pinpon
Portrait de cgelitti
Mes vacances à la clinique.

CHAPITRE 1 : « PRE OP », COMME ILS DISENT?

Voilà c?est fait?

Ben oui, 2 mois de stress, 4 jours d?hospitalisation et je suis à nouveau sur le marché¨ !

Enfin si on considère le fait de rester allongée toute la journée et de trouver une tasse à café vide, trop lourde, comme une chose normale.

Alors voilà, dans le but d?immortaliser ces semaines, j?ai décidé de vous abreuver de mes récits.

Tout a commencé vendredi dernier, 5H00 du matin, clinique de XXXXXX.

« Bonjour Madame, il est l?heure de la douche. Vous avez bien dormi ?

« Un peu court et agité je?.

« - faut prendre la douche à la bétadine maintenant. »

Nous y voilà, ce monde chaleureux de l?hôpital m?avait manqué ! Je m?exécute donc, et traverse tout le couloir avec ma serviette et la fameuse « bétadine » pour aller faire trempette.

Ah, évidement, 65 Euros de supplément par jour pour la chambre particulière ne suffisent

Pas pour avoir une douche dans la chambre. Zut alors,et vive le secteur publique !

Me voilà donc, en grande forme, forte du bouillon insipide bu la veille à 18h30, à astiquer la salle de douche commune à tout le service avant de me laver. Moi qui voulait une chambre particulière pour ne pas partager mes sanitaires, me voilà gâtée !

« Toc, toc?.

- Heu, suis nue?

- C?est l?infirmière, n?oubliez pas les cheveux?et faut tout raser? »

Les cheveux à la bétadine?Une fortune de coiffeur tous les 2 mois, 3 teintes de nuances de mèches, des produits de soin plus coûteux les uns que les autres, et me voilà à laver le tout à la Bétadine.Me voilà ruinée. Maintenant je sais pourquoi ils nous réveillent si tôt avant une intervention, c?est pour que l?on ait le temps de démêler ce qu?il nous reste de cheveux?

Sortie de la salle de douche commune?mémorable : pas de brushing, pas de frange, les fesses à l?air dans la merveilleuse blouse de l?hôpital?Un coup d??il à droite, un autre à gauche, personne en vue, je me lance? Et là, à mi-chemin des portes s?ouvrent, des patients, du personnel, bref, un vrai meeting au milieu du couloir, à 6H00 du matin. Je suis ridiculisée, mais par chance, personne ne me connait?encore.

Notez qu?ils progressent en matière de blouses, elles sont à présent bleues , et seule, une fesse, arrive encore à dépasser derrière. Bon d?accord, elles sont « taille unique », mais si vous faîtes moins de 45 kilos, je vous assure qu?elles sont formidables. Des blouses pour anorexiques. Je tiens un model d?exposition à disposition, ramené tout spécialement pour les curieux.

7H15

« Toc, toc »

Me voilà en route pour le bloc, pilotée par un charmant brancardier aux commandes de mon lit, et là je vous assure, que ce n?est que le début de l?aventure.

2 / le bloc dit « op? » :

L?ascenseur : minuscule?dire que dans grey?s anatomie on peut monter à 15 dedans ! Dans celui là, j?ai cru que le brancardier aller devoir me laisser seule et courir dans les escaliers pour arriver en bas en même temps que moi ! Mais pas du tout, il a été recruté en fonction de son ventre, car en se positionnant bien droit devant le lit, dos à la porte, et en arrêtant de respirer durant toute la descente,il a pu m?accompagner. Bon un peu rouge, mais vivant, en arrivant au sous sol.

La porte s?ouvre?grande inspiration?nous voilà arrivés en enfer. C?est pour cela que l?on opère au sous-sol?l?image est flagrante !

« Voilà Madame, je vous gare ici.

- heu, oui, merci. »

Car c?est le mot exact. Je suis garée, devant une porte automatique qui s?ouvre et se ferme sans arrêt. Là, comme moi, 5 autres patients attendent dans leur lit. Une sorte de gare de triage en quelque sorte. J?attends donc que l?on me donne mon ticket, et là, c?est la suite de mes problèmes capillaires !

En guise de numéro de passage, je suis affublée d?une charlotte. Verte. Pas du tout assortie à la blouse et surtout, surtout, ridicule. Les oreilles qui dépassent.

« - quelqu?un a une glace car je crois avoir la coiffe de travers ? »

Je vois défiler tout le personnel de l?hôpital devant les portes, tous me gratifient d?un généreux

« Bonjour, Madame »

Ou encore,

« Oh, pardon, je ne vous avez pas vu, bonjour Madame «

Je suis verte, comme la charlotte, le seul moment durant lequel je préfèrerais ne pas être trop remarquée se transforme en échange courtois au salon de thé?Ridicule, et oui, encore ! Je veux mes cheveux et mon brushing !!!

Oui, je sais ce que vous pensez, cette fixation sur le capillaire dénote un mal plus profond, et vous avez raison?je suis traumatisée de la frange depuis que l?on m?a dit que j?avais le front de la Joconde.

Je lève la tête?et là?je vois?des charlottes ! Victoire, tous les autres patients sont aussi déguisés, et même le personnel s?affuble de la toc de rigueur.

« - Madame, vous avez l?honneur d?ouvrir le bal, on commence par vous.

- AH bon ? Mais je suis arrivée la dernière.

Là c?est sur, si c?est comme à la caisse ou chez le boucher, je vais me faire lyncher ?

« ça compte pas ça Madame, apparemment ça va être long pour vous, alors,on va commencer tôt.

J?avale ma salive?oups je n?en ai plus?légère bouffée d?angoisse. J?ajuste ma charlotte.

« On va vous mettre là-dessus, c?est un peu froid mais on va vous donner un drap pour vous réchauffer. »

Il me faut me laisser manipuler, à moitié nue, parfaitement valide afin de me mettre sur brancard?

« 1, 2, 3?HAAAAANNNNNNNN. Là, PFFFFF? »

Il a fallu 3 personnes pour l?opération « déplacement de la baleine », et tous on fait le « han » caractéristique d?un effort considérable. Alors, c?est décidé, j?attaque le régime. Je ne me sentais pas particulièrement à mon avantage depuis la douche, mais en plus, maintenant, je me sens grosse !

Le brancard bouge, et je franchis le S.A.S, je suis dans l?antre de la bête?avec ma charlotte.

3/ L?OPERATION :

Je roule encore quelques mètres. 4 salles d?opérations au choix. J?espère vivement ne pas avoir retourner dans celle qui me rappelle de trop mauvais souvenirs.

Je regrette déjà d?avoir pensé cela car nous y entrons directement. Bon, et bien à défaut de mieux considérons cela comme une thérapie !

Alors, je garde vaillamment le sourire. Un peu coincé, d?accord mais je souris. Tout va bien se passer ?Tout est au mieux dans le meilleur des mondes?Zen.

JE VEUX UN DECONTRACTANT !!!!

Me voilà parmi les extra-terrestres. Je comprends à présent le choix de couleur de la charlotte?ici tout lui est assorti. Je suis dans le bain?

« - Bonjour Madame je suis l?assistante du chirurgien, comment allez vous aujourd?hui ?

- ça va, bien, jusqu?ici?

- - Bonjour., oh, mais elle a le sourire, je vais rester auprès de vous durant toute l?intervention.

- Bonjour Madame.

Je fais la maligne et je continue de sourire à tout un défilé de personnes qui viennent me voir, se présenter et me saluer. C?est un choc, je ne m?attendais pas à tant d?humanité, tous sont charmants et naturels, on prend en compte ma présence ! Mieux encore, je suis allongée et n?ai donc qu?une vision très limitée, les visages masqués se succèdent au dessus de moi pour se faire connaître. Incroyable, je suis dans la 4ème dimension?Ou alors c?est parce qu?ils savent que je ne vais pas survivre à la boucherie. C?est ça, c?est clair?Respires, respires

Tout va bien, tout est au mieux dans le meilleur des mondes, Zen?.

JE VEUX RENTRER CHEZ MOI !!!

J?ose une question.

« - Je ne sais toujours pas de quelle façon je vais être anesthésiée?vous savez mes allergies?

- Allergies ? »

Grand silence, la ruche s?arrête et tous s?approchent de moi. « Les oiseaux » de Hitchcock.

Ils regardent mon dossier et se mettent à chuchoter. Glups.

Arrivée de l?anesthésiste. Détendu et sifflotant, lors de notre précédente rencontre nous n?avons pas eu un contact, disons, très cordial.

« - Et alors comme elle va ?

- ?..

- Elle n?est pas trop stressée ?

- ?.

- Elle est bien restée à jeun depuis minuit ?

- ?.

- Bon, parfait, c?est parfait !

- Heu, alors pour l?anesthésie, vous vous êtes accordés avec le chirurgien ? »

Petit cafouillage dans les locaux, les vois s?échanger des regards interrogatifs. Le chirurgien préfèrerait une anesthésie générale, mais son collègue soutient que les douleurs seront plus supportables après si l?on me fait une rachidienne. On m?interroge sur mon choix. Je suis perdue, j?ai le sourire figé qui ne veux pas tomber et j?ai beau chercher, la seule chose que je veuille vraiment c?est ?RESTER EN VIE.

Je suis toujours allongée, on me positionne les bras en croix, ligotée. Une infirmière tente de me poser une voie pour la perfusion.

« serrez bien le point,

- c?est ce que je fais,

- plus fort alors

- faites attention parce que hier?

- Merde, oh, pardon Madame? »

Et oui, la veille la prise de sang, dont je vous ai fait grâce, avait déjà donné lieu à un bel hématome. L?infirmière avait déjà du s?y reprendre à plusieurs fois pour récolter quelques malheureuses gouttes. Mais là, c?est un carnage. La veine a explosée, je saigne abondamment de la main?Elle comprime. Aie?.

« - On va changer de main, je suis désolée Madame.

- Non, je vous en prie, ce n?est pas grave? »

Me revoilà encore à essayer de détendre le personnel, je souris?tout va bien, tout est au mieux dans le meilleur des monde?Zen?.JE VEUX PLUS QUE CETTE FOLLE TOUCHE A MES VEINES !!!!!!Et puis je ne veux pas qu?on change mes mains, les miennes sont très bien, j m?y suis habituée.

Deuxième essai : c?est encore pire, alors on attaque le poignet, et pour cela on retourne au premier côté?raté, encore et toujours raté.

Ils sont 3 à essayer et moi j?ai les mains et les bras, enfin, assortis à ma blouse?

L?assistante commence à stresser.

« - Ben dite donc, elle a déjà toute les veines qui claquent pour la voie centrale, ça promet quand on va ouvrir. Elle a bien sa carte de groupe la dame ? »

Au passage, on a oublié que je pouvais, moi aussi être concernée par ces révélations, et pendant que l?anesthésiste prend le relais et trouve enfin une précieuse veine, l?infirmière prend le téléphone et demande qu?on apporte plus de sang. C?est pas grave, je souris toujours?c?est coincé sur mon visage. AU SECOURS !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!¨¨

Le débat sur la meilleure méthode d?anesthésie continue, les uns pensent que la rachi est le seul moyen de supporter le « post op. » sans antalgiques, les autres disent que qu?avec les risques de complications il serait trop risqué de ne pas m?endormir totalement.

Bref, après 30 minutes les bras en croix nue, devant une dizaine de personne, la décision est prise et la rachidienne est faite aussitôt. Oublions la petite piqûre locaux anesthésiante, on enfonce direct la méga aiguille ! Ouf.On y est, ça picote dans les jambes, une sonde urinaire, le champ devant les yeux et en avant. Bon tant pis si c?était pas encore endormi pour la sonde?

L?armée de petits bonshommes verts s?affaire au dessus de mon bidon. Glupssssssss, vomir?..vomir.

-« vom???????..beurkkkkkkkkkkkkkkkkkkkkkkkkkkkkkkkk. »

Trop tard, je me vide comme je peux la tête sur le côté?au grand bonheur de mon copain l?anesthésiste qui prend tout sur les pieds. Je pars, voilà d?où venait toute cette compassion, je commence déjà à mourir?bipppppppppppppppppppppppppppppppppppppp.

« - Vous allez aller mieux Madame, on vous a mis ce qu?il fallait dans la perfusion c?est encore une réaction vagale.

- hummmm??..

- ça va mieux ? »

Mais que veut-il que je lui dise ? Que j?ai une pêche d?enfer ? Que je suis en grande forme ? Non ça ne va pas, dans quelques minutes c?est sûr, je serais morte?et pourtant?

Je souris?Ah ça m?énerve !!!

L?opération suit son cours, au rythme de mes hauts le c?ur. Mon copain d?à côté a mis ses pieds à l?abri et me surveille de derrière, alternant les doses pour arrêter les flots et celles pour ME maintenir à flot. Une gentille dame reste assise auprès de moi et me caresse le visage. Je m?interroge : me prends-t-elle pour son chat ou est-elle vraiment payée pour me papouiller ? Je comprends les dépassements d?honoraires astronomiques que la clinique demande !

Moi qui ne suis pas très contact physique, j?apprécie cependant cette compagnie et pour lui faire plaisir et qu?elle continue de me gratouiller, je ronronne?quand je ne vomis pas.

PAF?un petit jet de sang vient de souiller le drap qui me cache la boucherie. Beurkkk.

« -beurk, je vais encore vommmmmmmmm??..supporte pas la vue du s??? »

Et c?est reparti...alors, la brave dame scotche un petit mouchoir en papier sur le drap pour me cacher cette vue difficile. Elle est adorrrrrrrr pfffffffffff, pffffffff

« - pffffffffsffffffffffffffffsfffffffffffffffffffff

 ah pardon, Madame je vais le recoller »

Le mouchoir en papier me tombe sans arrêt sur le visage et je suis obligée de souffler dessus pour le faire décoller et pour respirer. Peine perdue, il ne veut pas tenir et j?ai beau dire à ma brave copine que je me suis habituée à la tâche, elle s?obstine.

-« ça va vous savez, je me suis habituée à cette vue, c?est pas grave,

- non,non,ma pauvre dame, vous vomissez assez comme ça, je le re scotche.

- je vous assure que ça va mi??..

-SPALCHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH »

Un flot de sang vient de gicler sur le champ (orthographe ?), il est entièrement couvert et dégouline de MON SANG. JE VAIS MOURIR, C?EST LE MOMENT?.l

J?espère que l?infirmière a une boite de mouchoir complète taille maxi, et un rouleau de scotch complet pour essayer de cacher tout ce fluide?je souris pour la rassurer sur mon état, au point ou j?en suis autant qu?elle garde de moi une image positive !

C?est le moment de faire le bilan de ma vie?je me concentre?rien ne vient. Bon allons, l?instant est critique, je pense à ma famille?la liste des courses. Mon pauvre mari va devoir élever nos chers enfants seul?pourvu qu?il ne mette pas mon pull en angora dans la machine.

ARFFF, zut de zut, pas facile de choisir ses dernières pensées ! Je suis assaillie par le quotidien. Pourvu qu?ils m?enlèvent la charlotte quand tout sera fini?

J?attends et rien ne vient, j?ai juste mal car la moitié du personnel présent dans la pièce est venu jouer avec sa pelle et son râteau dans mon ventre.

« - Aie mais que faites vous, ça fait, aie, mal !

- C?est tout collé là dedans Madame, on s?en voit pour enlever les adhérences, mais ça se passe bien, restez calme. »

Du coup, j?ai tellement mal que j?oublie de mourir?peut-être plus tard ?

Je serre les dents, et patiente, longtemps, je me dis que la télé au plafond dans les blocs serait un grand progrès pour la médecine?C?est long?.

La suite, bientôt...

pinpon
Portrait de cgelitti
Super talent d'ecriture.
J'espère que tu vas mieux et merci, j'en ai pleuré de rire en te lisant.
karinette
Portrait de cgelitti
Juste pour remonter...
bety
Portrait de cgelitti
J'adore !!!!
Merci, tu es tès douée... Exprimer un vécu avec autant d'humour et de recul alors que ce fût un vrai calvaire : chapeau !
Bises,
Bety.
bety
Portrait de cgelitti
Bonjour Karinette,
Pardon mais j'ai vraiment trop ris.... même si pourtant la situation à vivre ne devait pas l'être,
A plaisir de lire la suite,
Merci,
Bety.
karinette
Portrait de cgelitti
LE REVEIL :

Il y a déjà plus d?heure que j?ai retrouvé mon cher et tendre. A mon arrivée, il était là, les lunettes au bout du nez, me regardant par-dessus avec ce regard compatissant qu?ont d?habitude les gens dans les enterrements. Non, je ne suis toujours pas morte?pas encore.

Pauvre amour a visiblement passé la nuit à se morfondre et à imaginer sa future vie de père célibataire, il a les traits tirés, le visage cireux. Je lui souris?De toute façon, ce rictus est coincé sur mon visage depuis le début du périple, il n?y a pas de raison que ceux que j?aime n?en profitent pas !

Pour tout avouer, nous sommes soulagés, lui comme moi. La première partie du chemin, la plus angoissante, est derrière nous.
Amour avait assez peu aimé mes multiples recommandations sur l?éducation de nos enfants privés de maman. Il avait, entre autre, eu droit, au classique « sois heureux et remaries toi, trouve une mère pour nos enfants? ».
Oui, oui, je vous vois rire, mais 20 années passées à regarder « la petite maison dans la prairie » peuvent laisser des séquelles irréversibles, et avouez, que vous aussi, vous êtes un peu intoxiqué.
Bien évidement, quand on propose, dramatiquement, une main sur le front, l?autre sur le c?ur, à son conjoint de vous enterrer et de s?en aller consulter les sites pour célibataires, on n?en pense pas un mot. Honnêtement, vous n?imaginez quand même pas que j?avais l?intention de laisser tout mon petit monde vivre paisiblement avec une gravure de mode ? Non, la vérité c?est que j?étais fermement décidée de les hanter à la moindre incartade. Simplement, il faut savoir partir avec un minimum d?effet !

Toujours est-il que de retour dans la chambré, le constat est flagrant, il va me falloir vivre et donc endurer cette douleur désagréable qui s?installe depuis une heure.

Petit à petit, la situation se dégrade. Mes souffrances commencent à me faire perdre le contrôle. La seule chose semblant vouloir m?apaiser consiste à faire souffrir Amour.
Je lui broie les doigts, cogne du poing sur sa main, tire sur le poignet pour l?approcher plus près. Sur se point là, je dois dire qu?il a eu la chance de ne pas avoir le bras trop long?sinon je lui aurais croqué les doigts les uns après les autres.

Les heures s?écoulent et Amour résiste. Sa position n?est pas confortable mais il n?a pas le droit de récupérer les parties de son corps qui me calment, mains, poignets et bras.

Encore une heure?j?ai mal et je m?épuise, alors j?attaque un autre morceau. En tâtonnant mon bouc émissaire, j?ai découvert son menton, et là quelle découverte ! Une barbichette naissante qu?il laissait soigneusement pousser depuis plusieurs semaines devient mon principal jouet. Je gratte, je tire, je caresse, pas un instant de repos pour les pauvres petits poils
Je vous laisse imaginer Amour, penché tout au dessus du lit, les fesses 10 mètres plus loin sur le bord du fauteuil, le dos distendu .
Entre ses yeux tristes de me voir si pitoyable et son corps étiré par la contorsion il commence à ressembler à un pauvre petit teckel.
Non, mais là je m?égare, parce qu?après tout, c?est moi qui ai mal, et pas qu?un peu !

karinette
Portrait de cgelitti
Merci betty...la suite arrive demain !!!
A bientôt !
karinette
Portrait de cgelitti
Voilà plus d?une heure que je suis devenue le chat angora préféré de ma chère infirmière, le rythme reste soutenu : papouilles, vomissements et chutes de tension?j?ai mal, mais j?ai finalement décidé d?attendre un peu pour mourir. Juste pour voir?

Moi qui aime bien bouger je trouve vraiment le temps long. Pourtant le personnel a allumé la radio et cherche une station sans interférence. Véridique, une infirmière est obligée de se planter au milieu de la pièce pour faire antenne?Je vous l?ai dit, ils ne reculent devant rien pour le confort de leur patients dans cette clinique ?excepté les douches, les boutons d?appels d?urgence dans les sanitaires et les lits électriques, mais allez en trouver, vous des infirmières « antennes » dans le service publique !

« -Madame, nous n?allons pas pouvoir enlever le col, il est collé à la vessie, ce serait trop risqué. »
Et bien, ma foi, qu?il me le laisse, je préfère garder la chance d?aller faire pipi dans les toilettes plutôt que dans une poche !
« - Voilà Madame, l?opération est terminée, il ne reste plus qu?à refermer.
-     chouette, merci docteur.
-     Vous voulez qu?on vous referme ?
-     Heu, si c?est pas trop demander, oui?
-     C?est entendu, mais il y aura un petit dépassement d?honoraires pour ça !
-     Tant pis alors laissez- moi comme ça, car je n?ai pas pris mon chéquier. «

Alors là, bingo, quelle chance, je suis tombée sur un chirurgien comique, un peu cher, mais drôle. J?aurais bien ri s?il me restait encore un seul muscle abdominal et si je n?avais pas peur de m?enrhumer les intestins !alors devinez quoi ? Je souris?
Il me referme, généreusement et sans supplément, comme une vieille boite hermétique. Je regrette juste de ne pas être aussi facile à ouvrir.
Mon modeste docteur, laisse le personnel me « nettoyer », m?expliquant, sacré bout en train, que la place de Dieu était prise et que c?est pour cela qu?il a choisit d?être chirurgien.

Et voilà, le plus dur semble être fait?on me lave comme un poisson que l?on vient de vider.
Encore un petit coup de Bétadine, ils adorent ça, on replace la blouse haute couture, et je refranchis le seuil de l?enfer. Les portes électriques sont derrière moi, nouveau transfert de baleine dans le lit, et je suis prête à affronter le purgatoire?plus communément nommé la REANIMATION.

Vous me direz que les choses semblent bien tourner pour moi, j?ai survécu jusqu?ici?oui mais je ne suis pas rassurée pour autant et rien n?est encore gagné. La preuve, j?ai toujours ma charlotte, et dans le purgatoire, rien ne lui est assorti?Mais aucun problème car?je souris !


Le service de réanimation :

« Regardez ce qu?on nous amène là !
-     Oh mais elle est toute reveillée !
-     - ben, oui c?est parce qu?
-     - VOUS AVEZ MAL MADAME ? »

Tous hurlent au dessus de moi pour se faire entendre, ils me croient sourde ou alors ils sont habitués à ce que les patients opérés dans ces lieux ne s?en sortent pas sans séquelles cérébraux. Non, je n?ai pas mal. Pour l?instant?

Il y a des lits partout, nous sommes raccordés par multiples perfusions et moniteurs, c?est un vrai chantier?Les patients sortent les uns derrière les autres du bloc, à croire que l?on a annoncé une distribution gratuite de petits fours.

Mes camarades alités sont beaucoup plus mourants que moi et hurlent. Finalement, je porte mieux la charlotte que la plupart d?entre eux. Beurk ça bave et gémit de tout côté, je suis éc?urée, mais je n?ai plus rien à vomir ni d?abdominaux pour m?y aider.

« ELLE A MAL A DAME ?
-     J?.. »

Peine perdue elle est déjà repartie, ici celui qui crie le plus fort a gagné sa morphine. Ca ne se présente pas trop bien pour moi, je n?ai pas droit aux morphiniques et en plus, je suis physiquement, incapable de hurler. J?invente donc une stratégie?Je souris.

« Un problème Madame ?
-     vous avez mal ? »

Tous ont bien appris la leçon sur la charte contre la douleur, il faut dire qu?ils ont mis le paquet. Pas une seule pièce sans les fameuses affiches « votre douleur parlons en ». Toutes les 2 minutes, quelqu?un s?enquiert de vérifier quel seuil de tolérance atteint votre douleur. Par contre il faut attendre une heure pour qu?une autre ne vienne vous apporter de quoi vous soulager. Et moi, je suis un spécimen qui ne les arrange pas du tout?Pas de morphine, pas de morphiniques?et en plus, je souris?sûrement un traumatisme post opératoire?mieux vaut me surveiller.

Une heure s?écoule, et je commence à me rappeler que j?ai des orteils, des mollets, des jambes et AIEEEEEEEEEEE, un ventre?quelle déception, ils me l?on laissé !!!

Pour le service de réanimation, c?est le signal. Retour dans la chambrée. De toutes façons, ils ne savent pas quoi me donner pour me calmer, alors autant que j?aille gémir ailleurs.
« - Va falloir être courageuse Madame.
-     Ca va faire un peu mal à présent «

J?avais trouvé ce « un peu », suspect, et j?ai bien fait de m?en méfier?Comme je roulais en direction de l?ascenseur avec mon brancardier en apnée, l?inconfort commençait à augmenter,
Au point que même un sourire risquait de me déchirer le ventre.

On me retire la charlotte, signe que je vais survivre, et l?on me glisse dans l?ascenseur.
Je rabats ma frange sur mon front, remonte mes couvertures plus décemment

Je suis prête à rejoindre un monde plus civilisé, avec le sourire dans la tête, car afficher la moindre expression sur mon visage serait trop douloureux.

J?arrive dans ma chambre ou je retrouve mon mari?Le plus dur est fait?En tout cas c?est ce que je crois?
karinette
Portrait de cgelitti
Les perfusions se succèdent sans jamais me calmer. Si le paracétamol ne calme pas tous vos bobos quotidiens, je vous laisse entrevoir les délices de ces moments avec le ventre ouvert.
Je ne suis toujours pas morte mais je commence sérieusement à le regretter. J?essaye de faire bonne figure mais autant vous dire que mon sourire crispé est un lointain souvenir et que je suis prête à écorcher le premier qui passe. Pas de chance, c?était une infirmière ?
-« j?ai mal, ça marche pas vos trucs, arrêter de me mettre de l?eau et mettez moi quelque chose de valable dans cette XXXXXX de perfusion. (Chacun remplacera XXXXX par son gros mot préféré)
- Pas avant 16Heures Madame, toutes les 4 Heures, mais je vais voir si on ne peut pas trouver autre chose pour renforcer l?action du Perfalgan. »
Renforcer, renforcer ???Je ne peux pas hausser la voix, j e ne peux pas me redresser d?indignation, je ne peux même pas pleurer, mais renforcer ? Pour renforcer quelque chose il faudrait déjà que le quelque chose en question ait un quelconque effet !

A lalalala ?aie.
Le lit n?est pas électrique. Pas de bouton magique sur lequel appuyer pour se redresser ou s?allonger, alors je l?ai automatisé?à ma façon :
-« Faut que je me redresse, maintenant, aie?.
- oui, oui tout de suite? »
Et Amour de s?exécuter.
« - Non, aie, c?est encore pire, rabaisse viiiitttttttte ?
-     oui, oui tout de suite?
-     Doucement, ça fait mal ?.mais doucement je t?ai dis,
Allez, vite..j?ai mal MOI !
-     ça vA mieux là ?
-     Hum, m?ouais??..aie, non?.un oreiller, je veux oreiller ! Non pas celui là il est trop gros? »

La ronde des oreillers va bientôt ressembler une vrai valse, le lit monte et descends toute les 3 minutes et lorsque Amour s?empresse, ce n?est jamais assez vite car dès que je lâche sa main ou sa barbiche j?ai 2 fois plus mal.

OH, mais je sais ce que vous vous dites?je suis une épouse ingrate et insatisfaite ? Ah ? Et c?est la faute de qui si je suis dans cet état, hein ? Ils sont à qui, à votre avis tous les charmants bambins qui m?ont détruits le ventre ?
D?accord, je les ai voulu, d?accord, j?ai même insisté, mais IL ETAIT PAS OBLIGE DE DIRE OUI !!!
Enfin presque pas.... au pire je lui aurai   fait ses bagages et j?aurais mis le tout sur le trottoir, mais sinon TOUT EST DE SA FAUTE !!!

Et voilà, Carolyn INgalls de « la petite maison dans la prairie » vient de laisser sa place à CRUELA torturant son dalmacien. Je savais que cette opération était risquée?mais à ce point !



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