Gastro-entérite : faut-il vacciner les nourrissons contre le rotavirus ?

Publié par Hélène Joubert, journaliste scientifique le Jeudi 03 Décembre 2015 : 14h01
Mis à jour le Jeudi 28 Janvier 2016 : 11h15

Coup de théâtre : la recommandation en France de vacciner contre le rotavirus - l’un des principaux virus responsables de diarrhée - est suspendue, un an après sa publication. Alors, faut-il choisir la vaccination pour son nourrisson afin de le protéger des gastro-entérites aigües sévères ?

Gastro-entérites du nourrisson, rebondissement dans la vaccination contre le rotavirus

Le 14 février 2014, le Haut Conseil de Santé Publique (HCSP) tranchait après des années de débat et publiait son avis en faveur de la vaccination contre le rotavirus chez l’ensemble des nourrissons de moins de six mois. Il fait machine arrière un peu plus d’un an après. Alors que les vaccins antirotavirus étaient en passe d’être remboursés par l’Assurance Maladie et inscrits au prochain calendrier vaccinal, le HCSP est revenu sur sa recommandation de vaccination (1). La raison ? Des effets indésirables exceptionnels, pourtant connus et prévisibles, ont entraîné le décès de deux nourrissons (depuis 2006), probablement liés à une prise en charge tardive (plus de 36 heures après le début des signes cliniques).

Dans les deux cas, la cause est une invagination intestinale aiguë. Il s’agit d’une obstruction intestinale secondaire à la pénétration d'une partie d'intestin dans le segment situé en aval. La période à risque est le mois suivant l'administration de la dose vaccinale, surtout dans les sept jours après la première dose (sur un total de deux ou trois selon le vaccin). A noter, la majorité des cas d’invagination intestinale aiguë survient sans raison précise (20 à 40 cas pour 100 000 nourrissons), sans rapport avec la vaccination.

Vaccination contre le rotavirus, que dit la pharmacovigilance ?

Depuis 2012, les vaccins Rotarix® et RotaTeq® (donnés par voie orale) pour la prévention des infections à rotavirus font l'objet dans l’Hexagone d'un suivi renforcé des effets indésirables par l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Il y aura eu 47 cas d'invagination intestinale aiguë depuis mai 2006 (date de disponibilité du premier vaccin) ; 14 ont nécessité une intervention chirurgicale (dont 3 résections digestives) et 2 enfants sont décédés, dont l’un d’une invagination intestinale conséquente au vaccin prouvée.

La prise en charge défaillante pointée dans le décès des deux nourrissons ne remet pas en cause ni la sécurité ni l’intérêt de la vaccination contre le rotavirus selon le HCSP, qui préfère suspendre son avis favorable pour éviter que d’autres évènements identiques ne se produisent.

Pr Patrick Tounian, chef du service de Nutrition et Gastroentérologie Pédiatriques, Hôpital Armand-Trousseau (Paris) : « Les invaginations intestinales aigües sont pourtant un effet secondaire parfaitement connu et très rare de la vaccination antirotavirus. Le risque est de 3,5 à 6 cas pour 100 000 nourrissons vaccinés. C’est une urgence médicale dont les soignants sont prévenus et qui se traite sans difficulté et ne laisse aucune séquelle ».

Publié par Hélène Joubert, journaliste scientifique le Jeudi 03 Décembre 2015 : 14h01
Mis à jour le Jeudi 28 Janvier 2016 : 11h15
Source : (1) Avis du Haut Conseil de la santé publique du 21 avril 2015/publié le 7 mai 2015 ; (2) Vesikari T. PIDJ 2015 ; (3) http://www.infovac.fr/
Un site pour le grand public rédigé par des professionnels de santé : www.mesvaccins.net (association loi 1901 indépendante des firmes pharmaceutiques)
D’après un entretien avec le Pr Patrick Tounian, chef du service de Nutrition et Gastroentérologie Pédiatriques, Hôpital Armand-Trousseau (Paris)
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