, ne sait plus que faire et son angoisse de n'être pas une mère à la hauteur, une maman qui saurait ce qu'il faut faire en toutes circonstances, l'entraîne à se sentir mal. Au lieu de se dire « je me sens mal, je suis angoissée », elle interprète son émotion comme une agressivité envers son enfant. Deux connaissances sont alors salvatrices : quand on aime quelqu'un très fort, il est normal parfois de le détester très fort. Cela n'est pas un signe de maladie mentale, ni de monstruosité. Le savoir permet de relativiser la force des émotions. D'autre part, il serait bon d'être capable de penser « je hais cette situation, je ne supporte pas les cris d'un enfant » et non « je hais mon enfant »Et pour Peter, cela signifierait penser « je suis horriblement angoissé, j'ai peur que ma mère meure, je déteste cette situation » et comprendre qu'il est parfaitement normal de se sentir mal dans des situations bouleversant nos repères.

Si ces sentiments nous débordent et nous font du mal, il est alors très bénéfique de consulter un psychologue ou un psychiatre. Il ne sera jamais dans le jugement négatif, car il connaît parfaitement ces phénomènes. Et il sera d'une grande aide pour aider à surmonter des situations de tension extrêmes.

Publié par Dr Catherine Solano le Mardi 28 Juin 2005 : 02h00
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