Hérédité et cancer du sein : à qui appartiennent nos gènes ?

Publié par Dr Philippe Presles le Lundi 17 Septembre 2001 : 02h00
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C'est la question qui se pose quand on assiste à la bagarre des tests du cancer du sein. Ces tests permettent de dépister, chez les patientes à risque, la présence du gène BRCA1, responsables de cancers héréditaires. Problème : un brevet européen attribue la propriété de ce gène à une société américaine qui fait payer chaque test au prix fort. L'opposition s'organise.

Myriad genetics est une jeune société américaine (Salt Lake City) spécialisée dans la recherche de nos gènes et surtout dans leur commercialisation à des fins thérapeutiques. Elle est ainsi propriétaire d'un brevet européen sur le gène BRCA1, impliqué dans les cancers du sein héréditaires. Du coup, sa position hégémonique lui permet de réclamer 18.000 francs de royalties par test ce qui est vraiment exorbitant, alors que les laboratoires français sont capables de le réaliser pour un coût trois fois moindre.

L'institut Curie, associé à 17 autres laboratoires français de dépistage génétique, vient de partir en guerre contre les pratiques de la société de Salt Lake City, dénonçant la politique de prix appliquée. Surtout, c'est la réglementation européenne des brevets sur les découvertes génétiques qui est mise en cause, la question de la propriété de nos gènes étant posée. De nombreux organismes publics sont associés à ce combat dont le ministère de la recherche et de la santé, l'Institut Gustave Roussy (et derrière lui toute l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris), et la Société Française de Génétique Humaine.

En pratique, la question est loin d'être simple, car il convient de reconnaître les travaux de recherche fondamentale permettant de découvrir nos gènes et d'être à l'origine d'autres recherches sur leurs applications thérapeutiques. A défaut, les laboratoires de recherches publics seront défavorisés par rapport à ceux des grands industriels qui disposent des moyens pour développer tests et médicaments. Mais de la reconnaissance (et à la juste rémunération), à l'abus d'une position dominante, il y a un vide juridique qu'il convient combler. C'est une question essentielle pour notre santé de demain, la médecine prédictive devenant une réalité grâce aux découvertes génétiques.

Publié par Dr Philippe Presles le Lundi 17 Septembre 2001 : 02h00
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