cgelitti
Portrait de cgelitti
Bonjour à tous,

je mesure 2m16, j'ai 22 ans. Depuis que j'ai franchi - transgressé !- le sacro-saint pallier des 2m à 15 ans, je suis tombé dans la 4e dimension, the twylight zone, entre Disney World (entendez vous Alice aux pays des merveilles qui se met à grandir dans la maison devenue trop petite et qui crie pour que le chapelier la sorte de là?) et Gulliver chez les Lilliputiens. Mais ne vous y trompez pas, ceci est sérieux. Mis à part les changements psychologiques dûs à des facteurs externes (les psys disent "exogènes") famille, environnement scolaire ou autre, qui ont certainement eu leur poids, j'ai plongé vertigineusement dans une dépression, nouvellement incarné dans ce corps démesuré !

Le fait de devoir vivre avec ce corps désormais inadapté, qui avait dépassé les limites de l'espace "standard" (quel vilain mot si vilainement vilain), du "format" devenu trop petit, trop bas, les portes à la hauteur de mon cou, le lavabo, la pomme de douche à la hauteur de mes épaules, la baignoire pour faire des bains de "genou et quart de jambe", le métro où euh... je ne vais plus, l'avion où j'assiégeais les issues de secours en suppliant les hôtesses de ne pas me faire voyager dans la soute, les vêtements euh qui n'existent pas (j'ai pas encore trouvé la taille G : Giant), la voiture avec fonction "les genoux sur le tableau de bord". Plus de ski de bowling de roller ni les baggy et les vans qui vont avec ! aaah quelle injustice ! (euh ouais et puis je n'ai jamais eu ma paire de Doc Marten's alors que tout le lycée avait dû être sponsorisé par la marque un jour où j'avais la coqueluche)

Tout était devenu petit, si petit ! Les proportions avaient été subtilement brouillées, sans cohérence, je cherchais en vain la créature qui me donnerait la fiole d'Alice ou qui me montrerait le miroir pour repasser de l'autre côté et m'échapper à graaandes enjambées (ah tout de même un avantage)

En attendant la masse confuse et indéterminée des "autres" qu'on appelle "les gens" se chargeaient bien de me faire des remarques opiniâtres, uniformes et répétitives (c'est incroyable ce que l'esprit humain peut développer comme discours lorsqu'il aperçoit une chose nouvelle dont il ne trouve pas la référence) ont fini par entamer mes nerfs à la racine jusqu'à sans doute les rendre eux aussi trop petits ou trop grands, mais bien disproportionnés. J'étais devenu un espèce de "giga-corps new generation" aussi invraisemblable qu'incongru, d'une maigreur maladive, qui se cognait de partout, plus maladroit que Mister Bean dans sa toute petite mini, qui s'envolait au moindre coup de vent, une espèce très étrange...

En vertu de je ne sais quel imaginaire collectif, "les gens" pensent que ce qui est grand est nécessairement beau et fort et intelligent, et donc que vous saurez vous remettre de tout, même de leurs remarques contingentes. le vice peut etre poussé jusqu'au soupçon de supériorité: votre grandeur est bien prétentieuse de rappeler à l'autre que sa mère n'a pas fini le boulot! "c'est pas paske t'es grand que...", si, si , .. que tu es petit" une chose est sûre chacun se sent obligé d'émettre des gloussements intempestifs ou des onomatopées infra humaines pour signifier la surprise et pour bien vous rappeler que vous en êtes l'origine; Mais tout est relatif dixit Einstein et en effet parfois j'aurais bien embrassé quelques mamies atendrissantes ou des enfants émerveillés qui restaient en suspens de l'espace-temps quand je passais devant eux. Mais voilà, il reste la grande (?) partie restante des "gens", les mêmes qui se battent à coup de bloc de foie gras pour la dernière bouteille de champagne en promo à Carrefour le 31 décembre... Grrr ceux là sont impardonnables.

Bon mais pourquoi j'écris tout ça un samedi de janvier sur un forum de psycho ?? Peut-être pour voir si j'ai tort de considérer qu'une trop grande partie de la population boit du champagne pour le nouvel an... ? Hmm

Selon la définition de Wikipedia

"Le gigantisme (du grec gigas, gigantos « géant ») est un état caractérisé par une croissance excessive. Le gigantisme n'est pas un terme médical couramment utilisé à l'heure actuelle ; de plus, il n'existe pas de définition précise de la taille à partir de laquelle on parle de géant. Le terme a été appliqué typiquement à ceux dont la taille n'est pas dans le dernier centile de la population mais de nombreuses déviations standard au-dessus de la moyenne des personnes du même sexe, âge et appartenance ethnique. Des tailles typiques d'Américains et Européens adultes auxquels le terme peut être appliqué sont de 216 à 259 cm. "

Oui, combien de fois parle-t-on du nanisme, et c'est vrai, ces pauvres nains ne souffrent-ils pas ? Heureusement que ceux-là ont leur part de sensibilisation envers "les gens": qui n'a jamais été ému par Passe-Partout ou Mimie mathy, au point de la consacrer comme nouvelle figure archétypale de l'ange gardien ? Il en va de même pour les personnes rondes, ah Marianne James, Chimène Badi, Magali !! Oui on se sent proche des rondes tout autant que des ronds, Guy Carlier passait bien sur France 2, le service public !, même si c'était dans le bocal... Cependant, je doute de l'impact médiatique de Martin Van Buren Bates, d'Édouard Beaupré, de Léonid Stadnik, de Radhouane Charbib ou de Bao Xishun. Bien sûr ni vous ni moi n'avons jamais entendu parlé de ces noms là.

Voilà mon problème. Je ne suis pas handicapé dans mon corps, je me sentirais l'usurpateur de catégories qui ne me correspondent pas. Je ne suis pas invalide, je n'ai pas de déficiences organiques médicales, même si j'ai eu des symptomes très forts lors de ma croissance, notamment au niveau cardiaque, mais rien qui relève vraiment de ce que les médecins appellent "l'acromégalie". Pourtant je ne peux pas nier que j'éprouve un handicap, et ce n'est pas qu'une métaphore puisque les conséquences psychologiques que j'ai éprouvé et que je vis encore sont celles du "gigantisme", de l'inadaptation. Je sens que mon corps n'est pas "viable", et quelque part, et ce n'est pas un simple inconfort, c'est une réelle pénalité

Lorsque je lis la nouvelle définition que le ministère délégué à la sécurité sociale donne du handicap

« Constitue un handicap, au sens de la présente loi, toute limitation d?activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d?une altération substantielle, durable ou définitive d?une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d?un polyhandicap ou d?un trouble de santé invalidant. »

je me pose quelques questions...

A bon entendeur, salut !